Réalisé par Sam Mendes - 1999 - USA - Couleur - 2heures 02minutes - 5 Oscar dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur (Kevin Spacey)
Avec Kevin Spacey, Annette Bening, Thora Birch, Mena Suvari, Wes Bentley...
Anecdote: le film a inspiré fortement la série "Desperate Housewives", et l'on retrouve la scène du bain de roses parodiée dans "Madagascar"
Résumé: dans une petite banlieue résidentielle américaine, une famille vit des jours paisibles. Mais à quarante-deux ans, Lester Burnham (Kevin Spacey), le père décide de dire enfin ce qu'il pense à son patron, sa femme Carolyn (Annette Bening), sa fille...Dans le même temps, celle-ci (Thora Birch) est courtisée par Ricky (Wes Bentley), un jeune ado obsédé, drogué et maniaque de la vidéo. Tous ces changements soudains vont provoquer la discorde dans la famille: il sera viré, elle le trompera avec son patron, la fille acceptera les avances du jeune Ricky. Mais cela ne s'arrêtera pas là: c'est au contraire tout l'univers de Lester qui va s'enfoncer dans la folie, puis, inévitablement, la mort.
Critique: le débutant (à l'époque du film) Sam Mendes, mari de Kate Winslet, frappe d'emblée fort, très fort. Rien que l'affiche rend compte de la magie et du charme "féminin" du film: ce ventre de femme et ses pétales de roses - on croirait presque à du Sofia Coppola.
Le casting, à pleurer debout, est optimal: Kevin Spacey en quarantenaire désabusé est d'un naturel tel que le voir jouer relève du plaisir pur et simple (d'où son Oscar du meilleur acteur - rien que ça). Un naturel, une aisance qui rappelle les plus grands (je pense au Brando de "Sur les quais", ou au Belmondo de "A bout de souffle"), une classe et une puissance émotive magistrale font de sa prestation un modèle du genre. Annette Bening, quant à elle - nominée à l'Oscar de la meilleure actrice, naturellement - est également époustouflante, et parfaite dans son rôle d'épouse frigide et coincée. Les personnages secondaires trouvent aussi chaussure à leur pied, avec en particulier un joli numéro de Mena Suvari, aperçue dans "American Pie" où elle jouait une blonde un peu fofolle, qui, au sommet de la provocation et de l'excentricité, donne un grand vague à l'âme (une impression de beauté inaccessible, si vous voyez ce que je veux dire). Non content de diriger une troupe d'acteurs au meilleur de leur art, Mendes impose son style, sa maîtrise, et sert un plat de résistance de toute beauté.
Des plans d'intérieur somptueux (on dirait presque du Bergman), aux scènes où le personnage de Lester rêve (notamment la fameuse et déjà culte scène du "bain de roses", que j'invite tout le monde à voir: c'est un chef d'oeuvre à elle seule, elle justifierait que l'on achète le DVD) en passant par la musique féerique de Thomas Newman (achetez la bande originale, je ne dis que ça, téléchargez-là, éventuellement): tout, absolument tout est parfait dans ce trésor cinématographique. La photographie m'a presque fait m'évanouir (je dis bien presque, n'exagérons rien): c'est pur, ça respire la beauté, c'est féminin, délicat, doux, et pimenté à la fois. Visuellement, c'est un vrai régal, que les passionnés de cinéma et même les autres sauront apprécier à sa juste valeur (ma petite soeur de huit ans m'a dit quand le film est passé sur TF1: "C'est beau, les images"). Enchanteur artistiquement, et pour parachever le travail, porteur d'une puissante critique de la société américaine.
On ne les compte plus ces dernières années, les critiques sociales "les-USA-c'est-nul-tout-le-monde-est-bête". Mais les critiques de ce genre tournées en comédie-thriller, cela ne court pas les rues. Et c'est ce qui a sans doute contribué au grand succès mondial d'"American Beauty". En effet, Lester vit dans une banlieue typique des USA, où toutes les maisons sont similaires, et mène une existence monotone: le début du film nous le montre, il se lève, se brosse les dents, se douche...mais une menace plane également depuis la première scène - Lester annonce sa propre mort. C'est donc tendus que nous assistons à cette comédie de moeurs efficace, acide et corrosive ("American Beauty" a fortement inspiré une série très en vogue, "The Desperates Housewives"), dont le message passe admirablement bien, jusqu'à nous faire douter nous mêmes sur notre existence.
Suivront "Les Sentiers de la Perdition" et "Jarhead", moins bons que ce chef d'oeuvre. Mais nul n'oubliera la scène du bain et celle des pétales tombant sur le corps nu de Mena Suvari, ni Kevin Spacey. Plus simplement, "American Beauty" est une poésie visuelle, une fable moderne qui fera rire, pleurer, frissonner. Quasiment parfait: sans doute l'un des meilleurs films de ces dix dernières années.
Critique de Cyril
La note: 19,5 / 20
Selon vous, quelle note mérite le film?
Filmographie (extrait) Sam Mendes:
1999 - American Beauty
2001 - Les Sentiers de la Perdition (avec Tom Hanks, Jude Law...)
2005 - Jarhead, la fin de l'innocence (avec Jake Gyllenhaal...)



