"Tous mes films témoignent de mon mépris pour les oppositions manichéennes. Je ne crois pas que les femmes soient du côté du bien et les hommes du côté du mal. Disons juste qu'elles me semblent avoir moins de préjugés. Elles m'inspirent davantage pour la comédie, l'humour, les choses lumineuses...Peut-être parce que je me prends moi-même comme référence pour mes personnages masculins."
Né à Calzada de Calatrava, dans la province de Ciudad Real, Pedro Almodóvar Cañada est issu d'une famille modeste et reçoit une éducation très marquée par la religion. Passionné de cinéma, il déménage à Madrid à l'âge de dix-sept ans dans l'espoir d'intégrer une école de cinéma, mais celle-ci ferme ses portes à la même époque et, pour subvenir à ses besoins, Pedro doit travailler à la Telefonica, compagnie nationale du téléphone où il restera pendant douze ans. Cet emploi lui permet d'acheter une caméra et de réaliser plusieurs courts métrages qui, présentés de 1972 à 1978 dans le circuit de l'underground, séduisent le milieu de la movida madrilène.
Prolifique, talentueux et plein d'énergie, Pedro Almodóvar devient rapidement une figure incontournable de la movida avec ses courts-métrages mais aussi avec des scénarios de bandes dessinées, des nouvelles, du théâtre et son groupe de punk-rock : Almodóvar y McNamara. En 1980, il réalise son deuxième long métrage "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier" (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton) réalisé à partir d'un roman-photo, avec des moyens de fortune et le soutien de la comédienne Carmen Maura. Dans ce film figurent déjà les avant-signes de son ½uvre future, tant sur le plan thématique avec les complexes démêlés sentimentaux et sexuels de personnages plus ou moins marginaux, que sur le plan stylistique avec un regard résolument contemporain, des appels constants à la culture populaire (bandes dessinées, presse à scandale, roman de gare) et une étonnante liberté de ton.
Sous des dehors kitsch et décadents, le talent d'Almodóvar se révèle dès ses premiers films celui d'un moraliste et d'un fin critique des préjugés et des idées reçues. En maniant avec finesse, la sympathie, l'humour et l'émotion, il invite le spectateur à regarder l'autre, quelle que soit sa différence, avec ouverture et compassion. Cette préoccupation est au c½ur du "Labyrinthe des passions" (Laberinto de Pasiones, 1982), de "Dans les ténèbres", de "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?" (Que he hecho yo para merecer esto ?, 1984), portrait étonnant, dans le milieu ouvrier, d'une mère opprimée mais invincible, incarnée par Carmen Maura. Après "Matador" (1985) et "la Loi du désir" (la Ley del deseo, 1986) dont le personnage principal, un réalisateur de film underground, est peut-être un autoportrait, Almodóvar réalise "Femmes au bord de la crise de nerfs" (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988), une superbe comédie au style visuel sophistiqué, qui remporte un très grand succès international. Le réalisateur révèle dans ce film toute l'euphorie d'un pays délivré du joug franquiste, jouissant d'une liberté nouvelle et d'un bel essor économique. Il enchaîne avec "Attache-moi !" (Atame ! , 1989), une comédie sentimentale, burlesque et attachante, réunissant un couple irrésistible interprété par Victoria Abril et Antonio Banderas.
Dans les années 1990, son style se fait plus rigoureux, moins systématiquement kitsch et délirant. Ce virage est amorcé dans "Talons aiguilles" (Tacones lejanos, 1991), un mélodrame sentimental sur fond d'intrigue criminelle avec notamment Marisa Paredes, Victoria Abril et Miguel Bose, qui constitue une ½uvre plus profonde et plus épurée que par le passé, même si elle conserve la marque très personnelle du réalisateur, son goût des marginaux, de la culture populaire et des couleurs vives. Après "Kika" (1993), "la Fleur de mon secret" (la Flor de mi secreto, 1996) et "En chair et en os" (Carne tremula, 1997), Pedro Almodóvar a remporté un nouveau grand succès, à la fois public et critique, avec "Tout sur ma mère" (Todo sobre mi madre, 1998), interprété par Cecilia Roth et Marisa Paredes: un éblouissant mélodrame qui confirme son rang dans la lignée des très grands metteurs en scène européens.
Il emportera à nouveau l'adhésion de la critique et du public pour "Parle avec elle" (Habla con ella, 2002) qui raconte cette fois l'histoire d'un homme amoureux d'une danseuse dans le coma. Avec "La Mauvaise Education" (La Mala Educacion, 2004), il révèle un acteur très prometteur: le talentueux Gael Garcia Bernal, qui livre dans ce film une prestation des plus troublantes. Enfin, son dernier long-métrage, "Volver" (2006), est présenté en compétition à Cannes et remporte le Prix d'interprétation féminine et le Prix du scénario, ainsi qu'un franc succès dans le monde entier.
Décalé, à la vision trouble et dérangeante, Pedro Almodovar est un grand amoureux des femmes, malgré sa bisexualité, et avec Buñuel, le plus grand cinéaste que l'Espagne ait connu.
Biographie de Cyril (sources documentaires: Microsoft Encarta 2002)
Filmographie (extrait) Pedro Almodovar:
1986 - Matador (avec Antonio Banderas, Carmen Maura...)
1988 - Femmes au bord de la crise de nerfs (avec Antonio Banderas, Carmen Maura...)
1991 - Talons aiguilles (avec Victoria Abril, Marisa Paredes...)
2004 - La Mauvaise Education (avec Gael Garcia Bernal)
2006 - Volver (avec Penelope Cruz, Carmen Maura...)
Mon avis à propos d'Almodovar:
J'admire sa maîtrise de l'image et sa capacité à diriger les acteurs, mais je trouve qu'il ne se renouvelle pas assez. Dans chacun de ses films, j'attends l'arrivée du travesti, de l'homosexuel, du psychopathe, de la prostituée...Dès que j'en vois un, je l'oublie deux heures après. C'est dommage : il devrait selon moi se mettre au vert et retenter une comédie dans la même veine qu' « Attache-moi ! ». En revanche, il est au sommet de son art : ses trois derniers sont ultra-réussis, et ont été consacrés par diverses prix. Preuve que c'est un cinéaste en devenir (bien que déjà devenu), qui nous épatera encore par l'avenir.




