Paris, je t'aime (Collectif)

Paris, je t'aime (Collectif)
Paris, je t'aime

Film collectif réalisé par Tom Tykwer, Gérard Depardieu, Gus Van Sant, Olivier Assayas, Alfonso Cuaron, Joel et Ethan Coen, Oliver Schmitz... - 2006 - Couleur - 2heures 01minutes - Sélection Un Certain Regard (Ouverture) Cannes 2006

Avec Natalie Portman, Elijah Wood, Denis Podalydès, Steve Buscemi, Fanny Ardant, Juliette Binoche...

Anecdote: deux films similaires sont en préparation et seront probablement intitulés "Tokyo, ko to", et "New York, I love you".



Résumé: ce film réalisé par 18 réalisateurs comporte donc autant de courts-métrages, chacun destinés à raconter une histoire d'amour se déroulant à Paris. L'occasion pour chaque cinéaste de valoriser à sa façon la ville lumière, et d'imposer son talent face aux autres...


Critique: je ne vais bien sûr pas vous faire la critique de chaque court présenté dans le film. Mais sachez tout de même que l'ensemble est de qualité inégale: il y a du bon, voire du très bon, et à l'inverse, du mauvais. Et ce ne sont pas forcément les plus grands qui s'en sont le mieux sortis.

Je vais procéder ainsi: le premier paragraphe sera consacré aux courts que je juge "bons", et le second le sera pour les mauvais. Les moyens seront laissés à l'abandon. Débutons donc, par le film de Tom Tykwer (sûrement le meilleur), dans lequel Natalie Portman vit une histoire d'amour en accéléré: cela donne une espèce d'effet "Amélie Poulain" (tout s'enchaîne très vite, les images bougent, on s'attarde sur les détails). Et c'est donc très beau. Ensuite, le court des frères Coen, tourné dans la station de métro "Tuileries", est merveilleux: rien que la tête d'imbécile de Steve Buscemi donne envie d'exploser de rire, et pas que ça. On retrouve en plus le style cynique et l'humour acide des deux frères, et des dialogues qui font mouche. Très bon aussi. Troisième "bon", le court d'Oliver Schmitz, une histoire d'amour en banlieue parisienne entre un SDF et une bénévole du Samu Social. L'émotion y règne en maître, tant par les visages des personnages (très expressifs) que par le destin de leur love-story, vouée à l'échec. Enfin, le quatrième est celui de Sylvain Chomet (réalisateur des excellentes "Triplettes de Belleville"), qui narre une passion amoureuse entre deux mimes. Spécial, mais toujours dynamique et jamais cliché, ce court-là tient aussi bien la route.

Mais il est des cinéastes qui ont un peu merdé leur affaire; et les plus grands peuvent en témoigner. Ainsi, Gus Van Sant (que l'on attendait dans le film comme le Messie) a fourni un boulot assez moyen: son sujet était bon (un mec drague un autre mec, mais le mec dragué ne parle pas le français) mais les plans-séquences habituels et le manque d'approfondissement finissent par décevoir. Quant à Alfonso Cuaron (réalisateur du troisième Harry Potter) et sa marche dans Paris avec Ludivine Sagnier et Nick Nolte, c'est trop mou, trop simple pour être crédible et plaisant. Que dire de Gérard Depardieu, et son dîner romantique au restaurant? Que c'est nul. Ses acteurs jouent mal, sa mise en scène est fade...J'ai gardé le meilleur pour la fin: Gurinder Chadha, grande réalisatrice de films Bollywood et de "Joue-la comme Beckham", nous sert un court bourré de clichés entre une racaille qui drague une intellectuelle musulmane, et qui conquiert son coeur en la relevant après qu'elle se soit cassé la gueule par terre. Nul, nul, et renul.

Petit avertissement avant de finir pour mesdames Fanny Ardant et Juliette Binoche (surtout cette dernière): quand vous jouez dans un projet comme celui-là, il faut que vous fassiez comme d'habitude et que vous jouiez bien! Pas comme Mme Ardant qui surjoue et fait parler sa classe et son statut, ni comme Mme Binoche qui pleure très mal, et qui prend des airs dignes d'acteurs de "Plus belle la vie".

Voilà, j'en ai fini. Comme dit, le projet est excellent, mais comme on pouvait s'y attendre, inégal: il y a de bons et de mauvais cinéastes.

Critique de Cyril

La note: 13,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le dimanche 09 juillet 2006 07:42

Modifié le vendredi 24 avril 2009 11:01

L'interview (Xavier Giannoli)

L'interview (Xavier Giannoli)
L'interview

Réalisé par Xavier Giannoli - 1998 - Court-métrage - France - Noir & Blanc - 17 minutes - Palme d'Or du Court-métrage Cannes 1998 et César du meilleur court-métrage 1999

Avec Mathieu Amalric, Jean-Charles Winling...



