Les Mots Bleus (Alain Corneau)

Les Mots Bleus (Alain Corneau)
Les Mots Bleus

Réalisé par Alain Corneau - 2004 - France - Couleur - 1heure 54minutes

Avec Sylvie Testud, Sergi Lopez, Camille Gauthier...


Citation du film: "Je te dirai les mots bleus, les mots qu'on dit avec les yeux..."



Résumé: Clara (Sylvie Testud) vit seule avec sa fille Anna (Camille Gauthier). Celle-ci, comme sa mère, a peur des mots et n'ose pas parler. Elle doit donc intégrer une école de sourds-muets, dont le directeur est Vincent (Sergi Lopez). Il fera tout pour les aider, à commencer par les considérer et les aimer...


Critique: Corneau, l'illustre réalisateur de "Tous les Matins du Monde", retrouve Sylvie Testud, qu'il avait déjà dirigé dans "Stupeur et Tremblements". Et je suis navré de déclarer qu'on l'a connu beaucoup, beaucoup plus inspiré.

L'idée de départ est excellente: adapter le livre "Leur Histoire" de Grumbach, prendre les paroles d'une chanson de Christophe, et calquer tout le film sur les paroles de celle-ci. Mais voilà, il faut aussi oser et tenter un minimum de choses, pas s'enfermer dans une sensiblerie des plus déplacées et inutiles. Le scénario n'est en plus pas mauvais du tout, et illustre bien ces deux (trois?) vies bouleversées par les mots et le manque d'amour. Clara, l'héroïne, est analphabète et tente désespérément de le cacher à sa fille, qui ne veut plus parler: vous imaginez le potentiel émotionnel. Il est ma foi plutôt bien exploité, mais manque de punch, d'envie. Vous aurez d'ailleurs remarqué que mon résumé ne comporte pas de "mais", conjonction qui implique qu'il y ait un rebondissement. Je n'en trouve pas dans "Les Mots Bleus": c'est plat, fade, chiant même, à cause du manque cruel de péripéties, d'action. On se croirait dans un film iranien de 4heures 30, avec un homme qui marche dans les champs, et encore, il y aurait un peu plus de vie qu'ici. Et la peur des mots qu'éprouvent les héroïnes est censée symboliser leur manque d'amour (affectif pour la fille, et charnel pour la mère) et leur difficulté à s'intégrer, car le langage est bel et bien indispensable pour vivre en société.

C'est donc un immense combat, une lutte acharnée pour que cette petite Anna puisse parler à nouveau et ne se fasse plus taper par ses camarades de classe. Mais il y a des erreurs trop importantes: par exemple, la première (bien que très joliment filmée) nous montre une main d'enfant en train de dessiner. En voix off, nous entendons Sylvie Testud qui raconte l'histoire de son père mort à la guerre pour ne pas avoir parlé l'allemand, puis celle de sa grand-mère morte en lisant celle du Petit Poucet. Voilà donc pourquoi elle a peur des mots: ce sont des assassins! Bon sang, quelle superbe idée de départ foirée pour un rien, juste pour avoir trop poussé l'émotion et voulu faire pleurer à tout prix. Et c'est encore plus dommage car les acteurs sont très bons: Sylvie Testud, dans son style de jeu si particulier, est au sommet de son art, Sergi Lopez, se débrouille à peu près, et la jeune Camille Gauthier est magnifique avec ses expressions de visage, sa mélancolie communicative, et ses beaux yeux...bleus. Enfin, la musique composée par Christophe (l'interprète de "Les Mots Bleus", "Aline"...) est aussi réussie, malgré le fait qu'elle ne colle pas du tout à l'image: cela équivaudrait à mettre "Smells Like Teen Spirit" dans "Titanic", ou du Mozart dans "Star Wars 3".

Même les plus grands savent se planter, et Alain Corneau vient de nous en faire une belle démonstration: "Les Mots Bleus", avec une esthétique pourtant agréable à l'oeil, coule dans les profondeurs pour n'en jamais remonter. Triste à dire quand on se souvient de "Fort Saganne" et de ses autres réussites...

