Le Parfum: Histoire d'un Meurtrier (Tom Tykwer)

Le Parfum: Histoire d'un Meurtrier (Tom Tykwer)
Le Parfum: Histoire d'un Meurtrier (Titre original: Der Parfum, die Geschichte eines Mörders)

Réalisé par Tom Tykwer - 2006 - France / Allemagne / USA - Couleur - 2heures 27minutes

Avec Ben Whishaw, Rachel Hurd-Wood, Alan Rickman, Dustin Hoffman, Sara Forestier...


Citation du film: "Jean-Baptiste Grenouille, maître parfumeur, est condamné à être lié sur la croix de bois et à voir le bourreau lui porter 12 coups de masse, qui lui rompront les articulations des bras et des jambes. Il restera accroché à cette croix jusqu'à ce que mort s'en suive."



Résumé: Jean-Baptiste Grenouille (Ben Whishaw) mène une enfance difficile dans les rues de Paris, employé comme tanneur. Mais celui-ci se révèle avoir un nez d'une incroyable finesse: il enregistre toutes les odeurs depuis sa naissance et peut en dissocier les composants. Ainsi, il va se faire embaucher chez le parfumeur Baldini (Dustin Hoffman) pour apprendre l'art du parfum et surtout, savoir comment capturer les odeurs. En effet, il espère créer un parfum élaboré à partir d'une femme (Rachel Hurd-Wood), afin de contrôler le monde...


Critique: adapter le roman de Patrick Süskind, écoulé à près de vingt millions d'exemplaires dans le monde, en voilà une tâche bien difficile. Tom Tykwer, jeune cinéaste allemand auteur du très expérimental "Lola Rennt" et d'un court fabuleux dans "Paris, je t'aime" (celui avec Natalie Portman), s'y colle avec entrain.

Dès les premières images, le ton est donné: nous aurons un film sombre, violent, voire putride (les gros plans sur les estomacs de rats, les vers de terre, sont charmants). L'atmosphère du livre, la physionomie des personnages, les descriptions des lieux sont bien retranscrites, car filmées avec une volonté absolue de réalisme. De plus, il réalise un superbe tour de force en alliant poésie, douceur et mièvrerie avec toutes les sordidités possibles et présentes dans le bouquin.

Bien entendu, le scénario est amputé de certains passages du livre (son éducation chez la soeur, l'épisode de la nourrice), ne faisant ainsi durer l'enfance de Grenouille que vingt minutes à l'écran (alors que c'est le tiers du livre). Et ce dernier s'avère réussi: pas de clichés spectaculaires, de répliques con, mais parfois des phrases lapidaires qui peuvent choquer les non-lecteurs (la femme qui dit "je t'aime" au parfumeur quand il rêve, suite à la découverte de Grenouille). Il dessert également une interprétation à l'unisson.

Sans fausse note également, Whishaw et la belle Rachel Hurd-Wood sont impeccables dans leurs rôles respectifs, mais Hoffman me semble mou. Mais le véritable atout du film est la finesse et l'audace avec laquelle les corps sont filmés: en douceur, avec une précision et une volonté de "prendre son temps", les images sont sublimes, bien qu'assez insignifiantes parfois. Reste à regretter la voix-off scolaire encombrante et le fait que la psychologie des héros n'ait pas été plus creusée, mais cette adaptation demeure un véritable exercice de style.

Un tantinet long sur la fin; les critiques ont été assassines. J'accorde plus de clémence à ce sympathique objet hybride au charme fou, et vous invite à vous intéresser à sa sortie en DVD dans quelques mois. Histoire de voir si ce sont "Les Cahiers du cinéma" ou moi qui ont raison.

Critique de Cyril

La note: 13,5 / 20
# Posté le jeudi 09 novembre 2006 15:10
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39

Un long dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet)

Un long dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet)
Un long dimanche de fiançailles

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet – 2004 – France / USA – Couleur – 2heures 10minutes

Avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Clovis Cornillac, Marion Cotillard, Julie Depardieu...



Résumé: Mathilde (Audrey Tautou) attend le retour de son fiancé Manech (Gaspard Ulliel), parti combattre dans les tranchées en 1917. Il ne revient pas. De toute évidence, il est mort. Mais Mathilde refuse d'y croire : elle n'a pas reçu d'avis de décès. Elle part donc à la quête d'indices pouvant la mener à lui...


Critique: film au budget ahurissant pour une production française, cette adaptation par Jeunet du roman de Sébastien Japrisot a contribué à parfaire sa notoriété outre-Atlantique (où le film a été un franc succès) et celle d'Audrey Tautou, repérée par Howard pour son « Da Vinci Code ».

