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Freaks - La Monstrueuse Parade (Tod Browning)

Freaks - La Monstrueuse Parade (Tod Browning)
Freaks - La Monstrueuse Parade (Titre original: Freaks)

Réalisé par Tod Browning - 1932 - USA - Noir & Blanc - 59minutes

Avec Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Rosco Ates...



Résumé: dans un cirque ambulant, une troupe de "monstres" terrorise chaque soir les spectateurs. Ces "monstres" ne sont en réalité que des hommes peu gâtés par la vie: hommes-tronc, soeurs siamoises, nains, unijambistes...Mais les véritables monstres sont plutôt Hercule et sa fiancée Cléopâtre, qui veut séduire le riche nain Hans pour s'emparer de sa fortune...


Critique: véritable choc à l'époque (le film était interdit aux moins de 16 ans), le premier long-métrage de Tod Browning traite d'un sujet que l'on a - hormis quelques petites exceptions, comme "Elephant Man" et "Eraserhead" de David Lynch - jamais revu.

Tous les acteurs, tous décédés à ce jour et absolument inconnus, ont été recrutés en 1932 pour leur difformité physique: Browning ne voulait en aucun cas utiliser de trucages ni d'artifices, il voulait faire du surnaturel avec du réel, d'où la controverse provoquée à la sortie. Autre mérite du film: si "Nosferatu" est le premier film d'horreur, et "The Great Train Robbery" le premier western, "Freaks" est quant à lui un des précurseurs du film fantastique. Beaucoup de réalisateurs attachés au genre - David Lynch, George A.Romero, Dario Argento - avouent d'ailleurs l'admirer (ainsi que l'oeuvre de Browning en général) pour ses qualités dramatiques et artistiques tout à fait révolutionnaires.

Pour commencer, d'un point de vue purement technique, cela ressemble plus à un long-métrage de 1950 que de 1932: la photographie est très réussie (pas de noirceurs, d'erreurs de composition...), la musique est adéquate, la mise en scène théâtrale est superbe - et l'on en retrouvera des traces chez Wilder, Huston, Hawks et certains autres - et les plans font preuve d'un modernisme affolant (on a des panoramiques de toute beauté, et des zooms lors d'un rebondissement narratif - ces techniques sont surtout visibles à partir du milieu du siècle): vous l'aurez compris, "Freaks" est avant-gardiste en tous points, d'où sa faculté à traverser les années - 74 ans nous séparent de sa réalisation.

Mais comme je l'évoquais plus haut, c'est également le surprenant message traité qui fait survivre "Freaks" au temps: comme "Elephant Man", le film vise à montrer (en 1932, le peuple se posait encore la question - certains cons encore aujourd'hui) que même nains, déformés, éclopés, ces bêtes de cirque demeurent des hommes avant tout. Et c'est avec grand humanisme et dignité que Browning rend hommage aux "monstres", en les faisant triompher des gens "normaux" et en les décrivant avec un regard bienfaisant et attendri.

Car ils dégagent de l'émotion rien qu'à les voir: Hans, ce pauvre nain allemand au visage d'enfant et aux mimiques ridicules, sa fiancée Frieda, adorable naine dévouée et amoureuse, les soeurs siamoises Daisy et Violette, qui vont se marier toutes les deux avec deux hommes "normaux"...tous jouissent de sentiments humains, tous vivent malgré leur handicap. Et cela donne même parfois des scènes comiques (qui faisaient trembler de peur à l'époque) comme celle où un homme sans bras et sans jambes allume sa cigarette, en maniant en expert son allumette juste avec ses lèvres...

Peut-être un peu trop simplet et empreint de bons sentiments (à la fin, la victoire des monstres est sans appel: ils ont tué Hercule, et Cléopâtre s'est transformée en femme-poule), "Freaks" bénéficie aussi d'un scénario simple, peu élaboré, mais très efficace: le film ne dure qu'une heure, néanmoins cela suffit pour développer l'histoire, proposer des séquences cultes (le repas de noces où les monstres font entrer Cléopâtre dans leur communauté) et envoyer de l'émotion en grande quantité. Bref, tout est là pour faire de cette parade monstrueuse un chef d'oeuvre du septième art, une vision immortelle et singulière de l'humanité, un témoin éternel d'une époque révolue.

Agréable à voir, même pour les néophytes du "vieux" cinéma, voilà un rendez-vous avec le paranormal qui en surprendra plus d'un. Dans tous les cas, une expérience cinématographique inoubliable.

Critique de Cyril

La note: 17,5 / 20

Selon vous, quelle note mérite le film?
# Posté le samedi 03 mars 2007 03:29
Modifié le dimanche 01 juin 2008 16:37

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