Critique de Cyril

La note: 10,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le mardi 11 juillet 2006 14:06

Modifié le vendredi 24 avril 2009 10:56

Pulp Fiction (Quentin Tarantino)

Pulp Fiction (Quentin Tarantino)
Pulp Fiction

Réalisé par Quentin Tarantino - 1994 - USA - Couleur - 2heures 31minutes - Oscar 1994 du meilleur Scénario et Palme d'Or Cannes 1994

Avec Bruce Willis, Samuel L.Jackson, Uma Thurman, John Travolta, Maria de Medeiros, Tim Roth, Steve Buscemi, Christopher Walken

Citation du film: "Là, maintenant, je vais appeler deux experts complètement défoncés au crack qui vont les travailler avec un chalumeau, une paire de pinces et un fer à souder."

- 12 ans



Résumé: le film est divisé en trois parties. La première "Marcellus Wallace & His Wife" voit Vincent Vega (John Travolta) chargé de "surveiller" Mia Wallace (Uma Thurman), la femme de son patron. Celle-ci, toxicomane, fait une overdose. Panique à bord: il faut à tout prix la sauver sous peine d'avoir à faire à son mari...La deuxième partie, "The Gold Watch", met en scène Butch (Bruce Willis), un boxeur en cavale après qu'il ait tué froidement son adversaire d'un coup de poing. Transporté par Esmeralda (Maria de Medeiros), il retourne chez lui, puis à son ancien domicile, où se trouve...un certain Vincent Vega...L'ultime partie met en scène Jules (Samuel L.Jackson) et son compère Vincent Vega: tous deux, ils échapperont de justesse à une rafale de balles...


Critique: si le septième art - le plus beau - comporte des mauvais films, des bons films, et des films dits cultes, alors "Pulp Fiction" est le plus culte des films cultes. En 1994, en recevant la Palme d'Or des mains du président Clint Eastwood, Quentin Tarantino se fait siffler, huer, et ignore absolument qu'il vient de bouleverser l'histoire du cinéma.

Tous les amateurs de Tarantino - et ils sont nombreux: c'est le cinéaste en vogue par excellence - sont unanimes (je pense) pour dire que celui-ci est le plus réussi des 5 longs-métrages qu'il a réalisé jusqu'à présent. Au scénario sans faille, au casting royal, et surtout à l'empreinte tarantinienne très marquée, nous avons là un spécimen d'une rare qualité, qui justifie amplement tout le bien que l'on dit de son réalisateur. En gros, le chef d'oeuvre d'un cinéaste qui ne réalise que des chefs d'oeuvres.

L'histoire, baignée dans la drogue et l'ultraviolence, est découpée en trois parties, avec un effet de flash-back: la deuxième partie est en réalité la partie finale, car Travolta se fait mitrailler dans la seconde, puis réapparaît à la finale. Avec cet astucieux procédé de style, Tarantino joue avec les règles du cinéma, ose des cadrages insensés (le plan-séquence sur Bruce Willis, immobile, qui dure environ deux minutes), des plans américains absolument démodés, et comble du luxe, rend hommage à la sous-culture US ainsi qu'aux films de sa jeunesse.

Mais "Pulp Fiction" est encore bien plus qu'un hommage: c'est littéralement un concentré de toute la "richesse" cinématographique qu'à accumulé le réalisateur de "Reservoir Dogs", lors de son adolescence passée dans les salles obscures ou au vidéo-club. Ainsi, c'est un mix entre western-spaghetti, séries B des années 70, action-movies pitoyables, et bandes dessinées pulp - genre désormais mort et enterré. On retrouve des clins d'oeil à ses maîtres que sont Sergio Leone, Clint Eastwood, et Howard Hawks. Il intègre donc au film une multitude d'éléments liés à la culture populaire, dans l'unique but de rendre l'ensemble "cool" et agréable.

En effet - et c'est là que la polémique s'est abattue sur le roi Quentin -, il banalise la violence à tel point qu'elle en devient gratuite. Quitte à verser parfois dans le sadisme, et montrer une torture ignoble au spectateur qui n'apporte rien à l'histoire et pouvait être évitée. Je fais référence à deux scènes: dans "Reservoir Dogs", quand Michael Madsen coupe une oreille à un policier avec son rasoir, et dans "Pulp Fiction", quand Ving Rhames (Marcellus Wallace) se fait violer par un flic sado-maso. Après tout, c'est ce qui rend son cinéma si spécial, mais la controverse a été provoqué à juste titre.

