Réalisé par Michelangelo Antonioni – 1967 – Royaume-Uni / Italie – Couleur – 1heure 46minutes – Palme d'Or Cannes 1967
Avec David Hemmings, Vanessa Redgrave, Sarah Miles, Jane Birkin...
Citation du film: « Dans un lieu public, tout le monde a le droit d'avoir la paix. » « Pas de ma faute si la paix n'existe pas.»
Résumé: Thomas (David Hemmings), un photographe de mode célèbre et riche prend dans le parc la photo d'un couple. Mais en agrandissant un coin de la photo, il repère un détail qu'il n'avait soupçonné : il voit un pistolet tendu par un bras. Le lendemain, il retourne au parc et découvre un cadavre. Mais est-ce bien vrai ?
Critique: neuvième film d'Antonioni – et de loin le plus admiré, avec « L'Avventura » - « Blow-Up » a consacré son metteur en scène en génie et lui valut les faveurs du jury cannois amplement méritées, loin devant « Accident » de Joseph Losey, Grand Prix cette année-là.
Porte-drapeau d'une Italie à l'apogée en matière de cinéma (les Palmes d'Or en 1960, 1963, 1966, 1967 sont italiennes), Antonioni influença beaucoup de cinéastes actuels : Wong-Kar Waï, Nuri Bilge Ceylan...Blow-Up est incontestablement son chef d'œuvre. Impeccable question plastique (la photographie est superbe – c'est l'œuvre de Carlo DiPalma – la musique est excellente et la mise en scène est révolutionnaire pour un film de 1967), il va de soi que le scénario suive.
Surprenant aussi, les passages muets : il y en a deux principaux, et ils durent dix bonnes minutes chacun. Comme pour dire qu'il vaut mieux laisser parler l'image plutôt que dire des conneries. Mais « Blow-Up » s'avère aussi une plongée profonde dans « l'univers » des artistes (ici, la photographie) et une peinture concrète d'une époque révolue : celle de l'Angleterre des modes, du mouvement hippie et psychédélique, du rock et du blues. Avec Big Ben et Tower Bridge en toile de fond.
Ce qui m'a séduit le plus, c'est ce personnage qu'interprète David Hemmings (à merveille, d'ailleurs). Blasé, prétentieux, infâme par moments et limite alcoolique, il est incarné avec naturel et élégance par ledit acteur, que je ne me souviens pas avoir vu quelque part d'autre. Les autres protagonistes se taillent aussi une part généreuse du bifteck avec des attitudes imprévisibles et spontanées : exactement les préoccupations et aspects du mouvement psychédélique dont le film est contemporain.
Enfin, géniale idée scénaristique que celle de faire reposer tout un film sur la paranoïa, une illusion pure et dure. La dernière minute lève les interrogations qui nous tarabustent durant l'heure 45 qui précède, pour une sensation absolue de génie, de savoir-faire. C'est là qu'on prend conscience qu'Antonioni est un grand : mettre en scène une histoire qui n'existe pas, étudier les fondements de l'art (l'opposition entre concret – le photographe – et abstrait – son ami peintre) et relever la sauce avec une ambiance seventies apportée par la bande originale de Herbie Hancock et des Yardbirds, ce n'est pas à la portée de tout le monde.
Mais il l'a fait, et nous offre une heure 46 qui filent à tout vitesse, et laissent l'impression de ne pas encore savoir ce que c'est que le cinéma. Pas de souci à se faire, il est là pour nous l'apprendre.
Critique de Cyril
La note: 17,5 / 20
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Filmographie (extrait) Michelangelo Antonioni:
1950 – Chronique d'un amour
1957 – Le Cri
1962 – L'Eclipse
1970 – Zabriskie Point
1982 – Identification d'une femme