Mathilde et Manech sont deux amoureux devant l'éternel, deux tourtereaux pris dans les remous de l'Histoire. Devant la quasi-certitude de la mort de son fiancé, elle lance à sa poursuite et va croiser sur son chemin ses anciens amis, collègues de bataillon, amis de ses amis, ennemis des amis de ses amis...Bref, tout le film se base sur des rencontres, donnant lieu à des dialogues, donnant lieu à des indices, donnant lieu aux retrouvailles.

Un peu trop simpliste à mon goût venant de Jeunet, car ce schéma narratif est propre au livre d'origine, certes, mais finit par lasser. De plus, on ne sait plus bien qui est qui, qui fait quoi, etc...On ne pourra pas lui reprocher son ambition : un casting composé de grands noms cités plus haut (auxquels s'ajoutent André Dussolier, Jodie Foster...), des tranchées reconstituées à l'identique, des scènes de bataille ultra réalistes et un sens du grand spectacle à la française bien acquis.

Mais si les seconds rôles excellent, je trouve Audrey Tautou un peu niaise par endroits, et Gaspard Ulliel ridicule (qu'il retourne faire ses défilés Chanel, ce n'est pas un acteur). Les dialogues, par moments, sont sans intérêt et l'humour Jeunet de « Delicatessen » s'est totalement perdu. Aucun style (ni dans les plans ni dans les tons de couleurs), « Un long dimanche » deviendrait presque quelconque, sans l'incroyable force émotionnelle qui s'en dégage et une folle légèreté malgré la gravité du thème. Heureusement qu'il a su contrôler mieux l'intrigue que son régiment d'acteurs.

Bien ficelé néanmoins, les séquences de guerre et l'émotion dosée s'avèrent les meilleurs points de ce projet réussi. Mais en tous les cas, Jeunet n'a pas égalé ni même entrevu un dixième du niveau d'Amélie Poulain, sa précédente réalisation. Il avait touché la perfection : avec celui-ci, il s'est montré plus sage. Le résultat est quand même à la hauteur.

Critique de Cyril

La note: 14,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le dimanche 14 janvier 2007 12:35
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39

Sonate d'automne (Ingmar Bergman)

Sonate d'automne (Ingmar Bergman)
Sonate d'automne (Titre original : Höstsonaten)

Réalisé par Ingmar Bergman – 1978 – RFA / Norvège – 1heure 37minutes

Avec Ingrid Bergman, Liv Ullmann, Lena Nyman...



Résumé: Charlotte (Ingrid Bergman), grande pianiste, vient de perdre son amant Leonardo. Elle accepte l'invitation de sa fille Eva (Liv Ullmann), qu'elle n'a pas vue depuis sept ans. Mais dès son arrivée dans la petite demeure rustique du couple, les retrouvailles tournent à l'affrontement entre la mère et sa fille...


Critique: quasiment le chant du cygne de Bergman (seuls « De la vie des marionnettes », « Fanny et Alexandre » et « Après la répétition » suivront), « Sonate d'automne » est également le couronnement de toute une carrière menée à explorer les femmes et les tourments de l'âme humaine.

Ici, il allie les deux : dès l'arrivée de la mère au domicile conjugal (qui est un presbytère ; le mari est pasteur), le conflit éclate. De reproches en reproches, elles dressent le bilan de leurs vies respectives, se disputent pour des faits datant de dix, vingt, trente ans, bref, elles mettent tout à plat. C'est une visite-éclair après sept ans d'ignorance pour tout clarifier, faire le vide dans leurs esprits. A la fin, la lettre d'Eva est claire : elle pardonne, et remercie même sa mère d'être venue, quitte à s'être bien embrouillées.

Comme toujours, la rigueur artistique et technique - marque de fabrique de Bergman – est omniprésente ; pas de place aux plans farfelus ni aux dialogues saugrenus. Bergman touche juste, droit, et livre une étude psychologique qualifiable de référence en la matière. Expert dans le domaine, j'ai eu l'impression d'avoir un peu de chacun du meilleur de ses films concentré dans celui-ci, pour atteindre une intensité narrative et une force psychologique poussée à son paroxysme.

Liv Ullmann (grande habituée du maître suédois) et Ingrid Bergman y sont pour beaucoup : absolument parfaites (même si je trouve Ullmann un peu en retrait), bien qu'ayant deux rôles totalement différents (la fille est très pieuse et se consacre à la musique, la mère boit, fume et apprécie la compagnie masculine), elles contribuent avec leur naturel à la réussite artistique indiscutable du film. Nominées aux Oscars, leur prestation sobre et mesurée remplit parfaitement sa mission : toucher au plus profond.

Et de plans calibrés au millimètre en travellings cliniques, sans oublier la photographie de Sven Nykvist (chef opérateur de Bergman pendant trente ans, ainsi que de Louis Malle) qui frôle la perfection, et la musique empruntée à Chopin, Bach et Mozart, les aspects techniques sont aussi très bons. Je reproche difficilement des petites longueurs – mais c'est une fois de plus, typique de Bergman – et des pleurs trop exagérés par moments ; des fautes largement excusables.

