Sergent York (Howard Hawks)

Sergent York (Howard Hawks)
Sergent York (Titre original: Sergeant York)

Réalisé par Howard Hawks - 1941 - USA - Noir & Blanc - 2heures 06minutes

Avec Gary Cooper, Joan Leslie, Walter Brennan...



Résumé:
en 1916, dans une contrée au fin fond du Tennessee, Alvin C.York, paysan mais redoutable tireur, achète une terre fertile dans une vallée en vue de son mariage avec la belle Gracie. Mais le propriétaire la vend entre temps à Zed, son ennemi juré. Un soir d'orage, Alvin, ivre, se rend à cheval chez lui pour l'abattre mais la foudre frappe son fusil. Il perçoit alors le message de Dieu, et se convertit, jurant de ne plus faire de mal à personne. Mais la première guerre mondiale est déclarée, et tous les jeunes américains sont mobilisés.


Critique:
le film de Hawks réalisé juste après l'excellent "La Dame du Vendredi". En pleine gloire - et surtout en pleine deuxième Guerre mondiale -, "Sergent York" est un film mineur et atypique de son réalisateur, quasiment oublié.

Bien que l'un des plus grands rôles de Gary Cooper au cinéma, ce film pâtit de nombreux défauts, impropres et inhabituels chez l'exigeant Hawks, réputé très méticuleux. De maintes incohérences nous amènent de facto vers le but du film, inacceptable: donner une image positive de la guerre, donner le moral et faire vibrer l'élan patriotique des soldats américains à l'heure où s'annonce une nouvelle mobilisation, pour l'entrée en conflit des Etats-Unis contre l'Allemagne.

Pour parvenir à ces fins, les scénaristes, au nombre de 4 - dont un certain John Huston - concoctent des péripéties débiles en fin de film, pour promouvoir une bonne image de l'armée et ainsi donner envie aux jeunes mâles gaillards de s'y engager. La première heure est une brillante représentation de la société rurale américaine, avec ses valeurs (le partage, l'entraîde, la religion, le travail...) et ses stéréotypes (le vieux vétéran, la mère bonne-à-tout-faire, la pasteur magnanime...), mais dès la déclaration de guerre, la machine s'enraye.

Tous les moyens sont déployés pour rendre l'armée positive: on nous dépeint des colonels amicaux, avec qui on peut rigoler, une joie de vivre digne d'une colonie de vacances, des tâches des plus simples à effectuer...Ainsi, la recrue York, pour son habileté au tir, est nommé caporal en deux jours, et à même droit à une permission pour retourner dans sa vallée au près de sa bien-aimée. Ensuite au combat, il brille et tue vingt mittrailleurs aisément. Devenu un héros national, il reçoit quatre médailles militaires, est accueilli en héros dans le monde entier, se voit en couverture de journaux français, allemands, chinois...

Désolé de vous raconter la fin, mais c'est tellement drôle, tant l'irréalisme du dénouement semble vouloir se conjuguer avec des éléments ancrés dans le réel (nous voyons le Maréchal Foch, des batailles avérées, et le héros a été conçu à partir des mémoires d'un soldat). C'est au moins un film de guerre joyeux: on finit dans la joie et la bonne humeur, avec toujours le côté religieux qui prend la mise - "si je suis en vie, c'est grâce à Dieu. Tiens, parlons-en de sa conversion. Elle arrive, comme tous les caractères des personnages, beaucoup trop vite. L'ennemi devient le meilleur ami, le pêcheur est pardonné à la vitesse de l'éclair...merci Jésus, très sincèrement.

Vous comprenez que ça puisse frôler le ridicule à certains moments. Dommage, car la réalisation et la mise en scène sont des plus fines (les déplacements dans le cadre sont fluides et harmonieux, rare pour un film de cette trempe); ce qui prouve bien que Hawks est un grand metteur en scène, puisque non responsable de ce honteux scénario, seul paramètre qui fait défaut au "Sergent York".
Critique de Cyril

La note: 12 / 20

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# Posté le lundi 13 juillet 2009 06:59

The Wrestler (Darren Aronofsky)

The Wrestler (Darren Aronofsky)
Un film de Darren Aronofsky. USA - 2009

Avec Mickey Rourke, Evan Rachel Wood...


