Pédale Douce (Gabriel Aghion)

Pédale Douce (Gabriel Aghion)
Pédale Douce

Réalisé par Gabriel Aghion - 1996 - France - Couleur - 1heure 35minutes

Avec Fanny Ardant, Patrick Timsit, Jacques Gamblin, Richard Berry, Michèle Laroque...

Citation du film: "Il n'y a pas d'hétéros, juste des mecs mal dragués."



Résumé: Alexandre (Richard Berry), un PDG d'entreprise, découvre avec stupéfaction qu'Adrien (Patrick Timsit) et son amie Eva (Fanny Ardant) font partie du milieu gay. Malgré leurs différences sociales, Alexandre tombe éperdument amoureux d'elle, au grand dam de son épouse (Michèle Laroque). Deuxième souci: Eva veut devenir mère...


Critique: Gabriel Aghion, illustre réalisateur des très nuls "Absolument fabuleux", "Belle-maman", fait un véritable carton au box-office français (4,5 millions d'entrées). Dix ans plus tard, il réalise une suite avec Bertrand Blier, nommée "Pédale Dure", et qualifiable de "merde ambulante du siècle". Le premier volet était-il un brin meilleur?

Avec 4,5 millions d'entrées, je me suis dit: "Quand même, ça ne doit pas être mauvais du tout..." Et bien, si, un peu. Bien sûr, je n'ai pas loué le DVD ni même dépensé un seul centime pour aller le voir, j'ai juste regardé sa diffusion sur TF1. Et je dois dire pardon à ma télé, à qui j'ai failli mettre des coups de boule, devant cette décevante "comédie" dont on a tant vanté les mérites. "Monument culte de l'humour français" ou encore "hilarant portrait des homosexuels"; et mon ... c'est du poulet.

Un film sur les homosexuels donc. Il y en a eu beaucoup depuis l'invention du cinéma - des bons et des mauvais - et celui-là se range dans la deuxième catégorie. Trop de clichés parsèment ce défilé de personnages tous plus abrutis les uns que les autres (sauf peut-être celui de Richard Berry, qui reste regardable), trop de stéréotypes (le culturiste sado-maso de la boîte gay, le serveur teint en blond avec un string violet, la voix fluette à la Steevy...- et je pourrais continuer) pour aboutir à une vision simpliste, méprisante, irrespectueuse du milieu gay et lesbien.

Mais je cherche la petite bête: il faut savoir rire de tout. De tout, sauf de la mauvaise mise en scène, bien sûr. Dommage - comme souvent - mais seuls les intelligents peuvent devenir cons, et pas l'inverse, n'est-ce pas monsieur Aghion? Que ce soit la fin, avec la série de coups de pied dans les bijoux de famille que s'envoient les héros, ou la piteuse scène où Michèle Laroque doit faire une fellation à Timsit pour savoir s'il est vraiment gay, tout manque de tact, de subtilité, et ça finit par ne plus passer.

L'interprétation est satisfaisante, hormis Patrick Timsit, excellent humoriste au demeurant mais qui peine à imposer son Adrien homo face à Fanny Ardant, laquelle joue beaucoup plus naturellement, et surtout, sobrement. Car on peut être très drôle en restant maître de soi, tranquille, zen, plutôt qu'en gueulant n'importe quoi et qu'en surjouant le rôle déjà minable qui lui est proposé. Celui qui s'en tire le mieux est le discret Jacques Gamblin, avec sa scène de strip-tease magistrale (les Village People sont des ringards à côté) et sa bonne bouille. Les autres s'enfoncent, et vont finir par trouver du pétrole.

Dernier point: les dialogues réussis de Pierre Palmade. On a en effet droit à de jolies répliques du style "C'est drôle, vous me faites penser à quelqu'un que je ne connais pas." ou encore "On passe toutes nos journées à s'excuser d'être pédés...et nos nuits aussi." ainsi qu'à des effets de style typiques, qu'il utilise d'ailleurs dans ses spectacles. Mais ça ne suffira pas à faire passer la pilule: pour "Pédale Douce", la note sera salée.