Plus de vingt ans après son chef d'oeuvre « Le Septième Sceau », le maître du cinéma d'auteur européen justifie sa place en nous laissant cette sublime et troublante « Sonate d'automne », carrefour des obsessions de l'esprit tourmenté et obtus de son réalisateur.

Critique de Cyril

La note: 16 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le lundi 15 janvier 2007 15:55
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39

Phone Game (Joel Schumacher)

Phone Game (Joel Schumacher)
Phone Game

Réalisé par Joel Schumacher – à chercher – USA – Couleur – 1heure 14minutes

Avec Colin Farrell, Katie Holmes...

Citation du film: « Désolé pour le livreur de pizzas. Mais si tu persistes et si tu continues dans la voie que tu prenais, je serai obligé de te retrouver... »



Résumé: un homme d'affaires (Colin Farrell) vit à Manhattan avec sa femme. Mais il la trompe régulièrement. C'est alors qu'il pénètre dans une cabine téléphonique pour passer un appel, quand le téléphone sonne. Il décroche, et une voix rauque lui annonce la règle du jeu : « si tu raccroches, je te tue... »


Critique: Colin Farrell, le bad boy d'Hollywood, rencontre Joel Schumacher, réalisateur de talent (on lui doit notamment « 8 Millimètres » et les deux derniers Batman). Collaboration prometteuse...

Plus que prometteuse d'ailleurs. Elle va se solder par un film, qui, à mon goût, surpasse bien des polars à la con filmés avec les pieds et au scénario débile. Ici, très peu d'action, mais une tension insoutenable et des dialogues pointus et acérés, qui font mouche à chaque fois. Et quelle idée de faire regretter ses pêchés à un homme prisonnier d'une cabine téléphonique ? Déjà, l'originalité du concept séduit. Le synopsis est imparable. Et c'était simple, très simple comme idée : il fallait la trouver.

Et ne pas la foirer. Pour ça, Schumacher s'en charge, et procure un étonnant scénario fait d'un subtil mélange d'humour, de suspense et de références aux modèles du genre (« Un après-midi de chien »...). D'une rare cohérence, cette heure quinze enfermés avec Colin Farrell est très agréable : pas d'ennui (c'est pas long, et il se passe toujours quelque chose), un jeu d'acteur correct (Farrell imite bien le mec surpris d'être pris en otage par un sniper) et une musique angoissante.

Tout y est. C'est un pur divertissement. Je suis même embêté de n'avoir rien à rajouter. « Phone Game » est un projet réalisé très rapidement, avec très peu de moyens, un décor sobre, mais les gains furent immenses. Tout reposait dans l'idée, que les scénaristes ont su saisir et mener à bien. Vraiment, je ne trouve pas grand-chose à reprocher, sinon peut-être que je me demande pourquoi le sniper décide de faire payer ses péchés à un pauvre homme, et surtout comment il est au courant de sa vie.

On s'en fout, après tout. On passe un excellent moment : c'est jouissif de voir le héros du « Nouveau Monde » pleurer, hurler de rage. L'angoisse est en nous jusqu'à la dernière seconde, et l'on en ressort avec l'impression d'avoir été nous aussi dans la cabine. Retournant, puissant, salvateur.

Critique de Cyril

La note: 15 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le jeudi 18 janvier 2007 16:15
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39

Koza (Nuri Bilge Ceylan)

Koza (Nuri Bilge Ceylan)
Koza

Réalisé par Nuri Bilge Ceylan – 1995 – Turquie – Noir & Blanc – Muet – 17 minutes

Avec Fatma Ceylan, Mehmet Emin Ceylan et Turgut Toprak



Résumé: un homme, une femme et un petit garçon vivent dans une maison coupée du monde. L'homme, apiculteur, ne s'occupe que de ses abeilles, et malgré les appels du garçon pour qu'il s'intéresse à la femme, rien n'y fait...


Critique: court-métrage du désormais célèbre N.B Ceylan, on sent déjà les prémices de son cinéma actuel et une grande finesse artistique.

Rapidement, deux mots sur le film (qui, lui, n'en contient pas) : une sacrée réflexion psychologique, déjà, pour comprendre de quoi il s'agit sans paroles, ensuite, pour le fond. Esthétiquement, la photographie donne l'impression qu'il s'agit d'un film de 1910 (Le Cabinet du Docteur Caligari est encore plus beau à voir que ça) mais le message n'est pas entaché : voilà une ode à l'amour contée par deux vieillards en fusion avec la nature, rappelés à l'ordre – à l'amour – par un môme de dix ans qui, par sa modestie et son naturel, est d'une force incroyable.

17 minutes sans paroles avec des passages longs et contemplatifs où seuls les bruits naturels subsistent ? Bienvenue dans le monde de Nuri Bilge Ceylan.

Critique de Cyril

La note: 11 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le dimanche 21 janvier 2007 04:30
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39