Résumé: 1989, dans les bureaux d'un hebdomadaire parisien, un journaliste (Mathieu Amalric) et son ami restent éveillés tard dans la nuit, pour attendre un appel important: celui de l'agent de la célébrissime Ava Gardner. Une interview de la star est en effet programmée à Londres. Fou de joie, le journaliste prend le ferry, le train, déboule dans la capitale anglaise, et arrive devant la maison de sa future interlocutrice. Malheureusement pour lui, elle ne veut pas le faire entrer et effectue l'interview depuis sa chambre, grâce au microphone.


Critique: multiprimé, ce court-métrage de Xavier Giannoli (futur très grand cinéaste: il n'a fait que deux films à ce jour, dont un chef d'oeuvre et un sélectionné cette année à Cannes) part d'une excellente idée pour aboutir...à un excellent résultat.

Filmé dans un noir et blanc des plus esthétiques (très agréable à l'oeil), "L'interview" s'inspire de faits réels: un journaliste s'est effectivement vu refuser l'accès à la maison d'Ava Gardner, qui répondait complètement n'importe quoi et se faisait attaquer par son chien. Histoire pour le moins assez incroyable. Et donc parfaite pour être adaptée. De plus, avec le jeu merveilleux de Mathieu Amalric (qui n'était pas encore connu à cette époque, mais qui a obtenu depuis le César du meilleur acteur et joué dans "Rois et Reines" de Desplechin et "Munich" de Steven Spielberg), qui, totalement habité par le personnage et émerveillé comme un enfant dans la perspective d'interviewer son idole, le film prend à la fois une tournure drôle, poétique, mélancolique et ironique.

Un cocktail qui se déguste sans modération, et surtout sans ennui: 17 minutes de bonheur, qui débutent par la mise en évidence de l'admiration qu'a le journaliste pour Ava Gardner, et se finissent dans la patrie des Beatles (laquelle est filmée avec finesse: c'est comparable à la vision de Paris dans "Angel-A"). Enfin, la dernière scène, où le malheureux reparti avec une interview minable de la star qu'il vénère depuis des années, et dont il s'est tant enthousiasmé à l'idée de la rencontrer, est debout sur le pont du ferry, est sublime. Le tout bercé par des notes au piano vaguement balancées. Chef d'oeuvrissime.

Et voilà: la taille d'une critique consacré à un long-métrage pour un film de 17 minutes. Parce que celui-là a vraiment beaucoup de choses à nous dire, et que la prestation d'acteur est un modèle à suivre. Courez voir les prochaines réalisations de ce déjà grand: Xavier Giannoli.

Critique de Cyril

La note: 19 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie complète Xavier Giannoli:

1998 - L'interview
2003 - Les Corps Impatients (avec Laura Smet, Nicolas Duvauchelle...)
2006 - Quand j'étais chanteur... (avec Cécile de France, Gérard Depardieu...)

# Posté le dimanche 09 juillet 2006 07:59

Modifié le vendredi 24 avril 2009 10:58

Southland Tales (Richard Kelly)

Southland Tales (Richard Kelly)
Southland Tales

Réalisé par Richard Kelly - 2006 - USA - Couleur - 2heures 42minutes - Sélection Officielle en Compétition Festival de Cannes 2006

Avec Sarah Michelle Gellar, The Rock, Justin Timberlake, Christophe Lambert, Seann William Scott...

"Nous voulions tourner un film qui stigmatise l'angoisse et la frustration que l'on peut ressentir face aux évènements qui ont marqué le monde ces dix dernières années, tout en étant le plus divertissant possible." Richard Kelly, réalisateur du film.



Résumé: été 2008, Los Angeles City. Une porno-star (Sarah Michelle Gellar), un flic dépassé (Seann William Scott), un vétéran du Vietnam maniaque de la mitraillette (Justin Timberlake) et un acteur de films d'action à bas budget (The Rock) se retrouvent confrontés, chacun pour des objectifs différents, alors qu'une terrible canicule sévit quelques jours avant le Independence Day (4 juillet). Mais une guerre atomique est également en préparation, et commence à se manifester par de violentes émeutes dans les rues. Au bord de l'apocalypse, l'acteur va comprendre qu'il est manipulé par sa petite amie l'actrice de X, qui est elle-même manipulée par une organisation secrète...