Sacrée foirade à mon goût, il y a mieux à faire que de passer une heure quarante à voir Patrick Timsit hurler Mylène Farmer dans sa bagnole "Puisqu'il faut choisir, à mots doux je peux le dire, sans contrefaçon, je suis un garçon...". Un vrai film sur l'homosexualité, sans tabou et sans clichés: "Le Secret de Brokeback Mountain" dont la note est plus du double de celle-ci.

Critique de Cyril

La note: 7,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le mercredi 26 juillet 2006 04:45

Modifié le lundi 16 février 2009 10:26

La Cérémonie (Claude Chabrol)

La Cérémonie (Claude Chabrol)
La Cérémonie

Réalisé par Claude Chabrol - 1995 - France - Couleur - 1heure 53minutes - Double Prix d'Interprétation au Festival de Venise 1995 pour Huppert et Bonnaire, César de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert en 1996

Avec Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Virginie Ledoyen, Jean-Pierre Cassel...

Citation du film: "Ce juge d'instruction, j'ai jamais pu le cerner, j'ai jamais pu savoir ce qu'il avait dans la tête. Peut-être qu'il avait rien du tout d'ailleurs."



Résumé: Sophie (Sandrine Bonnaire) est la nouvelle bonne de la riche famille Lelièvre. Travailleuse, elle dissimule néanmoins tant bien que mal un profond handicap: elle ne sait ni lire ni écrire. Repliée sur elle-même malgré les témoignages de sympathie des membres de la famille, elle se lie d'amitié avec Jeanne (Isabelle Huppert), une jeune postière qui hait les riches. Cette dernière va remonter son amie contre ses employeurs, et provoquer son renvoi...


Critique: terminés, les films Nouvelle Vague de Chabrol. Place désormais aux thrillers psychologiques terrassants: La Cérémonie est un des premiers de la longue série; et de loin pas le plus mauvais.

J'utilise ce bel euphémisme pour annoncer d'emblée (je ne le fais jamais, d'habitude) que c'est largement le meilleur Chabrol de ces dix dernières années, voire peut-être de tous les temps. Je préviens tout de suite: si vous avez apprécié "Merci pour le chocolat", "L'ivresse du pouvoir" ou les autres réalisations récentes du maître, courez à la Fnac acheter le DVD.

Notre monde - nous le savons - est fait de différentes classes sociales. Depuis des siècles, nous assistons à de multiples conflits à cause de cela. "La Cérémonie" illustre en une heure cinquante une éternité de clivages sociaux, et - comble du luxe! - fait triompher les pauvres, comme une revanche sur le destin. Ici, Sophie, incarnée par la discrète Sandrine Bonnaire, est une analphabète intégrée à la société malgré son handicap, qui va céder à la violence (et aux propositions de son amie Jeanne) sous le coup des provocations involontaires des riches. Ces derniers, rendus pathétiques et très fortement caricaturés (ils regardent Don Juan à la télé, parlent de livres...) deviennent maladroits malgré leur supériorité intellectuelle, et commettent maintes offenses à l'orgueil de cette jeune femme influençable.

Influençable car pauvre: son amie n'aura aucun mal à la façonner de sorte à ce qu'elle devienne une bête de guerre dressée pour semer la pagaille dans la vie rangée des bourgeois. Et toutes deux rêvent d'un bonheur tranquille, d'une existence stable; mais impossible, car si Sophie a bien tenté d'intégrer le monde du luxe, elle a été rattrapée par la pauvreté - en la personne de Jeanne - : preuve qu'on peut quitter la richesse pour la misère, mais pas l'inverse.

Mais bien qu'inférieure intellectuellement par son handicap, elle sait tirer profit des seules choses qui lui restent: en vivant au quotidien avec les Lelièvre, elle connaît leurs faiblesses, et peut ainsi leur mener une vie d'enfer, les empoisonner psychologiquement: bref, "Tatie Danielle" en pire (et pourtant, c'est difficile). Par ailleurs, le film démontre avec brio (mais on le savait déjà) qu'entre pauvres et riches existe, existait, et existera un fossé insubmersible.

Pour mettre en valeur le scénario adapté du roman "A Judgement In Stone" de Ruth Rendell et brillamment écrit par lui-même et Caroline Eliacheff, Chabrol utilise sa technique habituelle qui a fait son succès: des personnages qui paraissent dociles mais qui ne sont en fait que volcans bouillonnants, des cadrages cliniques qui passent au peigne fin les acteurs, les dévisagent, les explorent, et une musique classique signée Mathieu Chabrol. Fort de son expérience, il se permet même de rendre - comme dans la plupart de ses films - un hommage à son maître Alfred Hitchcock.