Résumé: A la fin des années 80, Randy, dit The Ram ("Le Bélier"), était une star du catch. Vingt ans plus tard, il ne se produit plus que dans des salles de gym de lycées ou des maisons de quartier... Mais lorsqu'il est foudroyé par une crise cardiaque, son médecin lui ordonne d'abandonner la lutte : un autre combat pourrait lui être fatal. Contraint de se ranger, il tente de renouer avec sa fille et, dans le même temps, entame une liaison avec une strip-teaseuse vieillissante. Pourtant, son goût du spectacle et sa passion pour le catch risquent bien de reprendre le dessus et de le propulser à nouveau sur le ring...

Critique: Aronofsky déclarait avoir besoin de temps pour concevoir ses films et justifiait ainsi les cinq années qui séparent Requiem for a Dream de The Fountain, son dernier film mal reçu par le public. The Wrestler arrive deux ans après et se présente comme la rédemption d'un vieux lutteur qui prend conscience, une fois la gloire passée, de sa solitude et de la tristesse de son quotidien. On l'a déjà dit dans les médias, Mickey Rourke, qui fut boxeur quelques temps et a lui aussi connu une carrière en dents de scie, partage la vie du héros qu'il incarne sous plusieurs aspects: la mode est aux come-backs. Pour en revenir à Aronofsky, on se souvient de lui comme un metteur en scène frénétique qui jouait avec le temps, le décomposait et faisait naître la violence par un montage épileptique (Requiem for a Dream): un auteur définitivement en phase avec le paysage cinématographique américain, dans lequel un regard sur la société s'épanouit grâce à une forme sans cesse renouvelée et qui tire sans cesse vers l'excès (excès de plans, excès de violence...) pour trahir celui de la société dans laquelle nos amis d'outre-Atlantique vivent. The Wrestler, s'il n'est peut-être pas le film de la maturité, est l'affirmation d'une démarche artistique conjointe à la tempérance du style fou de son auteur. Aronofsky opère de véritables choix de mise en scène: il suit Rourke de dos durant la première partie du film, comme pour signifier les « zones d'ombre » de cet homme dont le présent (si triste) s'offre à nous mais dont le passé (que l'on sait glorieux au vu des affiches qui parsément son mur durant le générique) demeure vague.

Déchu, The Ram lutte dans des MJC devant quelques dizaines de fans nostalgiques qui emmènent avec eux leurs enfants. Son quotidien qui nous apparaît misérable au travers de quelques scènes souvent très émouvantes (une séance de dédicace où personne excepté un garçonnet ne le sollicite, une relation sexuelle crue dans les toilettes d'un bar...) et met en évidence deux lignes temporelles: d'un côté, The Ram est attiré vers le passé (la figurine en plastique à son effigie qui trône sur le cadran de bord de sa voiture, le jeu vidéo Nintendo le représentant...sont autant de signes qui le retiennent dans sa quête d'une nouvelle vie). De l'autre, et c'est une direction qui apparaît après sa crise cardiaque au milieu du film, il est désireux d'un futur nouveau: il reprend contact avec sa fille et trouve un travail régulier pour abandonner le catch. Le film est, bien plus qu'un simple « film sur le catch » (ce n'est d'ailleurs pas le cas, le catch n'apparaissant qu'assez peu au final), un combat pour sortir du passé, se débarrasser de son autre soi (son personnage: The Ram) et devenir un homme responsable, comme si le catch n'était qu'un jeu d'enfants.

Cette double ligne temporelle introduit la question du corps: Randy régresse vers l'enfance lorsqu'il joue au jeu vidéo dont il est la vedette, quand il se montre incapable de déclarer sa flamme ou quand il ne trouve plus les mots pour se faire aimer de sa fille. Sa crise cardiaque le « rattrape » dans sa course vers la vie et met un frein à ses ambitions de passé, en premier lieu le catch: le corps est donc un facteur déterminant pour cet homme extrêmement musclé dont le corps ne connaissait jusqu'alors pas de limites. La vieillesse pointe le bout de son nez et lui impose de se conformer, de devenir un homme normal, avec un travail normal (il subit en effet un rejet de la société: son patron le méprise lui et « les gros tas de muscles sur lesquels il s'assoit le dimanche »), une vie de famille. Aronofsky utilise intelligemment cet impératif corporel en l'employant au service de l'intrigue: le corps et en particulier le coeur de Randy deviennent une épée de Damoclès prête à lâcher.