Critique: je le sens, le résumé du film vous a donné très envie de le voir. C'est le même effet que ça m'a fait à Cannes quand on m'a lu le synopsis de cet objet filmique incroyablement bizarre. "Bienvenue à Barjoland", comme écrivait un grand magazine de cinéma.

Voilà, c'est la guerre atomique, les trafiquants d'armes prennent le contrôle de la ville, Justin chante une chanson de "The Killers" (All The Things That I've Done, pour les connaisseurs), SMG présente un talk-show consacré à la sexualité des ados, et The Rock joue la poule mouillée face aux criminels, bandits et salauds en tout genre qu'il côtoie. Bref, le grand n'importe quoi. A la fin de la projection, j'entendais dans la salle des paroles peu sympathiques à l'encontre du film: "Quelle merdier", "J'ai rien compris" ou encore "C'est le bordel, on pige que dalle." J'avoue faire également partie de ceux qui n'ont pas suivi grand chose à cet incroyable étrangeté de 2 heures 42 minutes (très très longues). Mais je me pose une question: pourquoi Richard Kelly a t-il recruté un tel casting (composé, il faut bien l'avouer, de nuls), pris un tel sujet, une telle durée, et a t-il été sélectionné à Cannes en compétition? Ni lui ni le jury des sélections cannoises ne sont cons à ce point: il y a anguille sous roche.

Kelly nous dit vouloir retranscrire les malaises des jeunes (il l'a déjà fait dans "Donnie Darko", son précédent film) et les craintes de la population face à l'apocalypse qui nous attend. C'est pourquoi il a sélectionné des comédiens capables de diffuser le message chez les jeunes (car appréciés) et fait volontairement des choix scénaristiques décalés (par exemple, "Southland Tales" est découpé en trois parties "4", "5" et "6", sans les trois premières). Et si on peut être surpris par ce grand fouillis un peu déroutant, le reste n'est néanmoins pas mauvais: la musique est génialissime (je vous conseille de l'acheter à sa sortie, en même temps que le film, donc en novembre-décembre) et est l'oeuvre de Moby, maître en musique synthétique, la mise en scène est dynamique et réussie, et les cadrages sont eux aussi sortis de nulle part. Pour en revenir rapidement à la bande originale, c'est un chef d'oeuvre: planante, elle porte - pour ne pas dire "fait corps" - avec l'image, et donne de belles séances de frissons.

Bon, les acteurs, choisis pour leur nullité, défendent leur statut: SMG est tout juste passable, The Rock est nul, Seann William Scott manque de charisme pour s'imposer en flic tocard, et Justin Timberlake en fait des tonnes (il joue un schizo, donc il rigole tout le temps, il dit n'importe quoi: bref, il surjoue à fond la caisse). Mais l'essentiel est préservé: un mélange des genres (comédie, comédie musicale, science-fiction, action, suspense, policier...) assez surprenant, et une vision décalée du futur des Etats-Unis.

Car en effet, Kelly voit à travers "Southland Tales" la fin du monde, le chaos que l'homme aura lui-même provoqué. C'est donc un brûlot efficace contre le système Bush (la montée de la température dans le film est due à la pollution: petit clin d'oeil à Mr.Bush qui n'en a rien à foutre) qui en plus de décrier la société, le fait avec style. Avec trop de style peut-être: le mélange, s'il est amusant au début, finit par agacer et user par son manque de changement: toujours les mêmes lieux, les mêmes personnages. Et aussi, une alternance de violence et de calme qui irrite à la longue.

Il reste tellement de choses à dire sur cette "sensation" de Cannes 2006, qui repart bien entendu bredouille au palmarès. Personnellement, je vais accorder une note généreuse car le projet est ambitieux (le budget était minuscule, et ils ont tourné en un mois) et là-dedans fourmillent les bonnes idées et les références à la pop-culture que le réalisateur affectionne. Même si elles sont réparties de manière confuse. Une dernière chose: courez le voir à sa sortie(s'il sort un jour, car j'ajoute cette parenthèse le 30 avril 2007, et aucune sortie n'est programmée...).

Critique de Cyril

La note: 16 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?


La meilleure scène: la première scène du film est somptueuse (je me suis dit: si tout le film est comme ça, quelle merveille!). Les images sont filmées avec un caméscope par une maman, qui immortalise à la caméra l'anniversaire de son fils. Dans le jardin, ses copains sont rassemblés autour du gâteau, la bonne ambiance règne, alors qu'une musique inquiétante fait son apparition. Soudain, une explosion retentit, la mère lève la caméra vers le ciel: l'on voit un champignon atomique. Panique générale, musique encore plus magique, générique. Absolument impeccable.