Néanmoins, c'est le Tarantino le moins brutal (hormis deux ou trois petites scènes), où son habituel appétit de violence s'éclipse pour laisser la part belle aux dialogues, toujours merveilleux. De plus, avec la distribution engagée pour les prononcer, ceux-ci se transforment en oeuvres d'art (même s'ils ne sont pas très fins, très polis, mais ils font mouche, et remplissent parfaitement leur mission que j'ai dite plus haut: rendre l'ensemble "cool") et forment des fragments de culte, que les fans du grand Quentin connaissent sur le bout des doigts.

"Est-ce que tu as vu un panneau avec marqué "décharge de nègres crevés" devant ma maison? Non. Et tu sais pourquoi? Parce qu'il n'existe pas!", ou encore "Il est super bon ce milk-shake...miam miam!", nombreuses sont les phrases d'anthologie que comporte cet opéra visuel où les bandits dansent le twist, où les boxeurs au passé trouble tuent ces mêmes bandits sur la cuvette des toilettes et où tout se règle à coups de flingue. Heureusement, la distance gardée par rapport à cette représentation du milieu criminel et à la violence exacerbée permet de d'apprécier sereinement la performance artistique.

Car elle existe: en faisant ressortir de l'ombre John Travolta (devenu has-been et dont la carrière tendait à s'achever) et Bruce Willis (dans le creux de la vague au moment du tournage), Tarantino réveille l'inconscient collectif et nous propose le héros de "Grease" dansant un twist endiablé avec Uma Thurman. Cette dernière, absolument parfaite (tout comme dans "Kill Bill"), participe comme tous les autres à la réussite incontestable du projet. Pour couronner le tout, la bande originale tiré de références majeures du blues du milieu du siècle colle admirablement à l'action, pour aboutir au final, avec les autres éléments, à un miracle sur pellicule.

Deux heures quarante s'écoulent ainsi à une vitesse surprenante, et l'on prend également un malin plaisir à retrouver une scène ou une réplique qu'on a déjà entendu quelque part...

Critique de Cyril

La note: 14 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie (complète) Quentin Tarantino:

1992 - Reservoir Dogs
1994 - Pulp Fiction
1997 - Jackie Brown
2003 - Kill Bill:Volume 1
2003 - Kill Bill:Volume 2

# Posté le samedi 22 juillet 2006 17:38

Modifié le lundi 16 février 2009 10:33

Les Climats (Nuri Bilge Ceylan)

Les Climats (Nuri Bilge Ceylan)
Les Climats (Titre original: Iklimler)

Réalisé par Nuri Bilge Ceylan - 2006 - Turquie - Couleur - 1heure 34minutes - Sélection Officielle en compétition Cannes 2006

Avec Ebru Ceylan, Nuri Bilge Ceylan, Nazan Kesal...

Accueil fait au film à Cannes: enthousiaste, même si la salle était un peu endormie.

Sortie prévue en 2007


Résumé: un homme (Nuri Bilge Ceylan) vit avec sa compagne (Ebru Ceylan). Au printemps, pendant leurs vacances à la mer, ils se séparent. En été, l'homme va alors retrouver son ex-fiancée, qui ne voudra pas de lui. En automne, il va alors sombrer dans une profonde dépression, et tentera le tout pour le tout: demander à sa compagne de repartir à zéro, alors que l'hiver se profile dans l'air...


Critique: fort du succès cannois de son dernier long "Uzak" (qui s'est fait dérober de justesse la Palme d'Or par Gus Van Sant et son "Elephant", et obtint donc le Grand Prix), Nuri Bilge Ceylan, très certainement le plus doué et connu des réalisateurs turcs, revient en force à Cannes avec une ambition non dissimulée: une place au Palmarès.