Le véritable tour de force du film est de mettre en scène ce combat pour une « vraie » vie, une vie hors des artifices du show, une vie où contrairement au catch, on ne se fait pas mal physiquement. Randy, dans l'une de ses dernières répliques, avouera à son amie strip-teaseuse sa douleur de n'avoir pas de famille; quelques minutes plus tôt dans le film, il se fait retirer des agrafes de la poitrine. Son passé, que nous ignorons, n'est par définition pas dans le film. Nous débutons dans le processus in media res et sommes témoins de la difficulté de Randy à allier sa vie et sa vie de catcheur. La fin, sommet du tragique, voit le catch triompher fatalement de lui. Son échec à mener une vie « normale » le contraint à retourner, selon ses propres mots, auprès de sa seule famillle: le public. Le catch devient ici ni plus ni moins la métaphore du cinéma: sur le ring, Randy existe comme l'image cinématographique existe. Aronofsky fait du ring un espace où paradoxalement, il n'y a pas de violence: le catch apparaît en tant que spectacle, et le ring devient une scène où Randy, tel l'acteur acclamé, se sent vivre enfin, paisiblement. Le catch le dévore, lui et la vie qu'il essaie de se construire, si bien que les rayons de supermarché qu'il ravage à la fin du film symbolisent le déteignage de ce sport - où l'on sort si facilement du ring - sur la vie réelle: jusqu'à, comme les dernières séquences le suggèrent, devenir la vie.

Aronofsky offre à Mickey Rourke sans doute le rôle de sa vie et réalise un film complexe et retors sur la difficulté de trouver sa voie et de vieillir dans sa tête quand le corps, lui, paraît résister. The Wrestler est d'une beauté folle et assène un violent powerbomb aux films de rédemption conçus autour de la boxe en faisant assumer au catch son statut d' « art du faux » voire d'art tout court. Sans doute l'un des plus beaux films de ses cinq dernières années.

Ma note: 19/20

# Posté le lundi 16 février 2009 12:53

Whatever Works (Woody Allen)

Whatever Works (Woody Allen)
Whatever Works

Un film de Woody Allen - 2009 - USA. Avec Larry David, Evan Rachel Wood...



Résumé: Boris Yellnikoff est un génie de la physique qui a raté son mariage, son prix Nobel et même son suicide. Désormais, ce brillant misanthrope vit seul, jusqu'au soir où une jeune fugueuse, Melody, se retrouve affamée et transie de froid devant sa porte. Boris lui accorde l'asile pour quelques nuits. Rapidement, Melody s'installe. Les commentaires cyniques de Boris n'entament pas sa joie de vivre et peu à peu, cet étrange couple apprend à cohabiter. Malgré son esprit supérieur, Boris finit par apprécier la compagnie de cette simple jeune femme...

Critique: Woody Allen et ses 74 ans reviennent sur les écrans avec un film annoncé comme mineur après son dernier long-métrage encensé par une presse cinématographique acquise à sa cause et galvanisé par un certain succès public (certes plus européen, comme de coutume, qu'américain). Mineur car la promotion se limitait à quelques affiches sur les abris-bus parisiens, mineur aussi car aucune vedette ne figure au casting sinon peut-être la prometteuse Evan Rachel Wood. D'ailleurs l'affiche elle-même était le vecteur de cet a priori négatif sur Whatever works: une jeune ingénue blonde savourant de la glace en écoutant un homme sénescent lui parlant avec conviction. Les distributeurs ont souhaité mettre en avant ce qui a séduit le public français chez Allen: les situations improbables, « décalées », teintées d'une poésie douce-amère et d'un lointain second degré. D'où cette affiche qui fleurait bon le pastiche d'Allen par Allen, bref, le début de la fin.

