Une vérité qui dérange (Davis Guggenheim)

Une vérité qui dérange (Davis Guggenheim)
Une vérité qui dérange (Titre original: An Inconvenient Truth)

Réalisé par Davis Guggenheim – 2006 – USA – Documentaire – Couleur – 2heures 02minutes – Sélection Officielle Hors compétition Cannes 2006

Avec Al Gore...

Citation du film: « Si l'on ne réagit pas face au réchauffement de la planète, d'ici cent ans, 62 % du Groënland aura fondu, entraînant avec lui une montée des eaux qui plongerait les Pays-Bas, l'Inde, Le Japon, la moitié de la Chine et du Brésil, la côté Est des Etats-Unis, le Portugal, les côtes atlantiques françaises, ainsi que les Pays du Golfe de Guinée sous les eaux. Soit deux milliards de personnes. »

Accueil fait au film à Cannes: excellent (la salle était debout, applaudissements nourris, et relancés jusqu'à la fin du générique par Antoine, un camarade de classe, qui reste dans l'Histoire pour avoir fait ré-applaudir une salle cannoise – chose impossible en temps normal, bravo à lui)


Résumé: ce documentaire filme une conférence sur le réchauffement climatique dirigée par Al Gore (le candidat démocrate qui avait perdu aux élections face à un certain George W.Bush), entre explications scientifiques et chiffres affolants.


Critique: Une vérité qui dérange, tel est le titre de ce documentaire cannois présenté hors compétition dans l'indifférence la plus totale. Absolument édifiant, il impose une prise de conscience et s'avère arme de destruction massive.

Un peu comme « Fahrenheit 9 / 11 » ou l'œuvre de Michael Moore en général, « An Inconvenient Truth » est une charge cinématographique contre Bush, ses subalternes et la société US dans l'ensemble. La Palme d'Or de 2004 a entraîné une masse de documentaristes pas toujours expérimentés pour balancer des missiles filmiques sur la Maison Blanche. Celui-ci sort du paquet, déjà grâce à son double sujet – l'administration Bush et l'effet de serre – et grâce à l'originalité de sa mise en scène.

Original en effet, car c'est une conférence d'Al Gore, politicien malchanceux face à Bush qui prend sa revanche, devenu écologiste, filmée dans sa quasi-totalité. Avec des tableaux graphiques projetés sur des écrans, des diaporamas, des chiffres affolants et une touche d'humour (très américain, certes), Gore expose le problème et finit même par délivrer d'éventuelles solutions. Une conférence d'ailleurs on ne peut plus complète : toutes les possibilités, tous les détails scientifiques sont expliqués, clarifiés et exploités au maximum.

Mais bien que la cause soit bonne, personnellement, je n'ai pas envie de passer deux heures face à un débat sur l'écologie. C'est, comme vous vous en doutez, vraiment pas distrayant. De plus, la conférence est interrompue par moments pour des images d'archives concernant la jeunesse de Gore. C'est un docu sur l'effet de serre ou Billy Eliott 2 ? Non, ça, c'était inutile, et cela vient légèrement gâcher l'unité de cet efficace pamphlet et utile manifeste pour la protection de la nature.

Servi de surcroît avec une photographie appliquée et d'autre images d'archives (utiles, cette fois : elles traitent du sujet), « An Inconvenient Truth » provoque inévitablement la discussion à la sortie de la salle. Un film qu'il faut voir, faire voir, mais pas un grand moment de cinéma. Ceux qui ont le sommeil facile peuvent s'abstenir.

La note: 12,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le samedi 28 octobre 2006 12:52
Modifié le samedi 16 août 2008 17:27

Arrête-moi si tu peux (Steven Spielberg)

Arrête-moi si tu peux (Steven Spielberg)
Arrête-moi si tu peux (Titre original : Catch me if you can)

Réalisé par Steven Spielberg – 2002 – USA – Couleur – 2heures 21minutes

Avec Tom Hanks, Leonardo DiCaprio, Martin Sheen, Jennifer Garner, Nathalie Baye, Christopher Walken...

Citation du film: « Viens, viens ! Je t'attends ! Arrête-moi si tu le peux ! »



Résumé: Frank Abagnale (Leonardo DiCaprio) quitte ses parents en instance de divorce à l'âge de 16 ans. Talentueux comédien, menteur, et arriviste, il va devenir un escroc notoire, changera d'identité et détournera des millions de dollars. Mais c'est sans compter sur Carl Hanratty (Tom Hanks), agent du FBI chevronné, lancé à sa poursuite pour le capturer...


