Réalisé par Alain Corneau - 2004 - France - Couleur - 1heure 54minutes
Avec Sylvie Testud, Sergi Lopez, Camille Gauthier...
Citation du film: "Je te dirai les mots bleus, les mots qu'on dit avec les yeux..."
Résumé: Clara (Sylvie Testud) vit seule avec sa fille Anna (Camille Gauthier). Celle-ci, comme sa mère, a peur des mots et n'ose pas parler. Elle doit donc intégrer une école de sourds-muets, dont le directeur est Vincent (Sergi Lopez). Il fera tout pour les aider, à commencer par les considérer et les aimer...
Critique: Corneau, l'illustre réalisateur de "Tous les Matins du Monde", retrouve Sylvie Testud, qu'il avait déjà dirigé dans "Stupeur et Tremblements". Et je suis navré de déclarer qu'on l'a connu beaucoup, beaucoup plus inspiré.
L'idée de départ est excellente: adapter le livre "Leur Histoire" de Grumbach, prendre les paroles d'une chanson de Christophe, et calquer tout le film sur les paroles de celle-ci. Mais voilà, il faut aussi oser et tenter un minimum de choses, pas s'enfermer dans une sensiblerie des plus déplacées et inutiles. Le scénario n'est en plus pas mauvais du tout, et illustre bien ces deux (trois?) vies bouleversées par les mots et le manque d'amour. Clara, l'héroïne, est analphabète et tente désespérément de le cacher à sa fille, qui ne veut plus parler: vous imaginez le potentiel émotionnel. Il est ma foi plutôt bien exploité, mais manque de punch, d'envie. Vous aurez d'ailleurs remarqué que mon résumé ne comporte pas de "mais", conjonction qui implique qu'il y ait un rebondissement. Je n'en trouve pas dans "Les Mots Bleus": c'est plat, fade, chiant même, à cause du manque cruel de péripéties, d'action. On se croirait dans un film iranien de 4heures 30, avec un homme qui marche dans les champs, et encore, il y aurait un peu plus de vie qu'ici. Et la peur des mots qu'éprouvent les héroïnes est censée symboliser leur manque d'amour (affectif pour la fille, et charnel pour la mère) et leur difficulté à s'intégrer, car le langage est bel et bien indispensable pour vivre en société.
C'est donc un immense combat, une lutte acharnée pour que cette petite Anna puisse parler à nouveau et ne se fasse plus taper par ses camarades de classe. Mais il y a des erreurs trop importantes: par exemple, la première (bien que très joliment filmée) nous montre une main d'enfant en train de dessiner. En voix off, nous entendons Sylvie Testud qui raconte l'histoire de son père mort à la guerre pour ne pas avoir parlé l'allemand, puis celle de sa grand-mère morte en lisant celle du Petit Poucet. Voilà donc pourquoi elle a peur des mots: ce sont des assassins! Bon sang, quelle superbe idée de départ foirée pour un rien, juste pour avoir trop poussé l'émotion et voulu faire pleurer à tout prix. Et c'est encore plus dommage car les acteurs sont très bons: Sylvie Testud, dans son style de jeu si particulier, est au sommet de son art, Sergi Lopez, se débrouille à peu près, et la jeune Camille Gauthier est magnifique avec ses expressions de visage, sa mélancolie communicative, et ses beaux yeux...bleus. Enfin, la musique composée par Christophe (l'interprète de "Les Mots Bleus", "Aline"...) est aussi réussie, malgré le fait qu'elle ne colle pas du tout à l'image: cela équivaudrait à mettre "Smells Like Teen Spirit" dans "Titanic", ou du Mozart dans "Star Wars 3".
Même les plus grands savent se planter, et Alain Corneau vient de nous en faire une belle démonstration: "Les Mots Bleus", avec une esthétique pourtant agréable à l'oeil, coule dans les profondeurs pour n'en jamais remonter. Triste à dire quand on se souvient de "Fort Saganne" et de ses autres réussites...
Critique de Cyril
La note: 10,5 / 20
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