Le Septième Sceau (Ingmar Bergman)

Le Septième Sceau (Ingmar Bergman)
Le Septième Sceau (Titre original : Det Sjunde Inseglet)

Réalisé par Ingmar Bergman – 1956 – Suède - Noir & Blanc – 1heure 31minutes

Avec Max Von Sydow, Gunnar Bjornstrand, Nils Poppe, Bibi Andersson...

Citation du film: « Bien essayé, l'idée de taper dans l'échiquier. Mais j'ai mémorisé l'emplacement des pièces. »



Résumé: le chevalier Blok (Max von Sydow) et son écuyer Jons (Gunnar Bjornstrand) reviennent des croisades. Ils parcourent un pays indéterminé, où la peste fait des ravages et où les croyants perdent leur foi : bûchers et flagellations sont fréquemment organisés. Au milieu de ce chaos moral, la Mort vient enlever la vie du chevalier. Il tente de retarder cette date en proposant une partie d'échecs. En cas de victoire, il aurait la vie sauve. Mais où qu'il aille, sous différentes formes, la Mort est là, sûre de gagner...


Critique: écrit par un Bergman au sommet de sa gloire, « Le Septième Sceau » figure parmi les vingt films les importants de l'histoire du cinéma, selon le classement Sight and Sound. Au-delà d'être un excellent film, un mythe s'est crée autour de lui, faisant de ce long-métrage une référence mondiale.

Malgré le sujet absolument atypique (la Mort qui vient jouer aux échecs, tout de même...), nous reconnaissons notre monde en cette vision subjective. « Le Septième Sceau » est un film universel. Une réflexion menée tambour battant par le maître en la matière, qui comme dit plus haut, est au sommet de son art. De plus, cela s'avère être une représentation médiévale des plus crédibles, grâce à son incroyable réalisme visuel. Par personnages interposés, Bergman interroge Dieu, les hommes, la société.

Et que dire de ce personnage de la mort, symbole parmi les symboles, qui pour une fois, n'est pas représenté en faucheuse ? Au charisme et à la présence fantastique, il représente la peste, et génère une angoisse terrible chez Blok. Quoi de plus stressant qu'une partie d'échecs où l'on risque sa vie, sachant que tout peut se retourner n'importe quand ? Dans cet enfer sur Terre, tous espèrent le Paradis, représenté lui par la famille de forains insouciants et heureux de vivre.

Mais dès leur rencontre avec le chevalier, des malheurs leur tombent dessus : il porte avec lui la peur, la Mort, comme une fatalité (comme la peste...). En mettant en scène tant de personnages diverses, Bergman réalise une sombre interrogation sur l'existence, avec ses moyens d'artiste ; pas de philosophie. En fin stratège, il les conduit à leur destin : le décès. Et quelle fin pour Blok : une danse macabre sordide lors de son arrivée au château, restée inégalée en terme de « frissons produits ». Magnifique en tous points.

J'ai omis de détailler les aspects techniques, mais ils sont secondaires : seul importe le fait que « Le Septième Sceau » est éternel, intemporel, et n'aura jamais fini de dire ce qu'il a dire. Exactement la définition d'un chef d'½uvre dans le Petit Larousse.

Critique de Cyril

La note: 17,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le mardi 12 septembre 2006 14:39
Modifié le samedi 16 août 2008 17:28

Spiderman (Sam Raimi)

Spiderman (Sam Raimi)
Spiderman

Réalisé par Sam Raimi – 2002 – USA – Couleur – 2heures 02minutes

Avec Kirsten Dunst, Tobey Maguire, Willem Dafoe, James Franco...



Résumé: Peter Parker (Tobey Maguire) est étudiant. Un jour, en visite dans un musée, il se fait piquer par une araignée transgénique : il devient alors le célèbre Spiderman ! Toujours prêt à voler de building en building au secours des plus faibles, il va aussi s'attarder à embellir la vie de Mary Jane (Kirsten Dunst), sa bien-aimée. Mais une menace plane sur la ville : le terrible Bouffon Vert (Willem Dafoe), qui prévoit de détruire la Terre...


