Take ShelterAvec Michael Shannon, Jessica Chastain, Katy Mixon...
Résumé : Curtis LaForche, ouvrier de BTP et père d'une petite fille sourde, développe une paranoïa et une schizophrénie qui lui font pressentir la fin du monde, qui doit selon lui survenir lors d'une gigantesque tempête. Dès lors, son obsession lui dicte sa conduite : son unique but est de restaurer un abri anti-tornades dans son jardin pour en faire un refuge où protéger sa famille...
Critique : ô combien loué et porté au pinacle par une critique dithyrambique, à Sundance puis à Cannes (Semaine de la Critique), ainsi que lors de sa sortie en salles, Take Shelter ne tient malheureusement pas ses belles promesses. Le film débute en jetant les bases d'une analyse sociale : un ouvrier modeste économise avec sa femme pour payer l'opération de leur jeune fille sourde. On se dirige alors vers un film molasson « sur les banlieues pavillonnaires américaines », devenu presque un genre en soi.
Fort heureusement, le n½ud de l'intrigue surgit alors, par petites touches : visions d'horreur, cauchemars récurrents... S'installe peu à peu une ambiance « man vs nature », au moyen de plongées écrasant l'homme dans le cadre sous un ciel orageux, qui semble vouloir nous rappeler la vulnérabilité de l'homme, notamment occidental qui se croit capable, dans son orgueil, d'échapper à la fin du monde dans un ridicule refuge. La première demi-heure est véritablement captivante : le contraste est saisissant entre ce héros taiseux, à la gueule dure d'amerloque, en proie aux tourments de son esprit, et sa femme qui résiste malgré son apparente fragilité.
On lorgne alors du côté du film à clé, où le spectateur est constamment invité à ouvrir l'oeil, à tendre l'oreille, pour percevoir les signes du jeu de piste que constitue Take Shelter. La demi-heure suivante montre le cheminement intérieur du héros pour pouvoir dire sa peur, la communiquer ; il tente de le faire avec des psychologues, sans succès, puis réussit avec sa femme, dans une belle scène d'aveu. Il y parviendra enfin une dernière fois, en public, s'imposant ainsi en prophète des temps modernes. Par opposition est présente toute une galerie de personnages qui se détachent de lui à mesure que sa « folie » croît : ses collègues de travail, son frère...
Nous en resterons cependant à ce stade-là, car la fin du film est consacrée à un épisode très plaisant, intense et savamment mené, qui relève de l'exercice de style fantastique voire du film d'angoisse. Nichols ne clôt aucune des différentes pistes narratives du film, préférant une mal appropriée « splendeur du doute », très à la mode. Les séquences chez les psys ne nous apprennent rien, hormis le mépris du scénariste pour les personnes exerçant ce métier. La petite fille sourde n'est qu'un alibi pour instaurer la dimension sociale, laquelle ne débouche elle aussi sur pas grand chose : la pauvreté guettant la famille n'est qu'un simple problème de plus ; avouez que la fin du monde pouvait suffire, comme problème.
Je ne nie pas le fait que le film soit captivant, notamment la dernière heure : le suspense est brillamment orchestré, et l'apothéose est à la hauteur. Toutefois, le contenu métaphysique qu'on a volontiers prêté à Take Shelter relève d'un amalgame grossier avec la vague de films sensualistes sur la fin du monde : il ne suffit pas de produire une photographie numérique léchée et d'aligner des images crépusculaires tranchées par de violents éclairs bleu lagon pour réaliser Melancholia. Je termine en citant ces belles paroles de Jean-Luc Lacuve : « Que la mystique et l'esthétique new-age post Tree of Life ait encore gagné du terrain, cela ne fait aucun doute ».
Ma note: 11/20










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