Bien que je ne sois vraiment pas expert en la matière, je me lance: j'ai cru reconnaître, dans "La Cérémonie", certains plans d'intérieur très carrés et générateurs d'inquiétude qui ressemblaient à ceux employés par le réalisateur de "Vertigo". Il y a également des échanges de regards entre les héros matérialisés par des inserts très courts et brutaux, lesquels sont désormais classiques, ainsi que le concept traditionnel de Hitchcock, qui déclarait: "Moins on en sait, plus on s'imagine de choses."

On attend, en effet, dans l'angoisse, l'incertitude la plus totale, de voir le dénouement. Et comme à l'accoutumée, celui-ci est inattendu (pour ne pas dire "sort de nulle part") et vient conclure un long-métrage exigeant, parfaitement maîtrisé, à l'humour noir et cynique, et au message fort et puissant. Un thriller à la fois radical et fin, qui s'avère de surcroît être un film riche en enseignements cinématographiques: Chabrol a, une fois de plus, réussi son coup. En attendant les prochains...

Critique de Cyril

La note: 17,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie (extrait) Claude Chabrol:

1959 - Le Beau Serge
1978 - Violette Nozière
1994 - L'enfer
1997 - Rien ne va plus
2005 - L'ivresse du pouvoir

# Posté le jeudi 27 juillet 2006 06:41

Modifié le lundi 16 février 2009 10:26

A boire (Marion Vernoux)

A boire (Marion Vernoux)
A boire

Réalisé par Marion Vernoux - 2004 - France - Couleur - 1heure 38minutes

Avec Edouard Baer, Emmanuelle Béart, Atmen Kelif, Marina Foïs...

Citation du film: "Un océan nous sépare? Et bien cet océan, je vais le boire."



Résumé: Inès Larue (Emmanuelle Béart), une charmante femme qui vient de se faire larguer par son fiancé avec une note d'hôtel de 12000 euros à payer, Pierre-Marie Archambault (Edouard Baer), un médecin alcoolique en cure de désintoxication, et Seb Abd Al Abbas (Atmen Kelif), un pauvre mulhousien s'étant cassé le bras au bout de deux heures de ski, ont tous un point en commun: ils auraient bien besoin d'un verre. Mais comment repartir à zéro un 29 décembre, à 2800 mètres d'altitude, par -12 °C?


Critique: Marion Vernoux, cinéaste indépendante iconoclaste, réunit Baer et Béart dans un projet pour le moins farfelu où l'on boit, boit, et reboit. L'alcool réunit les hommes, c'est sa devise. La preuve en images (dans le film) et par écrit (dans ce qui suit).

Seb, Pierre-Marie et Inès sont trois estropiés de la vie, qui, dans leur misère, se rabattront sur la solution la plus simple: boire. En effet, tous souffrent - différemment - et voient en leurs problèmes une voie sans issue; d'où l'idée qu'il n'y a plus rien à faire, sinon se torcher méchamment la tronche. Mais avec leurs problèmes, ils nous en posent aussi à un certain moment, notamment: pourquoi une comédie avec des pochetrons désespérés, ou encore, pourquoi ce manque de déplacements géographiques dans le film (on reste du début à la fin dans une station de ski, qui ne me semble pas bien grande), qui finit par étouffer?

Car c'est triste à dire, mais le plan a été gentiment foiré, la faute à l'ambition trop poussée de vouloir - à la manière de Jeunet ou des frères Coen - tirer du rire là où l'on ne peut pas. Je ne dis pas non plus que le scénario n'arrache aucun sourire et qu'il n'y a pas une ou deux répliques sympathiques (comme par exemple cette trouvaille mythique que prononce Edouard Baer, un peu saoul au bar: "ah, Mouloud, viens-là, mon ami" Celui-ci répond: "Euh, non, moi c'est Seb!" "Mais c'est pas grave, venez tous les deux!"), mais en ce qui concerne le comique de gestes et les imitations de bourrés, on a déjà vu beaucoup mieux.

