Réalisé par Pascale Ferran - 2006 - France - Couleur - 2heures 39minutes - Prix Louis Delluc 2006, 5 César dont meilleur film, actrice, scénario d'adaptation, costumes...
Avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot...
- 16 ans
Citation du film: évoquant le sexe de Parkin, "Oh, mais c'est tout petit! Un petit bourgeon!"
Résumé: Clifford Chatterley (Hippolyte Girardot) possède une mine aux abords de la ville de Wrasby, en Angleterre. Revenu de la première guerre Mondiale en Flandre, il est paralysé du bas du corps et ne peut donc avoir de relation sexuelle avec son épouse Constance (Marina Hands). Celle-ci va se lier avec Parkin (Jean-Louis Coulloc'h), le garde-chasse du domaine forestier des Chatterley. Rapidement, elle va découvrir avec lui la sexualité, sauvage et bestiale, et se livrer à des jeux sensuels...
Critique: second film de Pascale Ferran, cinéaste atypique trop rare (son dernier film pour le grand écran remonte à "Petits Arrangements avec les Morts", en 1994), venu faire un hold-up aux César, prenant au dépourvu les "Indigènes" et autres "Coeurs".
Incroyable. Je sors du cinéma et en suis absolument retourné. Une leçon. Oui, je crois que c'est comme cela que ça s'appelle, quand un cinéaste fait une démonstration de mise en scène et d'élégance en qui plus est deux heures quarante. Avant d'être un film érotique, "Lady Chatterley" est une histoire de "chemin vers la vie", comme j'aime à l'appeler; Constance, grâce à sa découverte de la sexualité, va devenir femme, et Parkin, en retombant dans les bras d'une femme, va retrouver son statut d'homme. Une magnifique épopée vers la quête de soi-même, ponctuée par du sexe explicite et des photogrammes aux accents naturalistes du meilleur effet: tourné dans de sublimes décors, le récit s'inscrit dans un cadre enchanteur; pour le moins, cela fait ressortir la comparaison avec la crasse des mines environnantes.
On devine par moments les bribes d'une réflexion sociale, sur la condition des mineurs anglais dans les années 20. Mais la trame reste fixe, imperturbable: c'est la renaissance de Constance Chatterley, le portrait d'une jeune femme en proie aux conséquences d'un mauvais mariage, en proie au spleen et à l'ennui qui la guette, dans ces plaines brumeuses. Scandaleux? Le livre l'était (la censure l'avait bien compris), mais le film, outre une scène rousseauiste où Marina Hands et Jean-Louis Coulloc'h courent en hurlant, nus, sous une pluie diluvienne, cherche sûrement à approcher la frontière avec le pornographique mais dans le but, à mon avis, d'attribuer au film un statut particulier, non pour choquer gratuitement.
Et quelle finesse, c'en est incroyable. Parfois, Ferran utilise des travellings caméra à l'épaule, pour lesquels mon professeur de cinéma me hurlerait dessus, d'où surgissent une beauté issue de l'imprévu, de cette audace, de cette volonté d'oser. D'oser aussi filmer les sexes, d'oser dépeindre cet amour sulfureux en alliant joie évanescente et accouplements crus. Je retrouve peut-être une petite touche de Bruno Dumont, mêlée à une grande influence de Ferran: Alain Resnais (des plans rappellent "Hiroshima mon amour"). Les deux heures quarante s'envolent. Je sors transi; quel tour de force. Révélation de Marina Hands, qui s'impose littéralement, subversivité de la réalisation, conduisant à la beauté...quoi reprocher à Lady Chatterley? De virer légèrement au pathos en fin de film? Non, c'est le livre de Lawrence qui veut cela. La voix-off très rare, qui surgit comme un cheveu sur la soupe? Peut-être: sans intervention du narrateur, l'on aurait jamais été sortis hors de ce lieu paradisiaque où fourmillent les passions.
Remarquable, tant dans la recherche des métaphores (celle de l'oiseau, qui "vole de ses propres ailes") que par la cohérence des séquences, qui, longues pour la plupart, fonctionnent indépendamment mais forment un ensemble effleurant la perfection visuelle: "Lady Chatterley" n'a eu que trop peu de César. Triste quand on sait que le film de Bouchareb nous a représentés aux Oscar. Avis aux amateurs de raretés cinématographiques: guettez la sortie en DVD. Le meilleur film de l'année 2006.
Critique de Cyril
La note: 18 / 20
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