Et ce ne sera pas encore cette année: "Iklimler" a été terrassé par le terrassant "Flandres" (Bruno Dumont, 06) et "Le Vent se lève" de Ken Loach. C'était pourtant bien parti: le président Wong-Kar Waï avait déclaré avant le début du Festival qu'il adore le travail de Ceylan, qu'il aurait plébiscité "Uzak" en 2003, et qu'il trépigne d'impatience en attendant ce nouvel opus. Mais Monica Bellucci, Samuel L.Jackson, Tim Roth et les autres en auront décidé autrement: Nuri et sa troupe repartent en Turquie les mains vides.

Pour ma part, beaucoup de souvenirs se rapportent à cette projection (ce n'est pas forcément intéressant, mais j'y vais quand même): déjà, je sortais de la projection de "Nos voisins les hommes" (la critique est en ligne) quand j'ai bataillé comme un fou pour trouver ces maudites places, avant de recevoir un coup de fil magique: "Je les ai tes places, ducon." Me voilà donc sur les Marches, le ticket dans la main. Je monte, je suis en haut, je suis à l'intérieur, je suis assis au balcon et...miracle! Je m'aperçois que malgré les trois fouilles effectuées par la police du Festival, mon appareil photo est dans ma poche. L'occasion de filmer un peu la salle, ainsi que la standing-ovation réservée au film (promis, si je trouve comment marche le système "Google Vidéo" pour mettre ça en ligne, je le ferai).

Pourquoi standing-ovation? Parce que "Iklimler" est bon, très bon. Et personne ne s'y est trompé (sauf les crétins de journalistes à la con qui sortent avant la fin...): Ceylan livre une fois de plus un travail irréprochable, un poème visuel aux saveurs méditerranéennes, à la fois onirique et réaliste. En effet, il alterne (parfaitement) les passages durs (comme la scène d'amour choquante et confuse: viol ou pas viol?) et les instants magiques au bord du Bosphore, où les cheveux de la très jolie actrice (et femme du réalisateur) sont bercés par la brise printanière...

Non fier de manier avec justesse et dextérité les genres et les émotions, Ceylan se révèle aussi fin peintre de l'amour; on ne le connaissait pas du tout comme tel. Et pour moyen d'action, comme dans "Uzak", une lenteur terrible qui découragera peut-être certains (il faut faire un petit effort pour tenir éveillé, mais le jeu en vaut la chandelle) et une absence quasi totale de dialogues. Vous me direz: simple comme truc, foutre un gars triste de s'être fait larguer au bord de la mer, et le regarder déambuler.

J'avoue trouver aussi l'idée un peu simpliste, mais pour le sujet à traiter, il ne valait pas la peine de mettre au point un scénario et des dialogues pointus en grand nombre: mieux vaut la technique de ce cinéaste qui, en digne descendant d'Angelopoulos et Kiarostami, privilégie l'image au son (sauf les bruits du quotidien, essentiels pour ancrer l'histoire dans un cadre réaliste). Petit mot sur l'interprétation, très travaillée (les comédiens viennent du théâtre, et sont tous expérimentés), qui apporte beaucoup en mélancolie, en romantisme frustré, via les attitudes faciales et les regards troublants du réalisateur-acteur.

Enfin, "Iklimler" ("Les Climats", en français) est rythmé narrativement par le déroulement des saisons - de la vie -, comme je l'explique dans le résumé. Tout devient langueur, spleen, au fil de cette vie qui s'écoule - et ne semble plus valoir grand chose pour le héros. Perdu dans ses pensées, orphelin de lui-même, noyé dans la réalité, voici le quotidien d'un forçat de l'existence, d'un homme errant. Qui alterne bonnes et mauvaises rencontres, mais ne se laisse pas influencer, et va droit au but: reconquérir son amoureuse. Je ne dévoilerai pas s'il y parvient, mais les privilégiés l'ayant vu confirmeront que la fin est incertaine; ce qui laisse encore plus de vague à l'âme.

Comme dit, le manque d'action (et oui, Nuri Bilge, c'est lent - merci à ceux qui auront compris la blague!) gênera sûrement les plus réfractaires à ce type de cinéma, mais les passionnés (et les cinéphiles accomplis) se doivent de jeter un coup d'oeil à ce film rare de nos jours, subtil drame psychologique et reflet de l'esprit torturé d'un cinéaste en grand devenir.