Critique: Sam Raimi, illsutre rélaisteur de la débile et hilarante trilogie « Evil Dead », prend les rênes d'un projet à 140 millions de dollars. Nous sommes en droit de nous attendre au pire.

Ma première réaction fut : Tobey Maguire ? Qui est-ce ? Au final, je ne le trouve pas si mal que ça en homme-araignée, même si son charisme à deux francs ne vaut pas un clou comparé à Willem Dafoe. Pardonnons : Raimi compense en embauchant la magnifique Kirsten Dunst, très bien dans son rôle de « femme-de-super-héros » (c'est dur comme rôle, demandez à Lois Lane ou Catwoman), qui ne surjoue en aucun cas et fait parler sa classe naturelle pour embellir à elle seule les deux heures.

Le scénario, quant à lui, est simple, pour ne pas dire basique : un gentil, un méchant, une bagarre (de préférence spectaculaire, avec des explosions et des immeubles en feu) et le dénouement heureux. Mais la mayonnaise prend bien : pas d'ennui, les séquences de vol dans la ville sont splendides, les bastons appréciables, bien que très convenues, et les dialogues, pas trop cons, sont prononcés par des personnes qualifiables d'acteurs, donc tout va bien.

Petit problème : si l'ensemble tient la route et divertit à grande échelle, de nombreux détails laissent à désirer. Par exemple – le pire – le Bouffon Vert, dont le costume est minable, ridicule, pourri, ne fait absolument pas peur et ne suscite aucune angoisse ou terreur. Mon petit frère en costume de Dragon Ball Z ferait encore plus peur. Autre exemple : le patron du journal est caricaturé au possible, et cela nuit un peu à l'aspect « vrai » du début du film, où Parker n'est pas encore Spiderman.

De l'action et des bons sentiments, il y en a à foison. C'est tout ce qu'on demande à une superproduction de ce genre, et « Spiderman » remplit bien son contrat. Mieux : dans le second volet, les défauts de celui-ci ont été gommés, pour aboutir à une quasi-perfection artistique. Vivement le troisième... (et dernier ?)

Critique de Cyril

La note: 14 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le lundi 02 octobre 2006 15:17
Modifié le samedi 16 août 2008 17:28

Mafia Blues (Harold Ramis)

Mafia Blues (Harold Ramis)
Mafia Blues (Titre original : Analyse This)

Réalisé par Harold Ramis – 1999 – USA – Couleur – 1heure 43minutes

Avec Billy Crystal, Robert DeNiro, Lisa Kudrow...

Citation du film: « Annulez vos rendez-vous et prenez-moi à plein temps, je vous en supplie. » « Mais c'est plus compliqué que ça d'annuler tout... » « (en sortant un pistolet de sa poche) Je peux m'en charger, si vous voulez ! »

Voir aussi la critique de la suite: Mafia Blues 2 – La Rechute !



Résumé: un psychologue doué et réputé (Billy Crystal) mène une vie paisible avec sa femme (Lisa Kudrow) et enchaîne patient sur patient. Jusqu'au jour où va débarquer chez lui un parrain de la mafia new-yorkaise, Paul Vitti (Robert DeNiro), devenu dépressif et décidé à se retirer du milieu...


Critique: comédie sympathique qui signe le « come-back » de DeNiro, « Mafia Blues » est un film sur lequel peuvent compter les chaînes de télé pour faire de l'audience un soir d'été. Simple carton public ou réussite artistique surprenante ?

Le doute n'est pas permis : bien qu'il y ait Robert DeNiro (que je ne trouve pas à sa place, mais son rôle lui va bien et il se démerde) et Billy Crystal (le présentateur habituel de la Cérémonie des Oscars, remplacé depuis peu, qui fait un étonnant acteur), on sent un petit quelque chose de différent mais ça ne s'envole pas pour autant. Pour commencer, l'humour est pour les adultes (en dessous de 12 ans, les vannes seront incompréhensibles et donc pas drôles) et les références multiples (au « Parrain », aux « Affranchis »...) également.