De plus, la photographie est assez sale, trop peu travaillée, et laisse franchement une impression de nonchalance de la part de la réalisatrice, qui ne s'est pas escrimée à nous composer des plans dignes de Mizoguchi ou de Kubrick, mais plutôt - excusez-moi - de nous chier de vulgaires panoramiques ou de stupides travellings caméra à l'épaule, qui comme les ivrognes sur l'écran, donnent envie de vomir. La mise en scène, elle, est à peu près correcte, bien que trop peu énergique par moments (on s'endort, c'est loooooong...). En revanche, l'aspect positif (très positif même) est la bande originale composée par Bogue, un groupe de rock que j'avoue ne pas connaître, qui livre des morceaux instrumentaux de qualité, à mi-chemin entre The Offspring et Neil Young (le mélange paraît débile, je sais).

La seule consolation (et elle est de taille, car vu la note que j'accorde, c'est clair que ça a tout sauvé) est l'interprétation, qui relève du génie par endroits. De Yves Verhoeven, en manager-dandy-sado-maso, qui fait hurler de rire rien qu'à sa tête, à Edouard Baer, célèbre pour son jeu d'improvisation et sa répartie hors du commun, qui impressionne de bout en bout, en passant par ma (presque) actrice préférée, la belle Emmanuelle Béart (qui ne trahit pas sa réputation!) que vous pourrez admirer dans le film (notamment dans la scène où elle traverse Tignes nue, enveloppée dans une peau de vache): tous s'entendent à merveille et s'accordent pour livrer une prestation attachante et agréable. Tous? Non! Un irréductible gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur, en la personne d'Atmen Kelif, transfuge de Canal +, qui ne sait toujours pas jouer. Apprends, mon petit.

Cela n'excusera pas l'ambiguïté tristesse-joie qui règne en maître, ni les aspects techniques désastreux. Dommage pour une idée prometteuse, avec un si bon casting. On est venu, on a vu, on a bu, on a été déçus.

Critique de Cyril

La note: 12 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

Filmographie (extrait) Emmanuelle Béart:

1986 - Manon des Sources (Claude Berri)
1991 - La Belle Noiseuse (Jacques Rivette)
1994 - L'Enfer (Claude Chabrol)
2001 - 8 Femmes (François Ozon)
2003 - Les Egarés (André Téchiné)
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# Posté le vendredi 28 juillet 2006 03:55

Modifié le lundi 16 février 2009 10:25

Superman Returns (Bryan Singer)

Superman Returns (Bryan Singer)
Superman Returns

Réalisé par Bryan Singer - 2006 - USA - Couleur - 2heures 34minutes

Avec Brandon Routh, Kate Bosworth, Kevin Spacey, Eva Marie Saint...

Citation du film: "Les Romains étaient les plus puissants parce qu'ils construisaient des routes, les Anglais étaient les plus puissants parce qu'ils construisaient des bateaux, les Etats-Unis sont les plus puissants parce qu'ils ont...des bombes atomiques."

Le film est dédié "avec humilité et respect" au grand Christopher Reeve et sa femme. Cette critique aussi.



Résumé: depuis cinq ans, la Terre va mal: Superman a disparu. Catastrophes en tous genres se multiplient. Clark Kent (Brandon Routh) retrouve son job de journaliste au Daily Planet avec sa collègue Lois Lane (Kate Bosworth), qui vient de recevoir le Prix Pulitzer pour son article "Pourquoi le monde n'a plus besoin de Superman". Mais le terrible Lex Luthor (Kevin Spacey) a déniché quelques morceaux de kryptonite avec de très mauvaises intentions. Sous la menace de l'apocalypse totale, il est grand temps pour Superman de refaire surface...


Critique: Bryan Singer, devenu super-réalisateur ultra-bankable après "X-Men" Volume 1 et 2, et considéré grâce à son "Usual Suspects" comme l'un des plus doués en polars de sa génération, prend les commandes de ce projet à 230 millions de dollars, et confie la vedette à un sinistre inconnu.