Critique de Cyril

La note: 16,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie (complète) N.B Ceylan:

2003 - Uzak (avec Muzaffer Özdemir...)
2006 - Iklimler (avec lui-même...)

# Posté le dimanche 23 juillet 2006 03:59

Modifié le lundi 16 février 2009 10:26

Yamakasi - Les Samouraï des Temps Modernes (Ariel Zeitoun)

Yamakasi - Les Samouraï des Temps Modernes (Ariel Zeitoun)
Yamakasi - Les Samouraï des Temps Modernes

Réalisé par Ariel Zeitoun - 2001 - France - Couleur - 1heure 38minutes

Avec les Yamakasi...



Résumé: les Yamakasi sont une bande de sept amis vivant en banlieue parisienne. Tous sont très sportifs et partagent la même passion: le rap et grimper aux immeubles. Donnant ainsi du fil à retordre à la police, ils sont adulés par les plus jeunes, qui les prennent en exemple. Mais un jour, le petit Djamel, asthmatique, tente de les imiter et tombe dans le coma. Il ne reste qu'une solution: trouver un donneur pour un nouveau coeur, mais l'opération coûte deux cents mille francs. Les Yamakasi vont alors voler de l'argent pour financer l'intervention chirurgicale...


Critique: devenus en quelques mois - et même avant la sortie du film - des célébrités, cette troupe de banlieusards sur-entraînés incarne ici leur propre rôle. Bonne idée de départ, projet ambitieux, suivi de près par l'inévitable Luc Besson (dès qu'il y a moyen de se faire du fric, il saute à pieds joints), voilà un bon divertissement qui sonne le glas des mauvais city-movies.

Archétype très facile inspiré de Robin des Bois: un pauvre a besoin d'aide? Alors, allons voler les sous chez les riches! C'est en deux phrases le résumé de l'intrigue, qui s'avère quand même un peu plus passionnante: après l'accident, sept cambriolages sont programmés (tous chez des médecins) pour récolter assez de fonds. Par groupes de deux, ils infiltrent les demeures en grimpant sur le toit, en faisant un super triple salto arrière puis le cri de guerre "Yamakasiiiii!!!!" (un peu con, d'ailleurs), et accomplissent leur mission.

Très, très naïf tout ça. Aucune réflexion, juste une pensée de primate: nous besoin argent, alors nous grimper aux murs chercher argent. Ils usent donc de leur 1mètre 90, de leurs kilos de muscles et de leur style pour réaliser leur but - déjà improbable au départ - mais tant pis. Un regard puéril de la banlieue est donné, donnant l'impression de vouloir nous apprendre ce qu'est un immeuble. Mais pardonnons, pardonnons: les acteurs sont inexpérimentés, et c'est peut-être le manque de profondeur du scénario qui fait son charme...

Néanmoins, certaines scènes auraient pu être un peu plus travaillées, comme la dispute entre les Yamakasi et Fatima (remarquez le beau cliché: les prénoms des héros), ou encore les dialogues impliquant le commissaire de police, qui joue encore moins bien que Jean-Claude Van Damme et Christophe Lambert réunis. Que voulez-vous, la vie est ainsi: clichés, stéréotypes, mauvais dialogues, mauvais acteurs donnera toujours un mauvais film.

Mais "Yamakasi" sauve de justesse sa peau (car vu mon enthousiasme de début de critique, ça sentait le 3 sur 20). Le public ciblé étant plutôt jeune, les aspects que j'ai cité plus haut n'ont pas de réelle valeur: ce qu'il faut, c'est de l'action (ça, le producteur Besson s'en charge), et une fin heureuse sans prise de tête ni besoin de faire fonctionner le cerveau. Et à ce niveau-là, le film s'en sort pas mal, avec une tension dramatique pas si mal que ça, de l'humour un peu potache mais sympathique, et des cascades spectaculaires...

