Elephant (Gus Van Sant)

Elephant (Gus Van Sant)
Elephant

Réalisé par Gus Van Sant – 2003 – USA – Couleur – 1heure 21minutes – Palme d'Or et Prix de la mise en scène Cannes 2003

Avec Alex Frost, Elias McDonnell, John Robinson, Eric Deulen, Jordan Taylor...

Citation du film: « T'as déjà fait l'amour ? » « Non. » « Alors, comme on va mourir, quitte à essayer tout de suite. »

- 12 ans



Résumé: une journée apparemment banale au lycée de Columbine. De petites tranches de vie, de la cantine au cours de sport, en passant par la bibliothèque. Tout se déroule comme à l'accoutumée, jusqu'à l'instant où deux étudiants décident de passer à l'action...


Critique: relatant l'épisode le plus tragique des Etats-Unis après le 11 septembre, « Elephant » porte son nom en référence au film d'Alan Clarke (réalisé en 1989) sur les relations entre catholiques et protestants. Patrice Chéreau lui a accordé la plus haute distinction.

Un passionné de photographie, une jeune étudiante studieuse, un dragueur invétéré, des filles boulimiques...Tous partagent le même point commun : ils vivent au lycée de Columbine, lieu de la tragédie. Gus Van Sant, avec beaucoup d'humilité, ne porte aucun jugement sur les faits : il constate, avec regret et incompréhension. Au moyen de longs travellings et de plans-séquences étouffants, il fait planer la menace et l'angoisse naît du fait que l'on connaît la fin (c'est l'effet Titanic : on sait que le bateau va couler).

Dans un silence souvent troublant, le naturel de la situation est forcé au possible, pour bien montrer à quel point la journée était ordinaire. Quasiment sans musique, et avec une photographie parfaite, Van Sant met plusieurs fois en scène les mêmes moments, vécus différemment par chaque protagoniste. Aucun n'est d'ailleurs mis en valeur plus qu'un autre : tous sont égaux devant la terrible réalité qui se prépare. Cette dernière, qui vient ponctuer les dix dernières minutes, est d'une violence sans bornes et contraste avec le vide de la première heure.

Armés jusqu'aux dents, deux élèves infiltrent le lycée et tirent à la première personne, provoquant la mort de dix-sept de leurs camarades, avant de se donner la mort. Véritable bombe, le choc est renforcé par le silence glauque et livide et par l'incompréhension totale du geste. Pourquoi ? En guise de réponse, un énigmatique « plouf-plouf » pour choisir la dernière victime. Fort, sincère, et à la fois particulier, « Elephant » bouleverse les codes et les âmes. Chanceux seront ceux qui en ressortiront intacts.

Doublé en plus d'une critique fondée et bien menée sur la société américaine, le film mérite amplement sa Palme, pour son côté esthétique hors du commun et un message puissant, invincible pour encore au moins cent ans. On frôle la perfection.

Critique de Cyril

La note: 18,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?

Filmographie (extrait) Gus Van Sant:

1985 – Mala Noche
1987 – My Own Private Idaho (avec Keanu Reeves...)
1997 – Will Hunting (avec Matt Damon, Robin Williams...)
2000 – A la Rencontre de Forrester (avec Sean Connery...)
2005 – Last Days (avec Michael Pitt...)
# Posté le mardi 23 janvier 2007 15:23
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:39

Platoon (Oliver Stone)

Platoon (Oliver Stone)
Platoon

Réalisé par Oliver Stone – 1986 – USA – Couleur – 2heures 01minutes – Oscar 1986 : Meilleur film et meilleur réalisateur

Avec Tom Berenger, Charlie Sheen, Willem Dafoe, Johnny Depp...

- 12 ans




Résumé: Chris (Tom Berenger), un jeune américain, s'est engagé volontairement pour partir au Viêt-Nam. Il vit l'enfer au quotidien, surtout avec les réprimandes incessantes du major Barnes (Willem Dafoe), les pluies de bombes, les insectes, les conditions climatiques épouvantables, et l'ennemi qui se rapproche de jour en jour...


Critique: le super-patriote Oliver Stone, après avoir glorifié les USA dans quasiment tous ses films, ne change pas d'objectif. Une fois de plus, les américains sont les héros, les vainqueurs, les meilleurs, les plus forts...