Critique: un nouveau Spielberg grand public avec son fétiche Tom Hanks et le débutant dans la famille DiCaprio. Chapeautés par l'inventeur du blockbuster en personne, les deux étaient partis pour faire des étincelles.

S'inspirant du bouquin du véritable Frank Abagnale, le scénario, comme toujours chez Spielberg, est conçu pour paraître bon en apparence, mais peut n'être en fait que moyen. C'est un peu le cas ici : je trouve les dialogues un peu trop convenus et simples. L'histoire, quant à elle, est l'argument de vente principal du film. Elle s'avère quand même très cinématographique et génératrice d'humour, d'émotion et de beauté parfois, grâce à son talentueux metteur en scène.

Spielberg sera toujours Spielberg, j'ai l'impression. De « Duel », son premier, à « Munich », le dernier en date à l'heure où j'écris, la maîtrise n'a jamais fait défaut à ce – on peut le dire – génie. Ca sauve l'ensemble selon moi, car voir ces deux idiots (certes très inspirés et en forme) jouer à une course-poursuite à travers le monde, ça fait plaisir au cinéphile du dimanche, mais comme je le dis plus haut, Spielberg est doué pour faire croire que son boulot est bon.

Un film s'attachant donc essentiellement à l'apparence, soignée, et délaissant ainsi un côté psychologique des personnages qui aurait gagné à être développé davantage : si Abagnale n'est pas un héros intéressant à développer et creuser les sentiments, je suis le pape Benoît XVI. De plus, leurs interprètes auraient eu la chance d'obtenir un rôle à la mesure de leur talent. Autre chose : je trouve Tom Hanks lésé. DiCaprio, et son charismatique escroc à jouer est avantagé par rapport au ridicule agent du FBI qui ne fait que poursuivre ce dernier.

Un gros manque de fond (la forme y est), d'approfondissement, même si c'est clair que ça fait bien passer le temps. Mention spéciale à Nathalie Baye, qui s'impose en fumeuse du siècle, et au réalisateur, qui quand même, n'est pas mauvais du tout. Etrange : Abagnale fait bizarrement penser à un certain Christophe Rocancourt, bientôt incarné au cinéma...

Critique de Cyril

La note: 12,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le samedi 28 octobre 2006 13:19
Modifié le samedi 16 août 2008 17:27

L'ami de la famille (Paolo Sorrentino)

L'ami de la famille (Paolo Sorrentino)
L'ami de la famille (Titre original : L'amico di famiglia)

Réalisé par Paolo Sorrentino – 2006 – Italie – Couleur – 1heure 53minutes – Sélection Officielle en compétition Cannes 2006

Avec Giacomo Rizzo, Clara Bindi, Laura Chiatti, Fabrizio Bentivoglio...

Citation du film: « Ne vous inquiétez pas, je suis usurier. Je vis sous un nom d'emprunt. »

Accueil fait au film à Cannes: assez mauvais (j'étais à la projection de 22h 30, et le rythme lent du film a endormi beaucoup de monde. De plus, la presse fut assassine le lendemain)



Résumé: un vieil usurier (Giacomo Rizzo) prête de l'argent aux gens refusés par les banques. Il se débrouille toujours pour récupérer le remboursement. Mais un jour, on vient le solliciter pour un prêt de près d'un million d'euros...


Critique: son deuxième long-métrage, l'excellent « Les Conséquences de l'amour », avait été retenu par Thierry Frémaux pour une place en compétition cannoise. Tarantino et son jury ont préféré récompenser Michael Moore et son politiquement incorrect « Fahrenheit 9 /11 ». Injustice sans nom.

Oui, surtout que pour un réalisateur de 34 ans, Sorrentino se débrouille comme un chef : aux influences multiples, on sent des touches de Lynch (les obsessions psychologiques), de Von Trier (les personnages rugueux et vicieux) et Michael Mann (je sais, ce n'est pas glorieux, mais c'est pour l'aspect très calculé et perfectionné des plans). Et je dois dire aussi que j'ai été subjugué littéralement par la maîtrise visuelle de ce futur grand : les panoramiques, d'une beauté inqualifiable, me donnaient envie de pleurer.

Ca fourmille de pureté et de talent dans tous les coins : des mouvements de caméra parfaits (je me souviens d'un panoramique le long du comptoir d'une boucherie, en suivant le vendeur) à la photographie raffinée, Sorrentino fait avant tout dans l'élégance et la classe. C'est agréable à voir, et c'est réjouissant de découvrir un tel potentiel chez un jeune cinéaste. Egalement très positif, la prestation de Giacomo Rizzo, respectable acteur italien, qui, bien qu'inconnu en France et absent des écrans depuis les années 80, a tourné avec Bertolucci, Pasolini, Wilder, Antonioni entre autres.