Whatever works est à mon sens le film de la « résurrection », le film qui scelle la fin d'un déclin progressif amorcé depuis Scoop en 2006 et qui entraînait peu à peu Woody Allen vers la perte d'une forme de second degré jadis incrusté dans chaque photogramme de ses films, du don qu'il avait de rester « présent » tel un spectre hantant la pellicule. Le personnage charismatique qu'est Allen rappelait sans cesse et silencieusement que lui seul a tous les droits, qu'il est le maître à bord. Scoop et surtout le Rêve de Cassandre avaient perdu ce trait caractéristique et laissaient supposer qu'il perdait de la vigueur en même temps que son audition (Allen est aujourd'hui presque sourd).

Mais ce retour à New York (sur lequel il est inutile de se pencher outre mesure: on a souvent trop souvent considéré son choix de tourner à Londres comme un tournant dans sa carrière alors que cela n'a à mon sens qu'une importance contextuelle et non un sens réel) marque une reconquête du mordant, de l'envie, de l'Allen qui a des choses à dire – des inepties comme à chaque fois mais des choses à dire quand même. La substitution de sa nouvelle muse Scarlett Johansson par une copie presque conforme et de lui-même par Larry David saute aux yeux et témoigne bien d'un nouveau départ, de la fin d'une parenthèse longue de quatre films dans lesquels il a tenté de se rapprocher d'un style plus académique, loin des plans-séquences d'autrefois, et de créer des oeuvres à la cohérence implacable; Match Point et Vicky Cristina Barcelona en premier lieu. Avec Whatever works, Allen semble accepter la malédiction du film décousu, brouillon qui sévit depuis le début de sa carrière: retour vers une bande-son jazz (son propre orchestre figure dans la B.O), abandon d'une composition méthodique et multi-signifiante de l'image (on se souvient de la polysémie des couleurs dans Vicky Cristina Barcelona) qui amène à un film moins retors, moins dense mais à la ligne de conduite droite et inébranlable.

Allen a souhaité réaliser un film « léger »: Whatever l'est en effet par le thème abordé (la quête du bonheur), la simplicité du message-titre (« Whatever works »: « n'importe quoi pourvu que ça marche ») et par sa structure narrative même. Boris, un physicien passé près du prix Nobel a accumulé les échecs, vit seul, en bon misanthrope. Rempli de préjugés sur le sud américain d'où Melody est originaire (il l'imagine peuplé de rednecks et demande à la jeune fille, sur un ton faussement innocent, si « toutes les filles sont comme elle, dans la brousse »), Boris incarne le rat des villes tandis que Melody incarne le rat des champs, deux figures vieilles comme le monde dont les intelligences vont se croiser. Boris, au savoir extraordinaire, va par son mépris initial envers Melody s'abaisser en quelque sorte vers elle tandis qu'elle ne fera qu'acquérir de l'expérience au fil du temps et apparaîtra à la fin du film comme une jeune fille quasiment mature. Leur mariage scelle le croisement de leurs intelligences et également, sur un autre plan, la symbiose des deux figures opposées traditionnelles des films d'Allen (dans Manhattan, la réunion n'allait que jusqu'à une relation sexuelle ou dans Scoop, jusqu'à une simple amitié à l'origine inconnue). Boris et Melody sont inévitablement conduits vers la rupture et le spectateur le sait car les deux apparaîssent le plus souvent dans deux plans dissociés et que la longueur des plans, inégale dans les scènes dans l'appartement, crée un trouble évident. L'ultime réplique vient couper court à ce désordre: Whatever works! (« L'important, c'est que ça marche! »)

Ce qui frappe surtout dans Whatever works, c'est cette adresse du personnage principal à la caméra, dès la première scène; une caméra dont il est le seul à percevoir la présence. Boris converse à travers elle avec le spectateur, sur le mode de la confidence: il évoque la vie et ses aléas (là encore, pas de grandes préoccupations: Allen traite ses sujets habituels que sont le bonheur et l'amour avec beaucoup plus de distance et d'humour). Naturellement, tout porte à croire que c'est Allen lui même qui s'adresse à nous, dressant une satire drôlatique de l'Amérique (il évoque l'élection d'Obama, la supériorité prétendue des New-Yorkais sur les autres Américains) ou affirmant sa croyance en la toute-puissance du cinéma (la « vision globale » comme les personnages le martèlent dans le film). Ainsi Boris (qu'on identifiera ici à Allen lui-même) s'adresse à la caméra, les yeux dans l'objectif: « Je suis le seul à avoir la vision globale ». La situation conflictuelle initiale est résolue: Boris et Woody Allen ont tous deux trouvé le bonheur.