Filmographie complète Richard Kelly:

2001 - Donnie Darko (avec Jake Gyllenhaal...)
2006 - Southland Tales

# Posté le dimanche 09 juillet 2006 08:20

Modifié le jeudi 11 décembre 2008 09:40

La Reine Margot (Patrice Chéreau)

La Reine Margot (Patrice Chéreau)
La Reine Margot

Réalisé par Patrice Chéreau - 1994 - France - Couleur - 2 heures 39 minutes (version longue), 2 heures 23 minutes (version coupée) - Prix du Jury Festival de Cannes 1994 et César de la Meilleure actrice, second rôle masculin et féminin, costumes et photographie.

Avec Daniel Auteuil, Isabelle Adjani, Vincent Perez, Asia Argento, Jean-Claude Brialy...

Citation du film: "Cette nuit, j'ai appris la haine." "Et bien, apprenez l'hypocrisie à présent."

- 12 ans



Résumé: Août 1572. Catherine de Médicis (Virna Lisi) marie de force sa fille Marguerite de Valois (Isabelle Adjani) au protestant Henri de Navarre (Daniel Auteuil), futur Henri IV. Dans la cour de France, rien ne va plus: Coligny (Jean-Claude Brialy), le régent, est protestant lui aussi, ce qui agace fortement bon nombre de courtisans. Une nuit, la guerre est déclarée: les catholiques égorgent tous les huguenots qu'ils croisent, et inscrivent ainsi l'épisode le plus sanglant de l'Histoire; la Saint-Barthélémy. Mais Margot, sensible à un homme blessé qu'on veut achever, décide de le garder sous sa protection: c'est le Seigneur de La Môle (Vincent Perez), avec qui elle connaîtra le grand amour. Forcé de se convertir, Navarre devient catholique et souhaite s'enfuir avec Margot, mais c'est sans compter sur le roi Charles IX, son frère, qui ne l'entend pas de cette oreille...


Critique: adaptation à grand budget du roman d'Alexandre Dumas, "La Reine Margot" a raflé beaucoup de prix sur son passage et obtenu un immense succès public, notamment grâce à son casting hors normes.

En effet, le casting est plus que réussi, et il apporte énormément en tant qu'argument de vente (mais pas tant que ça artistiquement). Avant tout, c'est plus la reconstitution historique qui importe, et celle-ci a été fort bien réussie. Les affres et manigances de la cour sont dépeints avec justesse, tact, et subtilité: chaque personnage porte en lui son pesant de malhonnêteté, de fourberie. Et nul ne peut échapper à ce "tourbillon infernal": l'histoire d'amour entre Margot et le Seigneur de La Môle est mort-née; impossible d'espérer la voir éclore, la faute aux hommes, lesquels se battent pour la religion. Par ailleurs, chaque héros n'est qu'un simple pion sur un échiquier, et (presque) tous sont voués à un destin tragique, que l'on connaît plus ou moins. Pour simplifier, le film est une valse avec la mort, une peinture réaliste et crue de l'Histoire de France, mais qui manque cruellement d'âme. "Marie-Antoinette" sans le rock et les gâteaux.

Car comme je le disais, les aspects techniques sont superbes (et d'ailleurs récompensés) et les acteurs également: Jean-Hugues Anglade en Charles IX est parfait, et livre une prestation troublante, car au bord de la rupture. Les autre seconds rôles sont très bons, sauf peut-être Vincent Perez, dans son habituel personnage de bad-boy qui vient semer la zizanie, qui joue un ton en dessous. Tout le reste (en particulier la mise en scène théâtrale de toute beauté) contribue pleinement à la réussite du film, aux répliques dorées, mais qui souffre d'une trop forte cruauté: certes, Chéreau a voulu montrer la barbarie de cet évènement sanglant et tragique, mais il a "poussé le bouchon trop loin". Je trouve inutile les innombrables meurtres, trahisons, empoisonnement et scènes de sexe violentes: plus de délicatesse serait tout aussi bien passé (sauf pour la nuit de la Saint-Barthélémy, évidemment).

Pour conclure, je vous cite cette phrase du "Larousse des films" qui selon moi, résume tout: "Un spectacle bien réglé avec plusieurs plans remarquables, de nombreuses séquences bien sanguinolentes, quelques scènes de sexe bien drues, de l'action et du spectacle plastique équitablement alternés. Une seule chose s'est perdue en route: l'émotion."