Et ce comique particulier qui joue sur l'esprit « mafia », les flingues, la famille et tout le reste n'est pas déplaisant, mais un peu cliché et convenu par moments. En tout cas, il m'est arrivé de ressentir une sacrée sensation d'ennui pendant de longs passages inutiles ou de ne pas comprendre l'intérêt de certaines scènes (la réunion des mafiosi dans l'entrepôt, par exemple...). Mais il ne faut pas se plaindre pour autant, car les comédies de ce niveau et avec deux acteurs de cette trempe en première ligne sont rares, très rares.

Et c'est ça qui plaît le plus, au final : voir DeNiro dans des situations rocambolesques et inattendues provoque un sentiment d'étrangeté. Sur l'écran, c'est Travis de « Taxi Driver », Jack La Motta de « Raging Bull » qui pleure, se vautre dans les bras désespérés de Billy Crystal, impeccable en psychologue blasé. C'est ce duo improbable qui séduit, pas réellement le scénario assez lisse ni une technique hors du commun (même si la bande originale recèle quelques bonnes trouvailles). Dernière chose : Lisa Kudrow, transfuge de « Friends » (où elle joue Phoebe) est admirable de naturel et de charme.

Allez, soyons généreux, pour Crystal et l'ami Bob, qui font leur possible pour tirer d'affaire ce projet sympathique. Du coup, on y croît, on est emporté, et on rigole un bon coup. Mais il n'y a pas de « scènes marquantes » ou de « moments cultes » : aussitôt vu, aussitôt oublié.

Critique de Cyril

La note: 12,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le mercredi 11 octobre 2006 12:04
Modifié le samedi 16 août 2008 17:28

Lost In Translation (Sofia Coppola)

Lost In Translation (Sofia Coppola)
Lost In Translation

Réalisé par Sofia Coppola – 2003 – USA – Couleur – 1heure 38minutes – Oscar du meilleur scénario 2004

Avec Scarlett Johansson, Bill Murray, Giovanni Ribisi, Anna Faris...

Citation du film: « Plus on apprend à se connaître, moins on se sent vulnérable. »



Résumé: Bob Harris (Bill Murray), acteur de nanars d'action, tourne à Tokyo la pub pour Santori, un whisky très populaire au Japon. Charlotte (Scarlett Johansson) accompagne son mari, photographe de mode. Tous deux ne peuvent dormir à cause du décalage horaire. Désabusés, ils vont partir découvrir Tokyo la nuit, et se découvrir eux-mêmes, bien qu'ayant trente ans d'écart...


Critique: deuxième film de la surdouée Sofia Coppola, « Lost In Translation » (« perdus dans le décalage horaire », en français) fut la révélation de l'année 2003 et obtint un surprenant Oscar l'année suivante. C'est également une comédie dramatique efficace, non dénuée de qualités.

Quel euphémisme pour annoncer simplement que nous avons à faire à un chef d'½uvre, un pur produit du génie, une excellente surprise, une réalisation quasiment sans faille. Que l'on apprécie Miss Coppola et son humour féminin, son attachement à des tons colorés et glamour, ses bandes musicales électro-rock ou non, force est de constater la maîtrise affolante avec laquelle sont conclus les plans. Des cadrages étudiés et esthétiques (pourtant filmés à l'épaule) et une photographie superbe sont là pour nous le rappeler.

Rapide retour sur l'interprétation, qui, dirigée à merveille, réunit non seulement deux acteurs particulièrement en vogue mais les associe pour un duo aussi improbable que savoureux. Ces derniers apparaissent transis, aériens, et intouchables : c'est presque le jeu parfait. Pas de cabotinage, pas de syndrome du « héros qui vole la vedette » : deux prestations enjouées et fort bien menées, filmées de main de maître par la reine Sofia. Comment dit-on « perfection », en japonais ?

Bob et Charlotte, ou les deux anti-héros les plus attachants du septième art. Comment (pour les garçons) ne pas fondre devant l'irrésistible Scarlett, impeccable dans son rôle de jeune femme délaissée ? Et comment ne pas hurler de rire devant les pitreries quasi-burlesques de l'ineffable Murray, as dans l'art des grimaces, des visages bidonnants, et de la répartie qui tue. Les seconds rôles sont inexistants : les deux cadors avalent tout sur leur passage, y compris notre c½ur de pauvre spectateur envoûté.