Malgré une problématique qui vous l'aurez compris se montre légèrement simpliste et qui prône le carpe diem par un simple coup de dicton, ainsi qu'un sens de l'ironie retrouvé (ces aphorismes sur l'Amérique) qui peut donner l'impression qu'Allen ne fait qu'ébaucher une critique sociale, Whatever works brille grâce l'amour du cinéma qui transpire de chacun des photogrammes. Un hymne au septième art qui marque un retour à la forme pré-Match Point et consacre les dialogues comme la véritable source d'interprétation valable devant une mise en scène réduite au minimum.

Critique de Cyril

Ma note: 16 / 20

# Posté le lundi 13 juillet 2009 07:07

Là-haut (Pete Docter & Bob Peterson)

Là-haut (Pete Docter & Bob Peterson)
Un film de Pete Docter & Bob Petersen. USA - 2009

Avec les voix françaises de Charles Aznavour et Rachid Badouri...



Résumé: Quand Carl, un grincheux de 78 ans, décide de réaliser le rêve de sa vie en attachant des milliers de ballons à sa maison pour s'envoler vers l'Amérique du Sud, il ne s'attendait pas à embarquer avec lui Russell, un jeune explorateur de 9 ans, toujours très enthousiaste et assez envahissant... Ce duo totalement imprévisible et improbable va vivre une aventure délirante qui les plongera dans un voyage dépassant l'imagination.


Critique: Le réalisateur de « Monstres & Compagnie » (en 2002, eh oui, déjà) Pete Docter retrouve le chemin des écrans avec un film d'animation qui comptera sans nul doute comme l'un des plus rentables de l'histoire du dessin animé. Mais il a également su convaincre les critiques les plus exigeants et a ainsi fait forte impression au dernier Festival de Cannes où le film était présenté en ouverture. « Là-haut » semble donc être un nouvel exemple de compromis parfait entre cinéma d'auteur et cinéma grand public: s'y combinent scènes de divertissement pur et paraboles sur le sens de l'existence, comme à l'accoutumée dans les derniers Pixar. Les prétentions « philosophiques » de ce film restent minces mais suffisent pour reléguer aux oubliettes le temps où des films d'animation stupides et abrutissants parvenaient à truster les premières places du box-office. Cependant, le film a littéralement fédéré toutes les générations et il ne doit pas cela uniquement à sa démarche morale, mais bien plutôt au fait que le héros est un vieillard; pari audacieux que celui d'imposer au jeune public un héros dont il ne partage pas les valeurs – un moyen de tester l'universalité des valeurs que le film met à l'épreuve: peut-on être un aventurier à un âge avancé? Une amitié entre un jeune garçon et un vieillard est-elle possible?

Le film n'adopte heureusement pas un point de vue moral trop attendu qui engendrait la parfaite union du vieux et du jeune: leur tandem est mis à l'épreuve et se trouve parfois au bord de l'explosion. Dans la première partie du film (avant l'envol de la maison) se met en place la présentation du vieillard, aigri mais avec un bon fond, et son opposition à la société dans laquelle il vit. Il ne comprend pas le monde dans lequel il vit et se réfugie dans ses souvenirs (le flash-back émouvant d'entrée de jeu); plusieurs éléments narratifs marquent un mal-être, de cette télévision qui diffuse des programmes absurdes et qu'il regarde d'un oeil mauvais, de cette incompréhension face au jeune scout qui lui explique qu'il ne vit pas avec son père, jusqu'à cette vieille maison elle-même située au milieu d'un chantier d'où devraient émerger des bâtiments futuristes. Le cliché est rebattu mais demeure efficace pour signifier que le vieillard n'a plus envie de la terre et que celle-ci n'a plus envie de lui non plus.

