Réalisé par Rachid Bouchareb - 2006 - France / Maroc / Algérie / Belgique - Couleur - 2heures 02minutes - Prix d'Interprétation Masculine (Collectif) Festival de Cannes 2006
Avec Jamel Debbouzze, Sami Bouajila, Sami Nacéri, Roschdy Zem...
Résumé: 1942. En pleine Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement français crée un régiment de soldats venus du Maroc, d'Algérie, de Tunisie et du Sénégal. Parmi eux, Saïd (Jamel Debbouzze), Yacine (Sami Nacéri), Abd-el-Kader (Sami Bouajila) et Messaoud (Roschdy Zem), qui remonteront de la Provence jusqu'en Alsace pour libérer la France. Quatre hommes, comme tant d'autres, qui ne furent pas autorisés à défiler lors de la Victoire sur les Champs Elysées, et que la société ne reconnaît plus à leur juste valeur...
Critique: sensation et évènement du 59ème Festival de Cannes, "Indigènes" est un projet longuement mûri et dont la production ne fut pas une mince affaire. Porté par la présence de Jamel Debouzze, ce film historique assez inattendu, bien que nécessaire, a tenu ses promesses.
Il était grand temps de consacrer un long-métrage à ces soldats morts pour la France, et ainsi de les sauver de l'oubli général. Bouchareb a parfaitement rempli son contrat, en proposant ici deux heures où le devoir de mémoire est de rigueur: tout en subtilité, mais avec respect et humilité, il réalise un poignant témoin d'un passé en "voie de disparition". Car si le message à diffuser en vaut la peine: ces hommes ont quitté leur foyer, leur pays, pour se battre dans les rangs d'une nation dont ils n'avaient jamais foulé le sol auparavant, et ne bénéficient d'aucune reconnaissance à l'heure actuelle. Nous sommes d'ailleurs témoins d'une triste vérité: les personnages du film, engagés avec leurs motivations diverses (le personnage de Jamel s'est engagé pour sauver la France, celui de Sami Nacéri pour l'argent...), sont soumis à des injustices aberrantes. Par exemple, ils reçoivent moins de nourriture que les soldats français, ou n'ont que des sandales en plein hiver...
Un film contre l'oubli donc. Qui contrairement à ce que je pensais avant de le voir, ne favorise personne: Jamel ne joue pas un one-man show, et laisse de la place à ses compères (le Prix d'interprétation est donc mérité). Tous sont égaux dans la souffrance et vivent le même enfer. C'est du moins l'impression que Bouchareb nous donne. De plus, les scènes de guerre sont très réalistes et n'ont rien à envier aux références du genre que sont "Il faut sauver le soldat Ryan" etc...Enfin, la dernière séquence du film, où le seul survivant des "Indigènes" (je ne le dévoilerai pas), désormais âgé de plus de 80 ans, revient sur la tombe de ses anciens frères d'armes, est merveilleuse. Grand recueillement, très solennel, puis gros plan sur ce visage de vieillard en train de pleurer: des frissons m'en parcoururent le dos. "Indigènes" est donc un grand recueil à cette page de l'Histoire, que nul ne doit oublier.
"Cette aventure dépasse le cinéma", dit Rachid Bouchareb. Pour la résumer en quelques mots: "Indigènes" est une excellente surprise, porteuse d'émotion, mais bien dosée. Ce n'est pas une débauche de bons sentiments, ni de la sensibilité à deux balles. Juste ce qu'on appelle un beau film.
Critique de Cyril
La note: 14 / 20
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