Pour parachever le tout, la bande musicale est tirée de NTM, Kool Shen, Joey Starr, Neg'Marrons, et beaucoup d'autres; les amateurs de rap français seront satisfaits. Pareil pour les spectateurs avides de sauts dans le vide, de bagarres de rue (pas méchantes - dommage...). Mais n'oublions pas les ridicules séquences de l'attaque de la villa aux fumigènes et à la Kalachnikov (débile, mal fait, risible) et les menaces au pistolet du chirurgien dont j'ignore encore ce qu'il vient foutre ici.

Allez, soyons magnanimes: "Yamakasi" permet de se détendre l'esprit quelques minutes et permet à TF1 de se faire un max de blé en le passant le dimanche soir. Autre fait rarissime: la suite, nommée "Les Fils du Vent" est meilleure, plus violente, mais moins insouciante (beaucoup de défauts ont été corrigés). Je vous la conseille plus que celui-ci.

Critique de Cyril

La note: 11,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le lundi 24 juillet 2006 03:41

Modifié le lundi 16 février 2009 10:26

On ne devrait pas exister (HPG)

On ne devrait pas exister (HPG)
On ne devrait pas exister

Réalisé par HPG (Hervé-Pierre Gustave) - 2006 - France - Couleur - 1heure 33minutes - Sélection Quinzaine des réalisateurs Cannes 2006

Avec HPG, LZA Steyaert, Marilou Berry...

Citation du film: "Pourquoi je pourrais pas faire du cinéma traditionnel?" "C'est marqué sur ta tête que t'a fait du porno. Et ce sera ainsi jusqu'à la fin de ta vie."

- 12 ans

Accueil fait au film à Cannes: nullissime (la séance a été interrompue et les gens hurlaient de rire tant c'était mauvais)

Anecdotes de tournage: HPG trouve qu'il joue mal l'ivrogne, c'est pourquoi il boit énormément avant la scène pour "faire plus vrai". Il a même fait un coma éthylique et viré certains qui voulaient l'empêcher de vider sa bouteille de gin.

Selon son assistante, il lui aurait demandé à plus de trente reprises de faire l'amour avec lui.



Résumé: Hervé (HPG, dans son propre rôle) est un acteur porno ayant déjà participé à plus de 1000 films. En ce moment, son actualité se résume à une série hard nommée "Condoman, l'homme-préservatif" et un film sado-maso dont je ne citerai pas le nom (histoire de ne pas avoir l'administration Skyblog sur le dos!). Mais cette vie-là, Hervé veut s'en séparer: il décide, car il faut bien gagner son pain, de devenir un tragédien. Il s'inscrit au cours de théâtre, où il rencontre LZA (LZA, dans son propre rôle aussi), mais l'accueil ne sera pas chaleureux: son passé de hardeur lui colle à la peau...


Critique: Hervé-Pierre Gustave, alias HPG, est l'acteur français le plus prolifique du X. Ses meilleurs amis (et compagnons de tournage!) se nomment Marc Dorcel, Titof, Greg Centauro et Rocco Siffredi. Réalisateur d'un nombre incalculable de pornos, cet homme est la vedette de "Les mamies perverses s'exhibent dans la rue" ou encore "L'institutrice donne des cours particuliers". Il débarque à Cannes, avec sa fiancée LZA en partenaire de jeu: attention danger.

Au look ravageur (crâne rasé, tatouages, gros muscles), HPG se veut philosophe, moralisateur, et reflet d'une société en mouvement. Il s'exprime pour cela avec ses dessins, ses graffitis, ses compositions musicales, ses écrits, et ses films X. Mieux encore: la médiathèque de Paris lui a consacré une soirée spéciale, où il a dévoilé quelques bases de ce qu'allait être "On ne devrait pas exister": un ramassis filmique entre sexe hard, dialogues façon Nouvelle Vague (ça veut dire incompréhensibles, à cause des mauvaises prises de son) et morale simplette mais fort intéressante. En une heure trente, on visite le tournage d'un porno, son appartement, et ses pensées quant au monde actuel, qui, selon lui, "rejette, exclut, juste à cause de ton passé, de ta vie antérieure, alors que tu peux être cool dans le fond": voilà Jean-Claude Van Damme en hardeur.

