Roman Polanski naît le 18 août 1933, à Paris.
Sa vie pourrait être un roman. Polanski vit dans un cauchemar permanent. Il naît en France, où il vit d'ailleurs désormais, quand ses parents, deux ans plus tard, décident de revenir en Pologne, et de traverser l'Allemagne déjà hitlérienne. La guerre éclate. Camp de concentration pour le père et la mère. Cette dernière y mourra. Puis Polanski s'arrange pour s'échapper du ghetto dans lequel il est emprisonné. Il traverse son pays, se fait héberger chez des familles catholiques et ne reviendra à cet épisode qu'en 2002 avec son film Le Pianiste.
Il s'intéresse aux films très vite. Pour s'évader, peut-être? Il retrouve son père à la fin de la guerre. Le jeune Roman sait, alors, ce qu'il veut faire de sa vie. Dès sa jeunesse, dans les années 50, il joue dans des films (Génération d'Andrzej Wajda en 54) et fait son apprentissage à l'Ecole d'Art de Cracovie puis à la Lodz Film School. Il s'initie aux techniques du cinéma, réalise quelques courts métrages remarqués, testant ainsi son humour noir, sa vision étrange des relations humaines, son attirance pour l'étrangeté et la bizarrerie. Il osera même réaliser le premier film polonais d'après-guerre dont le sujet principal n'est pas la guerre. Polanski veut donc faire du cinéma sans être lié à un quelconque patriotisme. Son premier long métrage Un Couteau dans l'eau est nominé aux Oscars (meilleur film étranger) et fera la couverture de Time Magazine.
Faisant parti de la jeune génération montante du cinéma polonais, déjà connu et reconnu, Polanski décide de s'exiler en France, où le cinéma surfe sur la Nouvelle Vague. Il rencontre Gérard Brach, qui lui écrit deux films, Répulsion (lien vers la critique) et Cul-de-sac.
Deux faces d'un même miroir. Les deux sont tournés à Londres, les deux gagnent un prix à Berlin, les deux mettent en scène une des s½urs Dorléac: Catherine Deneuve dans l'un et Françoise Dorléac dans l'autre. Les deux sont de francs succès. Polanski installe alors son univers inquiétant, angoissant, basé sur la psychologie d'êtres qui déraillent, souvent à cause d'une solitude subie. Son talent en fait un héritier du cinéma Hitchcockien. Le cinéaste franco-polonais utilise une narration qui justement ressemble à un cul-de-sac. Il enferme le spectateur dans l'histoire, un labyrinthe (ou un couloir sans issue que celle qu'il a devant lui), et l'oblige à suivre les péripéties du personnage: il n'y a pas de répit, d'échappatoire, et le spectateur doit adhérer à ce vertige, cette fatalité.
Et c'est un peu ce qui lui arrive. Il se place dans un circuit infernal, un cercle infini. Hollywood lui tendra les bras ; il réalisera Le Bal des Vampires (qu'il adaptera en comédie musicale 30 ans plus tard), chef d'½uvre du genre. Puis Rosemary's Baby avec la névrosée Mia Farrow. Polanski a maintenant tous ses thèmes de prédilection en main : la sorcellerie, le mystique, le sang, bref, la plongée dans les enfers. Limite surnaturelle car Rosemary's Baby est une sorte de Psychose touchant non pas à l'½dipe mais à la maternité. Effroyable, le film cartonne. Il conquiert Hollywood et hante les subconscients des spectateurs.
Arrivé à maturité, - il a 35 ans - il va se marier avec l'actrice Sharon Tate. Un an et demi plus tard, en 69, elle se fait assassiner par Charles Manson et sa bande. Une véritable tragédie qui ne fait qu'accentuer le fatalisme du réalisateur. Il repart donc en France et ne reviendra que 5 ans plus tard. Entre temps, il aura adapté Shakespeare et fait tourner Mastroianni dans l'absurde What?