Film quasi-autobiographique (Stone était soldat au Viêt-Nam), la première mouture du scénario avait subjugué son professeur en faculté de cinéma, un certain Martin Scorsese. Quelques années plus tard, il se lance dans la réalisation du projet. Au final, une œuvre considérée comme « un chef d'œuvre intemporel », « la perfection dramatique et visuelle », « un magnifique hymne contre la guerre ». Je pense qu'il faut y aller tranquillement sur les compliments, mais c'est évident, « Platoon » regorge de qualités.

Rien que la première séquence annonce clairement les évènements futurs : « Réjouis-toi, jeune homme, pendant ta jeunesse... » avec l'Agnus Dei en accompagnement musical. Ce sera un leitmotiv : les images choquantes, brutales, crues (c'est la guerre) sont associées à une sélection du répertoire classique. Historie de donner un peu de solennité au film, et de faire passer le soldat du statut d'homme à celui de héros (Stone sait le faire : « World Trade Center », « Salvador »...). But amplement réussi.

En plus, fort de son expérience de militaire, il renforce le côté « vrai » du scénario (même si quelques clichés sont dispersés : le gros dur qui boit du whisky, l'homosexuel...) et provoque un contraste surprenant : celui d'assister à une horreur visuelle (massacres, scènes immondes : par exemple, le G.I qui lance une grenade dans un trou où se trouvent cinq enfants) et aussi à un rêve féerique, surréaliste, grâce aux ralentis, aux plans délicats et à cette bande originale atypique.

Les acteurs ne sont pas forcément bons, mais on s'en fout royalement : c'est la force et l'intensité du résultat final qui prime. Et Stone s'y connaît, et livre un profond et troublant récit de guerre dont on sort vidé, retourné. Néanmoins, ça ne vaut en aucun cas « Voyage au bout de l'enfer », plus « documentaire » que cette fiction largement américanisée.

Critique de Cyril

La note: 15 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le vendredi 26 janvier 2007 14:27
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:38

Charlie et la chocolaterie (Tim Burton)

Charlie et la chocolaterie (Tim Burton)
Charlie et la chocolaterie (Titre original : Charlie and the Chocolate Factory)

Réalisé par Tim Burton – 2005 – USA – Couleur – 1heure 56minutes

Avec Johnny Depp, Freddie Highmore, Christopher Lee...



Résumé: Charlie (Freddie Highmore) vit en Angleterre avec sa famille dans une cabane délabrée. Très pauvre, il a droit seulement à un cadeau par an : une barre de chocolat Wonka. Un jour, un concours est organisé : cinq tickets d'or sont dissimulés dans des barres de chocolats, et en obtenir un signifie gagner une visite de la chocolaterie, ultrasecrète jusqu'alors. Quatre ignobles bambins trouvent les premiers, et c'est Charlie qui hérite du dernier sésame pour une journée avec le mystérieux Willy Wonka (Johnny Depp)...


Critique: nouvelle trouvaille de celui que l'on appelle « le nouveau génie du septième art » ou encore « le maître du fantastique », cette adaptation par Burton du classique de Roald Dahl donne l'occasion à son interprète principal de s'illustrer et à son réalisateur de renflouer son compte en banque.

Je vais débuter par un coup de gueule (que je pousse souvent – Clémentine, si tu lis les lignes...) : non, Burton n'est pas le nouveau génie du septième art ni le roi de l'imaginaire. Il est même indigne selon moi du titre de cinéaste ; c'est un réalisateur, un point, c'est tout. D'ailleurs, parlons-en, de son imagination « sans limites » selon les médias. Tout le monde en a de l'imagination. Tout le monde peut réaliser des films avec des petits anges, des sorcières et Johnny Depp. La seule différence entre Burton et le commun des mortels, c'est que ce dernier ne touche pas trois millions par film (pour les pourcentages, avances sur recettes, produits dérivés et tutti quanti) et ne bénéficie pas de cent millions de dollars de budget pour la mettre en œuvre.

Je ne dis pas non plus que Burton est le dernier des cons (Sleepy Hollow, Edward aux mains d'argent, Beetlejuice...), mais simplement qu'il ne faut pas l'accabler de compliments – déplacés à mon goût. Voilà, passons donc au film. En faisant un come-back fracassant, l'engouement en salles fut élevé en intensité et en durée (4 millions de spectateurs en plein été : chapeau), pour une œuvre fédératrice et destinée à un public de 3 à 103 ans. Pourvu de qualités artistiques indéniables, ce Burton-là s'ajoute à sa liste de réussites.

