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Sur la Route de Madison (Clint Eastwood)

Sur la Route de Madison (Clint Eastwood)
Sur la Route de Madison (Titre original: The Bridges of Madison County)

Réalisé par Clint Eastwood - 1995 - USA - Couleur - 2heures 12minutes

Avec Meryl Streep, Clint Eastwood, Annie Corley, Victor Slezack...

Citation du film: "Si vous voulez m'arrêter, c'est maintenant."


Résumé: Francesca (Meryl Streep) vit avec sa famille dans une ferme de l'Iowa. Un jour, son mari part avec les enfants à une foire bovine. Ce même jour, un photographe grisonnant, Robert (Clint Eastwood) demande son chemin: il doit photographier de célèbres ponts couverts sur l'Iowa. Ils vont sympathiser, dans un premier temps, puis...


Quand le surfait quitte la place, la beauté fait surface


Critique: le réalisateur Eastwood, spécialisé dans les films de genre ("Jugé Coupable") ou les westerns ("Pale Rider", "Josey Wales hors-la-loi"), s'essaie à un genre antagoniste, le mélodrame. Dix ans après ce présent film, "Million Dollar Baby"; beaucoup de fondamentaux de celui-ci sont déjà présents.

Eastwood a le don d'allier académisme et modernité. De concilier des plans léchés et convenus et une mise en scène résolument neuve. De fait, il effectue la symbiose de l'histoire d'amour dégoulinante du roman et de dialogues affûtés: de quoi s'adresser aussi bien au spectateur lambda qu'au cinéphile le plus averti. Le roman proposait un récit à la frontière du pathos, un tire-larmes en puissance. Eastwood est bien trop malin pour se faire piéger: il métamorphose la mièvrerie en beauté et quoiqu'un peu "gnan-gnan" par endroits, on se prend au jeu amoureux de ce photographe sénescent et de cette ménagère de province.

Le film présente parfois les aspects extérieurs d'une tragédie: liés par un amour impossible (Francesca est mariée), elle s'éprend du photographe car il représente l'interdit, le rêve, l'évasion; tout ce qu'elle n'a pu avoir, recluse dans ses champs et sa cuisine. A travers cette ménagère, triste à dire, mais une femme sommeille, une femme qui a des désirs - parfois violents et bizarres - (elle imagine Robert se douchant nu quelques minutes avant elle) et doit les satisfaire. La proposition finale du photographe sera en somme une main tendue pour monter dans un bateau pour un meilleur avenir...La construction du personnage interprété par Clint Eastwood est primordiale, car c'est lui qui articule tout le schéma narratif: les réactions, les ressentis, voire les actes de Francesca dépendent de ceux de Robert. Une façon de montrer derechef qu'elle est, directement ou indirectement, soumise à l'homme. L'amour que lui offre Robert, c'est la possibilité d'une vie d'égal à égal.

Dans les photogrammes crépusculaires et idéalisés du film se dessinent une réalité. Francesca vit en Iowa, province archaïque et agricole des Etats-Unis, et passe sa journée à nourrir des bêtes et arroser son potager. Robert, lui, représente l'aventure, la ville aussi (avec son appareil photo, son look à la Nicolas Hulot); il représente un moyen de s'échapper, de fuir (psychologiquement et physiquement). Ce récit à l'eau de rose non édulcoré est enchassé avec une seconde histoire, celle des deux enfants qui découvrent des lettres et des journaux intimes rédigés par leur mère avant sa mort. Le fils, dans un premier temps, considère sa mère comme une prostituée et peine à accepter son histoire d'amour adultérine, puis finit par se résigner devant la beauté et le romantisme de cette love-story "paysanne". Ce fils vengeur incarne le stéréotype de l'américain moyen catholique, croyant, attaché au respect de la famille, mais néanmoins enclin à "tuer l'amant de sa mère".

Le désir, selon Eastwood, s'apaiserait avec le temps (jolie allusion à Madame Bovary) et l'amour parfait, celui dont chaque être a besoin, n'arrive qu'une fois et ne peut être pleinement accompli que par l'imagination. La dose de bons sentiments et de mièvrerie qu'il injecte dans son scénario ne trouble en rien l'équilibre des débats soulevés (philosophique, social et psychologique), et se conjugue à merveille avec une mise en scène froide, tempérée, introduisant "Sur la Route de Madison" dans le cercle des mélodrames contemplatifs réussis, aux côtés des "Out of Africa" et "Indochine".

Critique de Cyril

La note: 13 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?
# Posté le lundi 30 juillet 2007 05:37
Modifié le dimanche 01 juin 2008 09:24

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