Puis, il repartira de nouveau à Hollywood. Il choisit une star (il n'aime travailler qu'avec les plus grands ou les plus prometteurs), Nicholson, devenu ami, filme Chinatown et offre au 7ème Art l'un des plus beaux films policiers. Artistiquement, cinématographiquement, c'est une leçon de cinéma, où le film noir a toute sa noblesse. Néanmoins, sa vie dissolue et déséquilibrée le conduiront à avoir une relation sexuelle avec une fille de 13 ans.
Sa descente aux enfers le conduira donc à s'exiler (revenir) en France, sous le coup d'une menace juridique (toujours en négociation) américaine. Il devient citoyen frenchy. Et ne pourra plus tourner à Hollywood. Il mettra par ailleurs 25 ans avant de retourner aux sources, la Pologne...
Tess sera son ultime chef d'½uvre. Oscars comme Césars le récompenseront, et ce à juste titre. Il engage désormais des stars européennes : Isabelle Adjani (Le Locataire, qui frôla la Palme d'Or), Nastassja Kinski, ... Les années 70 se terminent. Polanski sonne le glas... En 84, il rédige son auto-bio, un best seller multilingue: "Roman". Et le cinéma, dans tout ça?
Il revient à Cannes en 86 avec un bateau, Jane Birkin et Pirates. Les médias sont là. Le public ne suit pas. Polanski a-t-il perdu la flamme?
Paradoxalement, c'est avec un film typiquement hollywoodien, qu'il va renaître, sans jamais atteindre son niveau artistique d'antan, Frantic. Ce thriller tourné à Paris, rythmé sur du Grace Jones, frénétique au niveau de l'adrénaline, ressemble à La Mort aux trousses. Harrison Ford joue l'américain perdu à qui on a enlevé sa femme. Un homme qui n'en savait pas assez... Il y croise une jeune et jolie comédienne, Emmanuelle Seigner, car Polanski a l'½il rivé sur les femmes. La plupart de ses films ont pour piliers une actrice de fort tempérament, à la séduction indéniable, et aux visages schizophréniques (miel et fiel). Deneuve, Dorléac, Farrow, Adjani, Kinski, Birkin, et plus tard Sigourney Weaver ou Kristin Scott-Thomas ... Polanski recherche ses femmes perdues, cherche la femme.
Ce sera Seigner. L'Emmanuelle. Il l'épouse en 89, et lui donne un rôle dans quasiment chacun de ses films. Leur summum étant Lunes de fiel, paroxysme du sado-masochisme. Polanski rend son cinéma fantasque et baroque, pousse ses personnages dans des extrêmes, jusque dans la marginalité même, rempli ses histoires de souffrances physiques et mentales, internes et visibles. Un cinéma de torture.
Et s'il prend moins de plaisir à tourner, il continuera à faire du théâtre ou de l'opéra comme metteur en scène, à jouer dans les films des autres, à essayer de vivre normalement malgré tous les démons qui l'envahissent, ceux qu'il a vu et ceux qu'il a inventé pour nous.
La Neuvième Porte est une étape ratée vers la rédemption. Il y pactise avec le diable. Le diable est-il féminin? L'Homme est-il si seul?
Il n'y a rien de pathétique en Polanski. Il y a juste un regard un peu amer sur un siècle, et son humanité. Un peu paranoïaque, certes.
Mais comme l'écrivait Peter Bart, en 96, en tant que Rédacteur en chef de Variety : "Pour qui se prend Travolta? On ne fait pas capoter un tournage pour " différences artistiques" avec un réalisateur comme Polanski, qui nous a donné des chefs d'oeuvre tels que Repulsion, Rosemary's Baby, Chinatown ou Tess."
Alors Polanski, malgré ce désenchantement, est revenu dans son pays. Il y a affronté ses souvenirs de shoah. Il a filmé le ghetto de Varsovie, comme pour effacer l'horreur, ou inscrire ses terreurs. Tel son pianiste, il essaye de réparer quelque chose à jamais cassé.
Extrait de la filmographie:
1965 - Répulsion
1968 - Rosemary's Baby
1979 - Tess
1992 - Lunes de fiel
2002 - Le Pianiste