Une mièvrerie. C'est le mot juste pour qualifier ce film décalé, à l'allure branchée et aux aspects techniques réussis. Une heure trente de plaisir où l'on découvre que l'amour n'a pas d'âge, qu'il survient n'importe quand, sous n'importe quelle forme. Là encore, Coppola innove : leur love story n'est pas banale (les deux se parlent peu, seuls les regards et les attitudes de visage dévoilent leur amitié-amour). Une légèreté de ton délibérément choisie vient parachever le tout, entre notes d'émotion dosées et humour ravageur, dans l'unique – et merveilleux – décor que forme Tokyo.

Ces deux américains victimes du décalage horaire bouleversent, plaisent (déplaisent peut-être, mais ça m'étonnerait), surprennent. Tout en douceur, une histoire d'amour fabuleuse portée par un support costaud et parsemé de scènes d'anthologie (les scènes du bar, dans la piscine, le talk-show TV...). Pas foncièrement intelligent, mais un moment de pureté et d'évanescence qui viendra vous cueillir comme une gamine de 9 ans devant « Titanic ». Lost in Perfection.

La note: 19,5 / 20

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# Posté le jeudi 19 octobre 2006 14:17
Modifié le samedi 16 août 2008 17:28

Mala Noche (Gus Van Sant)

Mala Noche (Gus Van Sant)
Mala Noche

Réalisé par Gus Van Sant – 1985 – USA – Noir & Blanc – 1heure 12minutes

Avec Tim Streeter, Doug Cooeyate...

Citation du film: « Tu es gay, moi aussi. Deux bonnes raisons de s'entendre. »



Résumé: deux homosexuels vivent dans une petite ville des Etats-Unis. Un jour, ils font la connaissance d'un troisième, qui veut s'intégrer à leur groupe. Le trio part alors pour un périple à travers des petites routes, avec leur Cadillac...


Critique: projeté à Cannes en rétrospective (le film est inédit en France), c'est le premier film de Gus Van Sant (plus connu pour « Will Hunting », « Elephant », « Last Days » »...). Un premier film, c'est connu, comporte forcément des défauts de jeunesse.

Ici, ce sont des immenses défauts de jeunesse. Van Sant a essayé de faire un film rock, limite hippie, en s'appuyant essentiellement sur la bande originale made in Jimi Hendrix, Eric Clapton et compagnie. Pour ce qui est de chercher une histoire correcte et écrire un « vrai » scénario, l'ami Gus n'était pas encore super doué. Il enchaîne les scènes de sexe homo assez hard, et propose des clichés joyeux : l'homo refoulé efféminé, les bagarres de bar entre bourrés...

Ce road-movie très expérimental est aussi incompréhensible : je suis ressorti du Noga-Hilton avec une interrogation. Pourquoi tout ça, pour ça ? Et puis qui joue qui, qui fait quoi, qui baise qui ? Trop brouillon, c'est un gros flou artistique, un mélange de bons sentiments, d'homosexualité incomprise, de jeunesse fougueuse et d'esprit rock. Selon moi, c'est trop facile de montrer trois junkies rockers du dimanche dans leur vieille bagnole, parcourant monts et vallées, faisant l'amour, ne se comprenant pas.

On va me dire (on me l'a déjà dit, d'ailleurs) qu'il y avait un message, une réflexion profonde sur l'homosexualité, sur les rapports humains, l'amitié...Peut-être, oui. Mais ils sont obstrués par les séquences inutiles et trop implicites pour être claires. Tout devient ambigu, incertain, douteux, jusqu'à ce qu'on décide de lâcher prise : stop, tu nous a assez pris pour des cons. Annoncé dans les rues cannoises comme « l'évènement Van Sant, sa première réalisation », j'ai été fortement déçu.

Il n'y a que très peu de chances pour qu'il sorte en salles. Vous passerez donc à côté, et ce n'est pas plus mal. Si la photo noir et blanc et la bande son n'étaient pas sublimes, Van Sant et sa troupe seraient repartis avec une note encore divisée par deux. Je suis heureux de voir qu'il s'est rattrapé depuis.

Critique de Cyril

La note: 8 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le lundi 23 octobre 2006 12:02
Modifié le samedi 16 août 2008 17:28