Réalisé par Mel Stuart - 1971 - USA - Couleur - 1heure 41minutes
Avec Gene Wilder, Jack Albertson, Peter Ostrum...
Citation du film: "Tu sais, je suis sûr que le Ticket d'or, ça doit rendre le chocolat très mauvais."
Voir la critique de l'adaptation de Burton: "Charlie et la chocolaterie"
Résumé: dans une petite ville d'Angleterre vit un garçon pauvre nommé Charlie. Il doit s'occuper de ses quatre grands-parents et travaille pour cela en tant que livreur de journaux. Mais à l'annonce de la mise en place d'une opération spéciale, la distribution de Tickets d'or dans les barres de chocolat Willy Wonka, la vie de la famille est chamboulé. Jusqu'à ce que Charlie trouve une pièce de monnaie à terre et achète un chocolat contenant le Ticket d'or, qui lui permettra de visiter la chocolaterie Wonka pendant une journée...
Critique: la première adaptation déclarée du roman célebrissime de Roald Dahl. Mel Stuart, un peu inconnu, avouons-le, transpose le récit en sa version que l'on imagine la plus logique en lisant le livre: la comédie musicale. A sa sortie, Dahl a déclaré que le film était lamentable, et qu'il invitait les spectateurs à ne pas aller le voir, afin - je cite - "de préserver leurs neurones".
Curieux titre original que ce "Willy Wonka et la Chocolaterie": infidèle au roman (c'est cela qui déplut à l'auteur), l'accent est donc mis sur le personnage de Wonka, non sur Charlie. Par ailleurs, vous aurez deviné le parallèle évident que je vais effectuer: comment parler de cette première version sans évoquer celle de Burton réalisée 40 ans plus tard, sans les confronter? On s'aperçoit rapidement de plusieurs divergences: premièrement, au début du film, le monde paraît véritablement dépendant au chocolat! A l'annonce du jeu, le professeur interrompt son cours, les gens quittent leur travail pour aller à la confiserie...Les friandises font presque penser (excusez-moi de ce rapprochement saugrenu, mais c'est ainsi) à une drogue. On ose difficilement songer à ce qu'aurait été une telle fantaisie dans le scénario de Burton: elle n'aurait pas été permise, avec toute la prévention effectuée pour bien manger, faire du sport, se brosser les dents...
Un hymne à la malbouffe. Difficle d'interpréter ce qu'à voulu dire Roald Dahl, à l'heure où l'obésité touche un américain sur 3. Je penche pour une volonté de sa part de dénoncer les risques d'une alimentation déséquilibrée (son archétype est le personnage d'Augustus Gloop), d'annoncer de manière visionnaire l'un des plus grands fléaux du XXIème siècle. Le message, quant à lui, est évident et similaire à celui du film de Burton: avec l'amour d'une famille unie, avec ou sans argent, on peut être un brave enfant, pour peu que l'on ne sombre pas dans l'excès (vu la situation financière de Charlie, cela ne risque pas). Un avertissement aux parents qui gâtent trop leurs bambins: attention, sinon, ils finiront transformés en myrtille ou aspirés par des tubes de pompage géants.
Pour cela, Stuart met en place le même système que Burton: faire resssortir les vices des autres pour mieux montrer la bonté de Charlie. C'est pourquoi, et ce n'est pas comme dans la version de 2004, durant la visite de la chocolaterie, on abandonne un peu le personnage-titre pour se focaliser sur les facéties de Veruca, Augustus, Mike et Violette, les atrocités sur pattes d'un mètre 20. Je termine par une constatation qui en surprendra peut-être plus d'un, mais Gene Wilder est selon moi un meilleur Willy Wonka que son homologue Johnny Depp: plus sobre niveau vestimentaire (pas de chapeau ni de vêtements aussi excentriques, moins d'attitudes déjantées), tout passe à travers les dialogues et des regards troublants, qui en disent beaucoup plus que les mimiques - certes épatantes - de son surdoué de successeur. Egalement plus de bonnes trouvailles, comme cette Wonkamobile, ou la fin "en pleine action" (inattendue), qui rendent cette comédie musicale moins fantasque et esthétisante que celle de Burton, mais plus efficace, drôle et...agréable.
C'est dit: la version de Mel Stuart est meilleure que celle de Burton, malgré une mise en scène plus bancale et quasiment pas d'efforts artistiques annexes. Le talent de Gene Wilder y est pour beaucoup. Quand on repense à l'avis de Roald Dahl sur le film, on se dit qu'il a eu "la chance" de décéder en 1990, pour éviter l'adaptation de 2004...
Critique de Cyril
La note: 14,5 / 20
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