Quel audacieux pari: alors que les noms les plus improbables se bousculaient (Tom Cruise, Nicolas Cage, Colin Farrell...) pour le rôle-titre, Singer fait un gracieux pied de nez à la pression exercée par les studios hollywoodiens et prouve ainsi qu'il est le maître à bord. Libre de ses choix artistiques et techniques. Cela promet donc un nouvel opus de l'homme d'acier portant "la patte" de son surdoué de réalisateur. Pour en revenir rapidement à son choix du héros, il est incontestable: Brandon Routh s'impose bien en Superman, joue avec retenue et sans cabotiner. Avec sa gueule de jeune premier, il ne bouffe pas l'écran et laisse de la place à ses camarades de jeu. Balèze quand on interprète le plus grand super-héros de tous les temps.

Les autres sont également bons, même si Kate Bosworth est parfois un peu trop nunuche sur les bords, et qu'un personnage second rôle m'a bien agacé à un moment. Mention spéciale au superbe Kevin Spacey, drôle, fantaisiste, sans pitié et très inspiré en Lex Luthor. Comme quoi, c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes.

L'exploit du film est toutefois d'avoir ressuscité le genre, en gardant effets spéciaux titanesques et esprit rétro-kitsch typique de Superman. On retrouve le caractère cliché et ridicule de certaines scènes (un mec qui tombe du 346ème étage d'un immeuble, et qui se fait rattraper en vol à deux mètres du sol), ainsi que le côté simplet du scénario: une situation de crise, un méchant, un sauveur, une bagarre, une fin heureuse. Sans aucune complexité narrative, on croise des séquences d'amour, de bagarres, d'humour...un cocktail 100 % Hollywood mais qui fonctionne à merveille, grâce à l'imagination débordante de Singer et à sa réalisation esthétiquement irréprochable.

Superman, pour proche qu'il soit des humains, n'en fera jamais partie: c'est ce que le réalisateur de X-Men (qui s'y connaît en super-héros) va démontrer dans ce cinquième épisode. Il constate sans pouvoir y remédier que le monde, comme l'indique l'article de Lois Lane, tourne sans lui, qu'il n'est plus si indispensable que ça. Pire, que celle-ci a trouvé l'homme de sa vie: il est donc seul, malgré sa force surhumaine et sa capacité à voler. Et Singer l'illustre parfaitement, en nous proposant des scènes féeriques où Superman vole dans les airs en tenant son élue dans les bras, pour lui offrir un panorama de rêve en cadeau. Avec grâce, il survole la ville et pose sur chacun des habitants son regard bienveillant...avant de se confronter à ses propres soucis.

Ses soucis sont en la personne de Lex Luthor, le plus bad des méchants (je le préfère à Dark Vador ou à Joker), qui, tel un mégalomane (le cliché est connu, mais c'est fait exprès), veut créer un nouveau continent. De cette opposition bien-mal très manichéenne et simple, naît un film sans failles techniques ni dérapages narratifs. Peut-être un peu trop simple? Oui, mais c'est ce qui fait le charme des films Superman, donc bien joué Bryan Singer: le projet était pharaonique, et votre science du sobre-extravagant a su mener à bien deux heures trente-quatre de pellicule.

L'apparition tant attendue de Marlon Brando (qui prête sa voix au film), le repêchage du bateau coulé, les sauvetages héroïques par dizaines...Superman est effectivement le plus grand des héros (et oui, ce n'est pas Action Man), et ce brillant long-métrage lui rend un bel hommage, ne trahissant ni les précédents, ni la BD d'origine. Un coup d'éclat rare, une excellente surprise.

Critique de Cyril

La note: 16,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le vendredi 28 juillet 2006 12:57

Modifié le lundi 16 février 2009 10:25

Vol 93 (Paul Greengrass)

Vol 93 (Paul Greengrass)
Vol 93 (Titre original: United 93)

Réalisé par Paul Greengrass - 2006 - USA - Couleur - 1heure 45minutes - Sélection Officielle Hors Compétition Cannes 2006

Avec Khalid Abdalla, Gary Commock, JJ Johnson, Thomas Roberts...

Citation du film: "Vous allez où?" "Moi, je prend le vol 93 pour rentrer chez moi voir ma femme Christina et ma fille. Elle a onze mois."