Il campe à merveille (pour moi, le Prix d'interprétation n'aurait pas du échouer aux Indigènes, bien que très bons : c'était lui) un usurier sans scrupules, au caractère très « mafioso » et au franc-parler rude, qui se voit confronté à la police, aux affres de l'amour, à la vie...porteur d'une multitude de vices (misanthrope, radin, susceptible...), voilà un héros haut en couleurs. Mais tout s'écroule : le mélange des genres est mal négocié, et l'ennui s'invite à ce banquet indigeste parfois, où l'on se perd facilement. L'esprit embrouillé, on ressort déçu devant une telle perfection artistique gâchée par un manque de finesse dans le scénario.

La sanction fut immédiate : les journaux furent odieux, et le film privée de récompense. Malheureux sort réservé à cet as de la mise en scène et de la technique, qui aura sûrement des jours meilleurs et une future sélection en compétition, histoire de s'immiscer un peu plus haut dans le Palmarès. C'est tout le mal que je lui souhaite.

Critique de Cyril

La note: 11 / 20

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Filmographie (complète) Paolo Sorrentino:

2001 - L'Uomo in più
2004 – Le Conseguenze dell'amore
2006 – L'amico di famiglia
# Posté le samedi 28 octobre 2006 13:32
Modifié le samedi 16 août 2008 17:27

Ne le dis à personne (Guillaume Canet)

Ne le dis à personne (Guillaume Canet)
Ne le dis à personne

Réalisé par Guillaume Canet - 2006 - France - Couleur - 2heures 05minutes

Avec François Cluzet, Kristin Scott Thomas, Marie-Josée Croze, François Berléand, Jean Rochefort, Nathalie Baye, Guillaume Canet, André Dussollier...

- 12 ans



Résumé: huit ans après le meurtre sordide de son épouse, Alexandre Beck (François Cluzet), un médecin réputé, reçoit un e-mail anonyme à son bureau. Quasiment en même temps, la police, menée par l'inspecteur Lewkovitch (François Berléand), découvre deux corps enterrés sur le lieu présumé du meurtre de sa femme. Or, certains points sont litigieux: Beck dit, le jour de l'assassinat, avoir été frappé et s'être évanoui dans un lac. Impossible: il se serait noyé. C'est pourquoi l'enquête est réouverte, et tous les éléments semblent l'accuser...


Critique: deuxième long pour l'iconoclaste Guillaume Canet après le très bon "Mon Idole". Il adapte ici "Tell No One" d'Harlan Coben, un polar machiavélique à succès, malgré les mises en garde de son auteur, qui s'opposait à la réalisation et clamait son roman "inadaptable".

C'est désormais fait, et de quelle manière. Dès les premières images, une beauté incroyable surgit: les cinq premières minutes ne comportent pas de paroles, les personnages évoluent en douceur, dans un cadre féerique (un labyrinthe de roses au bord d'un lac)...Et Canet filme ces instants de pureté et d'evanescence avec réalisme et sans volonté d'attendrir, car le pire va surgir, nous le savons bien. Après un flash-forward de huit ans, nous découvrons la galerie de personnages (au nombre de dix), tous aussi bien construits et dirigés les uns que les autres.

A commencer par Cluzet, que j'avais adoré dans "L'enfer" de Chabrol, qui retrouve un niveau de jeu ahurissant: il court, se bat, comme si sa vie en dépendait, et nous scotche littéralement à notre écran. Berléand, en inspecteur sans moustache, est excellent, ainsi que tous ses collègues sauf peut-être KST, qui fait pâtir l'interprétation avec son accent english certes charmant mais déroutant. Canet ne lui réserve par un grand rôle heureusement.

Le plus surprenant dans ce film, c'est que son jeune premier de réalisateur a su maîtriser une telle litanie de personnalités, écrire un scénario d'une telle consistance et d'une telle puissance dramatique (bien que comportant quelques invraisemblances) et parsemer le tout d'une mise en scène rythmée. Car le fond (impeccable en presque tous points) ne trahit pas la forme (qui frôle la perfection). On en ressort salement atteint, broyé et vidé par une telle démonstration de savoir-faire, tant de la part des acteurs que du patron. Hormis la nécessité d'une explication en fin de film (lui, c'est le père, ou le fils du cousin qui tue l'oncle de...), je ne vois pas grand chose à reprocher à "Ne le dis à personne", qui en plus, n'est même pas ennuyeux. Ah, si: un passage avec des jeunes de banlieue frise la caricature, n'apporte rien à l'histoire, sinon deux minutes de rire. Voilà quelque chose de tout à fait évitable.