Les décors, tous réels (au nombre de 104), sont admirablement bien conçus, la musique, quoique assez bizarroïde, colle bien à l'action, la photographie, somptueuse, est admirable. C'est bien joué. Maintenant, une fois de plus, la majeure raison de voir le film fut : Jooohnnyyy Depp !!! (je revois une scène à la télé où une gamine de 11 ans répondait ça en hurlant au journaliste lui demandant : pourquoi est-tu allée voir ce film ?) Et je m'incline : il illumine ce long-métrage décalé de sa présence fantastique, de ses gestes willywonkiens et de son jeu diversifié au possible.

Il s'ajoute à une histoire archi-connue mais éternelle, qui se veut moraliste : les quatre salopards de « fils de riches » voient les malheurs les affubler, alors que Charlie, seul « innocent », sera le propriétaire de la chocolaterie, car digne de confiance. Sympathique quoiqu'un peu naïf et simplet, les aspects techniques impeccables satisferont les plus pointilleux, et émerveilleront sans doute les plus jeunes esprits. Un divertissement haut de gamme dont on sort rajeuni.

Bien ficelé, concis, précis : « Charlie et la chocolaterie » fait mouche. De par son universalité, tous seront conquis. En espérant juste revoir Burton s'attarder à des projets plus noirs et sombres, qu'il maîtrise mieux selon moi.

La note: 14,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?

Filmographie (extrait) Tim Burton:

1988 – Beetlejuice
1989 – Batman
1994 – Ed Wood
1999 - Sleepy Hollow - La Légende du Cavalier sans tête
2005 – Les Noces Funèbres
# Posté le jeudi 01 février 2007 13:55
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:38

Chat noir, chat blanc (Emir Kusturica)

Chat noir, chat blanc (Emir Kusturica)
Chat noir, chat blanc (Titre original : Schwarz Katze, Weiss Katze)

Réalisé par Emir Kusturica – 1998 – France / Allemagne – Couleur – 2heures 11minutes – Lion d'argent au Festival de Venise 1998

Avec Barjam Severdzan, Srdan Todorvic, Branka Katic...

Citation du film: "Tes parents te regardent depuis là-haut." "Ils ne peuvent rien voir, il y a des nuages."



Résumé: Matko (Barjam Severdzan), pour faire fortune, tente de détourner un train chargé d'essence. Mais, roulé par ses complices, il s'est endetté auprès d'un parrain de la mafia serbe et auprès de Dadan, qui accepte de passer l'éponge à seule condition : son fils doit épouser sa sœur, une idiote au caractère impossible...


Critique: production franco-germanique pour Kusturica, quand même double palmedorisé quand on y réfléchit (« Papa est en voyage d'affaires » en 1985, et « Underground » dix ans plus tard). « Chat noir, chat blanc » est très sûrement son film le moins accessible.

Personnellement, je conseille à ceux qui veulent le voir de regarder d'abord d'autres Kusturica ou de lire vingt-cinq livres sur lui, car celui-ci s'avère le résumé de tout son cinéma : barge, loufoque, dingue. C'est également un film à voir reposé : il y a déjà tellement d'agitation sur l'écran qu'en rajouter ne serait pas raisonnable. Pour clôturer ce premier paragraphe, j'ajoute que j'accroche difficilement à son cinéma, que je trouve certes élégant esthétiquement parlant mais peu expressif, trop déjanté et fantasque pour être efficace.

« Chat noir, chat blanc » en est la preuve parfaite : rien n'est pris au sérieux, tout fout le camp, la musique abonde dans tous les sens, les personnages boivent, fument n'importe quoi...L'histoire (déjà complètement dingue, voir le résumé) en devient peu compréhensible, car obstruée par de longues scènes sans intérêt majeur, sinon mettre du folklore et de l'ambiance. De ce côté-là, c'est réussi : les fêtes gitanes donnent envie de se lever au milieu de la salle et taper le siège devant soi, et les héros portent tous en eux une bonne dose de folie.