Résumé: le 11 septembre 2001, le vol 93 de la compagnie United Airlines s'envole vers San Francisco. Pendant ce temps, les contrôleurs aériens suspectent de mystérieux faits sur leurs écrans radars: certains avions se sont brutalement écartés de leur destination, et ne répondent plus aux appels envoyés par la tour de contrôle. Soudain, ils apprennent en regardant la télé qu'un avion disparu s'est écrasé sur la tour Nord du World Trade Center. Mais pendant ce temps, le vol 93 est également détourné par quatre terroristes, qui veulent crasher le Boeing sur la Maison-Blanche...


Critique: après "Bloody Sunday" et "La Mort dans la peau", Paul Greengrass revient avec son film-évènement chaleureusement accueilli au Festival de Cannes. Evanouissements, crises de larmes, de nerfs: les équipes médicales du Festival ont eu du boulot.

Programmé génétiquement pour casser la baraque au box-office américain, "Vol 93" est effectivement la sensation absolue de Cannes 2006: projeté l'avant-dernier jour, sous un battage médiatique infernal, les places se sont arrachés encore plus vite que pour "Babel" et "Marie-Antoinette". Une question se pose maintenant: va t-il connaître le même destin en France, et provoquer tant de réactions?

Assurément, non: même si ces terribles attentats nous concernent tous, il est clair que l'impact émotionnel sera décuplé pour les familles de victimes, les gens particulièrement sensibles et les Américains pure souche. En tant que misérable français s'étant rendu au Kinépolis le plus proche pour le voir, j'ai eu du mal à m'émouvoir pour cette représentation assez spéciale (mais c'est déjà un grand mérite: elle aurait pu être quelconque, ç'aurait été pire) du 11 septembre; en tout cas pas au point de m'évanouir.

Je peux comprendre néanmoins que les plus émotifs soient bouleversés (le fait de savoir que c'est une histoire vraie et de savoir aussi que toutes les personnes vues à l'écran vont mourir n'arrange rien), car le parti a été pris de retranscrire la réalité (supposée) des évènements, sans favoriser un personnage en particulier: tous sont égaux devant la catastrophe - et donc devant la mort. Il n'y a pas de héros, mais des victimes (les passagers du vol 93) et des témoins (les aiguilleurs du ciel).

Et il faut bien admettre que la machine tourne bien: même si le début est un petit peu long (il ne se passe rien), l'intensité grimpe avec le temps pour aboutir à son paroxysme lors du détournement de l'avion. En revanche, l'alternance continuelle entre la tour de contrôle et le Boeing en vol finit par lasser un peu, et laisse le sentiment que Greengrass ne s'est pas trop foulé pour trouver des lieux propices au déroulement de l'action. Cela permet de ne pas sortir du but du film, certes, mais ça finit par lasser et étouffer.

Le scénario, lui, est correct, même si les répliques sont bien américaines et traduisent parfaitement la psychose liée au terrorisme. Il y a par trop de manichéisme, qui se traduit par une caricature grossière des fanatiques (ils ne disent que le mot "Allah" et font peur rien qu'à voir - figurez-vous, monsieur le réalisateur, les terroristes peuvent être des gens normaux physiquement) et une exagération de l'émotion dans l'avion: tout le monde appelle sa famille, dit "Dis à ma famille que je les aime, etc...", et ce à sept reprises - deux ou trois fois seraient mieux passées.

Alors pourquoi tant d'engouement pour ce polemic-movie filmé à l'épaule et sans tentative d'originalité? Pour la fin, tout simplement: magistralement filmée et mise en scène, la prise d'otages dans l'avion est incroyablement tétanisante. On en frémit sur notre siège, tant on se sent rattrapé par l'Histoire, sentiment encore renforcé par la musique héroïque qui ne sonne - et c'est surprenant - pas du tout cliché. La fin - que l'on connaît - arrive à point, et, brutale, violente, nous enterre vingt fois plus que nous le sommes déjà.

Radical, terrassant, le verdict est sans appel: "Vol 93" passe du chiant, au supportable, puis du supportable au magnifique: il y a une force terrible qui ressort de la vérité des faits, et de la manière crue dont ils sont représentés. Voilà du beau travail, en attendant le second et très attendu "World Trade Center" d'Oliver Stone.

Critique de Cyril

La note: 14,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?

# Posté le samedi 29 juillet 2006 04:10

Modifié le lundi 16 février 2009 10:25