Les vingt dernières secondes, aussi, auraient du être raccourcies: je ne vous les révèle pas, allez voir le film, et vous en jugerez. Surprenant donc, ce cocktail d'action (le carambolage sur le périphérique) et de drame psychologique, qui a tout d'un grand, y compris la classe et le casting royal. Je n'ajouterai rien de plus, si ce n'est: rendez-vous aux prochains César.

Critique de Cyril

La note: 15,5 / 20

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# Posté le mardi 31 octobre 2006 06:36
Modifié le samedi 16 août 2008 17:27

Scoop (Woody Allen)

Scoop (Woody Allen)
Scoop

Réalisé par Woody Allen - 2006 - USA - Couleur - 1heure 36minutes

Avec Scarlett Johansson, Woody Allen, Hugh Jackman...

Citation du film: "Je n'aime pas la natation...quand je plonge dans tout ce...cette...eau, mes lunettes tombent, flottent et...et...j'aime pas ça."



Résumé: Sondra Pronski (Scarlett Johansson) est une jeune (et très très belle) journaliste. Elle croit détenir un fabuleux scoop sur un homme d'affaires londonien (Hugh Jackman) et pense ainsi réaliser l'affaire du siècle en vendant son histoire aux tabloïds de la ville. Problème: aucun ne veut publier l'article, faute de preuves. Sondra va alors faire la rencontre de Sidney Waterman (Woody Allen), un magicien médiocre spécialisé dans les communions et bar-mitzvas, et va tenter de séduire ce mystérieux nabab, afin d'en savoir plus sur lui...


Critique: revoilà Woody Allen à Londres après une (très) heureuse parenthèse portant le nom de "Match Point" et pouvant être qualifiée de chef d'oeuvre. L'occasion de réembaucher la plus jolie actrice du monde (à mes yeux bien sûr, après Kirsten Dunst - maintenant, c'est fini, les digressions) et d'oser à nouveau un coup de maître.

Match Point était au thriller ce que l'amour est à la passion: son essence même. "Scoop", bénéficiant des mêmes atouts au départ (actrice, lieu diégétique...), se révèle peut-être un peu trop frivole (notamment au début) pour susciter l'adhésion totale du spectateur: les évènements surviennent de manière un peu incongrue, et l'on peine à s'y retrouver. Après les quinze premières minutes de léger flou, le personnage Allen entre en scène, dans la peau d'un illusionniste de seconde zone, et laisse opérer le charme provoqué par son irrésistible bégayement et ses mimiques de vieil homme "avec un grain".

Allen fait du Allen, si j'ose dire. Mais il le fait bien, et pousse l'audace jusqu'à échafauder les péripéties les plus cocasses, les plans les plus machiavéliques, tout en livrant une dose de vannes et de répliques fameuses du genre "Ce dont je rêve, c'est un dîner sans brûlures d'estomac après." Et il sait aussi s'eclipser, car il l'a compris: la star, ce n'est plus lui, mais bel et bien le couple formé par Hugh (excellent en homme normal, ça faisait longtemps) et Scarlett, qui retrouve un rôle à sa mesure, tout en finesse, subtilité.

Mais là où les critiques professionnelles (je pense aux Cahiers en particulier) disaient que "le film disparaitra avec le temps", je m'interroge et me dis que finalement, un Woody, même mineur, est toujours bon à prendre. Divertissant, royal pour la distribution, pointu dans sa conception, je ne vois pas où ce dernier Allen pêche, si ce n'est avec cette histoire de spectre de journaliste qui revient du paradis pour livrer ses secrets. Une heure 36 qui file, et laisse pantois devant une telle démonstration de puissance: Allen, à 71 ans, affiche une forme détonnante.

Les amateurs de la belle héroïne de "Lost In Translation" seront comblés (la scène du maillot de bain, ceux qui ont vu comprendront), ceux du grand Woody aussi. La surprise de cette fin d'année. Un polar tour à tour hilarant et inquiétant, un mélange de genres, comme son réalisateur sait le faire, mais ça, ce n'est plus un scoop.

Critique de Cyril

La note: 15 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?
# Posté le lundi 06 novembre 2006 12:23
Modifié le samedi 16 août 2008 17:27