Ce qui finit par provoquer l'envol de la maison et par là même le passage d'une réalité triviale aux couleurs sombres à un monde sublime très coloré (un contraste de lumière qui fait ici figure d'artifice très visible) est l'impossibilité du vieillard de rompre définitivement avec le passé pour refaire sa vie: son passé se cristallise en cette maison pleine de souvenirs (photos de sa femme, vieux meubles...) et en un sens représente sa vie; impossible donc de s'en séparer. On le verra dans la suite du film – où l'analogie maison-vieillard – se confirmera: lors d'un combat contre le grand méchant, l'intérêt porté avant toute chose à la maison validera l'opinion selon laquelle la maison volante est sa vie qu'il porte avec lui. On l'a dit, après avoir quitté la terre et sa réalité terne, les personnages basculent dans un univers sublime où le mal existe pourtant (il a pour source un autre homme exilé du monde). C'est alors que resurgissent les sempiternelles valeurs développées dans ces films d'animation de trempe « philosophique »: l'amour est idéalisé par le souvenir, l'esprit d'aventure rendu possible à tout âge, l'amitié (bien qu'au départ intéressée: le scout veut obtenir un badge de mérite) est indéfectible...

Un film qui se veut donc universel (dans la mesure où il exploite des fantasmes humains tel que celui de voler) mais souffre quelque peu d'une morale trop bien-pensante qui pourrait s'incarner en cette simple phrase: « Les gens qu'on admire ne sont pas forcément des gens bien. » et résulte de la déception du vieillard à la découverte de son idole. De plus, la fin (que je garde secrète) se double d'une ritournelle « écologique » en dénonçant l'homme exploiteur de la nature, ce qui constitue un retour brutal et de fait déplaisant à la réalité que nous avions quitté une heure plus tôt pour l'infinité céleste. Bien-pensant (forcément), « Là-haut » apparaît comme un message d'espoir et un hymne à la vie aussi gigantesque que le ciel, en faisant triompher un octogénaire qui se déplace avec une canne du défi irrationnel qu'il s'est lancé: une véritable revanche sur son corps défaillant, sur la nature. A défaut d'être nuancé dans son propos, le film est dense et ses images sont riches en informations pour le spectateur: le temps où les films d'animations prenaient les gens pour des cons est révolu. « Là-haut » est véritablement une oeuvre de créateurs.

La note: 15 / 20

# Posté le dimanche 09 août 2009 07:16

Brüno (Larry Charles)

Brüno (Larry Charles)
Brüno

Un film de Larry Charles - 2009 - USA. Avec Sacha Baron Cohen...



Résumé: Brüno est un journaliste de mode gay autrichien célèbre pour son émission « Funkyzeit mit Brüno ». Ivre de gloire et après avoir été renvoyé de sa chaîne, il émigre aux USA où il tente sans succès de monter une nouvelle émission, et où il est confronté à l'homophobie de la société...


Critique: Le Royaume-Uni a élu Sacha Baron Cohen comique du pays par des succès publics répétés: « Ali G », assurément l'un des films les plus drôles de la décennie et qui a connu un immense succès en vidéoclub dans l'Hexagone, en 2002, « Borat », faux-documentaire sur les tribulations d'un journaliste kazakh aux Etats-Unis qui s'est rapidement imposé comme un « film-culte », en 2006, et enfin « Brüno », derechef un faux-documentaire, sur un journaliste de mode gay autrichien qui tente de percer aux USA. Ce présent film forme avec le précédent un couple uni par de nombreuses ressemblances, en premier lieu narratives, et peut laisser croire à une gentille variante sur le thème du rejet de l'autre – un mal dont la société américaine est si rapidement et pas toujours à raison montrée du doigt, notamment par les cinéastes. « Brüno », au contraire de « Borat » qui se contentait de dresser une sorte d'état des lieux et sombrait plus souvent qu'à son tour dans une satire sans aucun recul, constitue une véritable évolution: sans doute moins drôle – objectivement – que « Borat » qui plaisait par son côté absurde, à la frontière du burlesque, « Brüno » a des airs de réflexion sur la société américaine, certes, mais est un film à dimension humaine, parfois émouvant, sur l'échec d'un homme à fuir sa véritable nature pour s'intégrer à une société qui pourtant le rejette.