Passons au film: cinématographique, mauvais en tous points. Pas de musique, jeu d'acteurs désastreux, prises de son (j'en ai parlé un plus haut) indignes du vingt-et-unième siècle, photographie atroce, mise en scène catastrophique (mon oncle Bernard, qui dirige le spectacle de danse de l'école maternelle de Cramouzon-sur-Garonne, aurait sûrement fait mieux que ça) et décors minables (l'appart d'HPG, la salle de théâtre...). Voilà, c'est fait. Maintenant, explications: il est évident qu'Hervé-Pierre ne s'est pas attardé sur la technique, car comme il le dit "ça sonne plus vrai". Et il n'a pas tort, car il fallait à tout prix éviter les fioritures artistiques avec un tel sujet, sous peine de s'égarer du sujet (HPG est tellement bête, vous pouvez pas imaginer). Mais il a filmé cru, dur, c'est pourquoi ça choque parfois - et certaines scènes auraient pu être évitées.

Par exemple (excusez-moi de citer une telle chose, mais c'est le film) celle où HPG éjacule sur son assistant cadreur, ou encore l'analyse du film de minuit sur Canal + (je ne vous fais pas de dessin) sont des séquences vraiment hard à voir, et elles entachent un peu la bonne marche de l'histoire, qui alterne cinéma X et théâtre. On s'y perd un peu, on ne comprend pas tout, mais vient un seuil où le cerveau ne cherche plus et dit: vas-y HPG, laisse-toi aller.

Et c'est à mourir de rire: voir cet homme, une armoire à glace d'1mètre 90 à la carrure de Stallone, ramer comme un fou pour quitter son passé et devenir "clean", est un moment de bonheur. Car c'est fait avec tant de naïveté, d'insouciance: il imagine un monde facile à vivre, où l'entraide règne en maître, mais se heurte à la "vraie" vie - les contacts avec les gens, les discussions intellectuelles...Passant son temps à boire, fumer, et tourner du X, Hervé s'enferme dans un cocon et perd des neurones, et sa semence. Encore au-delà de cette vision superficielle (même si on pénètre dans le sujet rapidement, par de fréquentes visites sur le plateau de "B.... M....... 4" - magique, la censure) de cet univers inconnu qu'est le X, une réflexion similaire est menée sur le métier d'acteur, et de surcroît, sur l'intelligence: un hardeur est-il forcément plus con qu'un acteur, et si oui, pourquoi?

Grande question. A laquelle nous n'aurons pas de réponse (enfin si, celle de HPG, mais ça compte pas), mais au moins, elle aura le mérite d'avoir été posée - et de quelle manière! Simplement, retenons qu'il est dur de sortir d'un tel engrenage, que le porno n'est qu'une décharge à épaves de la vie; et HPG est là pour nous le prouver. J'allais oublier: LZA Steyaert est une actrice charmante, et possède un charme fou: un regard digne des plus grandes, un visage aux traits quasi-parfaits, et une sorte de classe qui lui est propre. Avec plus d'expérience (dans les films normaux, bien sûr, car elle est aussi actrice X), nul doute qu'elle se fera une place dans le cinéma d'auteur français.

Néanmoins, même si on passe un bon moment et que le message sous-entendu n'est pas idiot, la réalisation est tellement calamiteuse et le scénario tellement débile que "On ne devrait pas exister" ne devrait avoir qu'un succès très confidentiel. Trop subversif et outrancier pour plaire au grand public. En attendant son prochain film (en projet, et toujours avec LZA), je suis heureux qu'HPG existe, même si il ne devrait pas.

Critique de Cyril

La note: 5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

La phrase du réalisateur: (dans Première, Juin 2006) "Si j'avais mis mes talents physiques au service du budget, j'aurais plus de jours de tournage. Mais on ne m'a pas demandé de me prostituer. Dommage."


Filmographie (extrait) HPG:

1994 - Sodoman 1, 2, 3, 4, 5 (jusqu'à 17)
2000 - Baise-moi (Virginie Despentes)
2001 - Le Pornographe (Bertrand Bonello)

# Posté le mardi 25 juillet 2006 06:08

Modifié le lundi 16 février 2009 10:26