Le grand Emir l'a toujours dit : il préfère aveugler la réalité (mais elle reste omniprésente) par une touche de poésie et de fantaisie qui lui est propre, pour révéler en nous la part de déraison qui sommeille. Il veut tirer du réel parfois dur (la guerre, dans « Underground ») des sources d'humour, alors forcément ravageur et irrésistible. Cela n'empêche que même si j'admire le talent et le style de Kusturica, ce film m'a un peu ennuyé malgré l'action soutenue. Inoubliable néanmoins : l'homme pendu au passage à niveau, hommage au facteur de « Jour de fête », de Tati.

Un clair grain de folie, une obsession à mélanger références diverses et burlesque moderne : Kusturica est un personnage à part. Mais « Chat noir, chat blanc » est son film le plus commercial, et il souffre de son scénario alambiqué. De belles prestations d'acteurs, de jolies scènes...il filme l'amour comme Wilde l'écrit. Seuls les amateurs du bonhomme seront conquis.

Critique de Cyril

La note: 11 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?

Filmographie (extrait) Emir Kusturica:

1981 – Te souviens-tu de Dolly Bell ?
1985 – Papa est en voyage d'affaires (Palme d'Or)
1995 – Underground (Palme d'Or)
2004 – La Vie est un miracle (Compétition à Cannes)

2005 – Président du jury du Festival de Cannes
# Posté le samedi 03 février 2007 06:45
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:38

Les Braqueuses (Jean-Paul Salomé)

Les Braqueuses (Jean-Paul Salomé)
Les Braqueuses

Réalisé par Jean-Paul Salomé – 1994 – France – Couleur – 1heure 27minutes

Avec Clémentine Célarié, Jacques Gamblin, Annie Girardot, Alexandra Kazan...



Résumé: quatre femmes mènent une vie de bohème. Pour sortir la tête de l'eau et rembourser leurs dettes, elles décident de cambrioler des banques. Jusqu'au jour où elles tentent un casse censé les mettre définitivement à l'abri du besoin...


Critique: Ah, quel bonheur de retrouver mon Jean-Paul Salomé adoré ! Je l'avais perdu de vue depuis l'inoubliable « Belphégor : le Fantôme du Louvre », et le retrouver en aussi bonne forme me réjouit. Va-t-il battre la note catastrophique de ce dernier ?

« Belphégor » était marquant, par son esthétique merdique et son scénario honteux, écrit par des enfants en petite section de maternelle. « Les Braqueuses », quant à lui, casse la baraque dans tous les domaines : filmé avec les pieds (ça bouge tout le temps, c'est inesthétique, c'est gerbant), scénario minable (les répliques pipi-caca affluent, les vannes pas drôles aussi), actrices déjantées qui font de leur mieux pour sauver le tout ; le tableau est noir pour Salomé.

Il n'a pas suivi mon conseil, qui était de prendre des cours de cinéma (il n'y a pas de honte, vous savez). Affolant de stupidité, « Les Braqueuses » est un film de filles, fait pour les filles mais réalisé par un homme. Beaucoup trop de détails crados (les couches sales, qu'on nous ressort vingt fois dans le film), des scènes débiles (l'étudiant qui veut faire l'amour avec sa professeur), des clichés en tous genres (le jeune rebelle qui s'appelle Abdel, la femme fatale à deux balles...), j'en ai la tête qui tourne. Salomé, lui, a les oreilles qui sifflent.

Je finis cette critique (je n'aurai même pas dû la faire, c'est rendre hommage au film) par une note positive : Jacques Gamblin, excellent comme d'habitude, qui permet aux braqueuses de doubler leur note (et oui, je suis généreux). Nul, nul, et renul, on dirait un téléfilm produit par Arte avec des scénaristes de « Plus belle la vie ». En plus, un gros braquage final, d'accord, mais pourquoi quatre braquages de force égale ? Allez, je cesse de me torturer l'esprit : considérons ça comme une bouse ambulante, sans prétention, qui amusera les centres aérés en cas de « sortie au zoo annulée ».

Les blagues pipi caca prout, ce n'est plus de votre âge, voyons. Monsieur Salomé, un effort : pensez que vous obtenez toujours un budget pour tourner vos merdes, alors que des centaines de jeunes cinéastes prometteurs et talentueux n'obtiendront jamais le dixième de ce que vous touchez.

Critique de Cyril

La note: 1 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film ?
# Posté le mardi 06 février 2007 16:29
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:38