La première partie du film, où Brüno exerce son métier de journaliste de mode à la télévision autrichienne, montre que celui-ci ressent avant tout son homosexualité comme une attitude, un mode de vie en société, un paraître. En Autriche – et par extension dans l'Europe tout entière -, Brüno peut laisser libre cours à ses excentricités: d'où une débauche de sexe et de cuir dès le début du film. Pour ainsi dire, « jusqu'ici tout va bien »: mais le premier élément perturbateur se présente à l'horizon. Sur le chemin de toute personne souhaitant réussir dans le show-business se trouvent les Etats-Unis, un eldorado pour Brüno qui s'y voit déjà riche et célèbre. C'est là que le film prend un magnifique envol: Brüno va faire la découverte amère de son « non-talent », de sa profonde idiotie et va de ce fait chercher à « devenir une star », sans avoir conscience des étapes qui le séparent du but. Pour parer à son manque de capacités, il a immédiatement recours au sexe: la scène où il présente son projet d'émission à une chaîne de télévision américaine (une émission où il fait danser ses parties génitales à l'écran) est une peinture désespérée et de facto touchante d'un homme prêt à tout pour réussir à conquérir une société qui vient de le réduire à l'humiliation.

Apparaît en filigrane une satire douce-amère de la télévision américaine, mise sur le même plan que l'émission que propose Brüno. On le remarque, sous le voile de l'humour se cache la peinture d'une société absolument impitoyable; ce qui n'était pas le cas dans « Borat », loin de là. Une fois que Brüno a pris conscience que l'Amérique ne veut pas de lui parce qu'il n'a pas de talent, il opte pour la dernière solution: choquer l'opinion publique en faisant de son homosexualité son étandard dans sa lutte pour devenir célèbre. Le film vire alors dans un pessimisme terrible: la vie de Brüno est devenue un show permanent (la combinaison en velcro – voir la bande-annonce -,son pantalon qui tombe « par hasard » dans la chambre d'hôtel), une comédie qu'il joue mal, tant et si bien qu'il n'arrive même plus à choquer par ses frasques une Amérique pourtant si puritaine. C'est alors que le film bascule, dans sa troisième et ultime partie, dans un défi ontologique: peut-on vaincre la nature par la culture? Y a t-il un moyen quelconque de dépasser sa nature profonde, en somme, peut-on devenir hétérosexuel de force?

La rencontre de l'homosexualité de Brüno avec l'Amérique s'incarne dans quelques scènes, malheureusement un peu attendues et rebattues, à savoir une bagarre avec des manifestants évangélistes et. une séquence évidente à l'armée où naturellement, Brüno peine à s'intégrer aux jeunes hommes virils de son régiment. Baron Cohen entreprend, en mettant son personnage en scène dans des situations « typiquement masculines » où son héros va devoir prouver sa virilité, de rendre la morale machiste ridicule; un ridicule qui trouve son comble dans la scène où Brüno prend des cours de karaté pour se défendre en cas d'attaques avec des godemichets. La fin que l'on se gardera de dévoiler est un échec de plus, mais un échec qui sonne comme une réponse humaniste et enfin censée à la question sur l'homosexualité. Le nouveau film mené par Sacha Baron Cohen est une grande réussite, parfois entâchée par des « scènes-clichés » ayant la seule vocation de faire ricaner les cyniques (YMCA des Village People sur un plan où des marines effectuent un footing), mais surprenante car on attendait certainement pas autant de recul dans la critique de l'Amérique et surtout pas autant de bienveillance à l'égard de la communauté homosexuelle, dépeinte à travers quelques poncifs mais défendue de bout en bout contre les assauts répétés de la morale à l'américaine. Au final, un film sombre, ambigu et contrairement à « Borat », sensible et tendre (l'amour, à la toute fin du film, pointe le bout de son nez), que les plus grands burlesques n'auraient pas désavoué.

La note: 18/20
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# Posté le samedi 22 août 2009 10:08