Réalisé par Sofia Coppola - 1999 - USA - Couleur - 1heure 29minutes
Avec Kirsten Dunst, Josh Hartnett, Danny de Vito, James Woods....
Résumé: au milieu des années 70, dans une petite ville du Michigan, vit la famille Lisbon. Le père (James Woods) et la mère (Kathleen Turner) sont très chrétiens et interdisent à leurs 5 filles, Cecilia, Lux (Kirsten Dunst), Bonnie, Mary et Thérèse, de sortir. Un jour, alors qu'une boum est organisée pour la première fois dans la maison, la benjamine se suicide. Dès lors, une bande de garçons tenteront de comprendre le malaise de ces jeunes filles au destin tragique; malaise qu'ils s'acharnent encore à découvrir...
Critique: La fille de papa Coppola sort son premier long-métrage. Grâce à son nom et celui du producteur plutôt balèze (qui n'est autre que Monsieur Francis Ford Coppola en personne, soit le père de madame), elle réunit des acteurs en vogue et bénéficie d'un budget très généreux (merci papa). Elle peut aussi se permettre de demander aux allumés fantaisistes du groupe Air de composer la musique du film. Elle peut aussi être très douée. Elle peut aussi faire un chef d'oeuvre.
La suite nous l'a démontré: Sofia Coppola, ex-petite amie de Quentin Tarantino, est une, sinon la, plus grande cinéaste féminine de tous les temps (on peut aussi citer Jane Campion, Mimi Leder et Nicole Garcia). En deux films, elle fait preuve d'un génie tel que tous ce sont précipités pour obtneir un rôle avec elle: après "Virgin Suicides", annonçant qu'elle préparait un film assez glauque sur deux personnes enfermées dans un hôtel qu'elle veut appeler "Lost In Translation", un nombre incalulable de stars se sont disputés les deux rôles principaux. Accrochez-vous: Will Smith, Adam Sandler, Hugh Grant, Matt Damon, Jamie Foxx, Johnny Depp et même Tom Cruise seraient entrés en contact avec l'agent de Sofia Coppola pour obtenir le rôle, qui ira finalement à Bill Murray. Les prétendantes féminines n'en étaient pas moins prestigieuses: Reese Witherspoon, Charlize Theron, Julia Roberts, Catherine Zeta-Jones. Bref, la toute jeune Sofia Coppola, avec deux films au compteur, encense un triomphe critique est public, et s'impose comme la "reine" du cinéma actuel. Revenons au film.
Que dire de cet enchantement visuel auquel nous assistons? Tout, absolument tout est délicieux dans cette étrange vision de la vie. La Reine Sofia nous plonge dans les méandres de cinq vies bien troublées, et ce avec suspense: dès la première seconde (même rien qu'en voyant le titre) on sait qu'un malheur va arriver. Et rien ne peut être si parfait, si idyllique. Ce coulis de fraises succulent recèle un coeur de douleur. La douleur ressentie par ces jolies filles en détresse. C'est triste de les voir ainsi perdues; on a l'impression d'être voyeurs, à observer ces créatures de rêve dériver. Et Sofia nous décrit cela avec à la fois un réalisme poignant et une poésie douce et envoûtante. C'est beau, c'est pur, c'est mystérieux. Virgin Suicides prouve que le tragique, la douleur et la tristesse jaillissent du plus beau des bonheurs: à l'image de la mère, ultra-autoritaire, qui en découvrant le suicide de quatre de ses filles, s'en va et ne prononce qu'un énigmatique "Mes filles n'ont jamais manqué d'amour".
Et quelle excellente idée de tourner cette histoire tragique sous forme d'éternelles questions: le film n'est en fait que des questions; vingt ans plus tard, tous ceux qui ont vécu et connu les 5 soeurs témoignent, essaient de reconstituer le passé, et surtout, de le(s) comprendre. Car LA question qui résulte du visionnage est inévitablement celle-ci: Jusqu'où doit-on aller pour protéger ses enfants? Au-delà de cela, le film mène une profonde réflexion sur le suicide et sur le malaise des adolescents: or, ce n'est pas le nouveau film de Larry Clark, mais les ressemblances avec son oeuvre sont flagrantes. La seule différence vient du fait que Sofia Coppola illustre ce qui ne pourrait être qu'un fait divers avec une atmosphère féerique, qui se dégrade, pour aboutir au suicide des soeurs.
Justement, les soeurs. Elles sont le fruit d'une fascination dans le film (c'est la matière essentielle des questions de leurs anciens amis) et pour le spectateur: toutes de jolies blondes au visage troublant, elles insufflent une touche de romantisme, de beauté, et contribuent à l'aspect provoquateur et fascinant de ce coup d'essai maîtrisé. La réalisation est quant à elle parfaite: les plans sont d'une pureté stupéfiante, à l'instar des décors colorés de la ville. Pour simplifier, tout est réuni pour créer un chef d'oeuvre intriguant, profond, beau, fascinant et éternel.
Avec une sélection en Quinzaine des Réalisateurs, Virgin Suicides inspire beaucoup de choses: c'est une véritable leçon de cinéma, une réussite à montrer aux étudiants en cinéma ou à ceux qui, trop fiers, auraient besoin d'être embrouillés. Sofia Coppola est grande, contrairement aux dires de certains. Très grande.
Critique de Cyril
La note: 17 / 20
Et selon vous, quelle note mérite le film?