Critique de Cyril

La note: 14 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le dimanche 09 juillet 2006 08:35

Modifié le vendredi 24 avril 2009 10:57

Mar Adentro (Alejandro Amenabar)

Mar Adentro (Alejandro Amenabar)
Mar Adentro (traduction en français: "Plus profond")

Réalisé par Alejandro Amenabar - 2004 - Espagne - Couleur - 2heures 02minutes

Récompenses:

Oscar 2004 du meilleur film étranger
Golden Globe 2005 du meilleur film étranger
Lion d'Argent, Grand Prix du Jury et Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine Festival de Venise 2004
Prix du Cinéma Européen: Meilleur Réalisateur - Meilleur Acteur
14 Goya (équivalent du César en Espagne) dont meilleur film, réalisateur, acteur, actrice, musique, scénario...

Avec Javier Bardem, Belen Rueda, Lola Duenas, Clara Segura...

Citation du film: "Pourquoi mourir?" "Parce que vivre ainsi, ce n'est pas vivre dans la dignité."



Résumé: L'histoire vraie de Ramon Sampedro: après avoir plongé dans 30 cm d'eau dans sa jeunesse, Ramon (Javier Bardem) s'est cassé la nuque et est devenu tétraplégique. Ne pouvant bouger que sa tête, sa belle-soeur Manuela, son neveu Javier, son avocate (et future amante) Julia, et ses amies Rosa et Gené s'occupent de lui. Mais malgré tout cet amour qui lui est témoigné, Ramon n'a plus qu'un seul désir: Mourir pour vivre. Il va donc engager un procès contre l'état pour mener à bien ses intentions...


Critique: les récompenses ont plu sur "Mar Adentro" (voir ci-dessus). Sensation absolue de l'année 2004, il consacre Amenabar en nouveau pape du cinéma latino-espagnol. Javier Bardem trouve aussi le rôle de sa vie (rien que ça).

C'est certain, on ne pourra jamais le lui enlever: Javier Bardem casse la baraque, explose tout sur son passage, bref, est ahurissant en Ramon Sampedro. A la fois nerveux, sensible, tendre, et exaspéré par la vie, son jeu est fin, et de plus, sa ressemblance physique avec celui-ci aide déjà beaucoup à sa crédibilité. Mais je n'enlève rien à son mérite: il a énormément travaillé les expressions de son visage, sa voix (il imite celle du "vrai" Ramon), a rencontré les proches de son modèle et s'est entraîné à rester douze heures de suite éveillé dans un lit - ça paraît idiot et simple à faire, mais comme il le déclarait lui-même "rien de plus atroce". Les autres seconds rôles sont aussi bons, en particulier l'avocate Julia et Manuela la belle-soeur, génératrices d'une grande émotion.

Quant à la réalisation, elle est exceptionnelle: Amenabar est en effet un virtuose de la caméra, même si j'avais plutôt imaginé le film réalisé en caméra à l'épaule, pour plus de réalisme, alors qu'il emploie uniquement de très stables travellings, témoins éternels de son passage à Hollywood (avec "Les Autres", très bon film avec Nicole Kidman). Tant pis: manque de réalisme, mais gain en poésie, en lyrisme. Car il y a bel et bien un contraste entre certaines scènes dures (son accident filmé sous l'eau, où l'on voit bien la tête s'écraser contre le sable, ou encore son suicide, lorsqu'il avale son verre de cyanure de potassium) et de jolis passages fantastiques, où Ramon rêve d'avoir des jambes, de pouvoir aimer, courir, travailler, vivre. Et c'est avec tendresse et dignité qu'Amenabar filme ce plaidoyer vibrant pour l'euthanasie légale.

Le maître mot est d'ailleurs la dignité: Ramon espère mourir au nom de celle-ci. Mais paradoxe étonnant, le film est à la fois un appel à la vie (qui se manifeste par toutes les personnes témoignant de l'amitié ou de l'amour pour lui, qui ne souhaitent pas toujours qu'il se suicide) et une charge contre l'Eglise et les gouvernements pour qu'enfin, le droit de mourir soit respecté. Comme le scandent les manifestants soutenant le combat du héros lors de son procès: vivre est un droit, pas une obligation.

Un beau film donc, plein d'humanisme et de délicatesse, qui souffre quand même d'une musique trop pompeuse (bien que très jolie) et d'une longueur qui ennuiera même les plus fervents amateurs de ce type de longs-métrages. Car oui, un mec couché sur un lit 24 heures sur 24, c'est chiant, très chiant. Autre chose: 30 récompenses à travers le monde, c'est trop.

Critique de Cyril

La note: 14 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie (extrait) Alejandro Amenabar:

1995 - Tesis
1997 - Ouvre les yeux (avec Pénélope Cruz...)
2001 - Les Autres (avec Nicole Kidman...)

# Posté le dimanche 09 juillet 2006 08:49

Modifié le vendredi 24 avril 2009 10:57