Réalisé par Olivier Dahan - 2007 - France - Couleur - 2heures 21minutes
Avec Marion Cotillard, Jean-Paul Rouve, Sylvie Testud, Gérard Depardieu, Clotilde Courau...
Citation du film: "Allons, je ne suis quand même pas grabataire! Je n'ai que 44 ans!"
Résumé: la vie de la môme, Edith Piaf (Marion Cotillard), de 7 à...47 ans. De la mort de son mari Marcel Cerdan, à son ascension au sommet des scènes mondiales, jusqu'à sa mort des suites d'une longue maladie et d'une vie dissolue, la naissance, existence et fin d'un mythe, adulé encore aujourd'hui par des milliers d'admirateurs transis.
Critique: la plus belle distribution de l'année pour un film français. "La Môme" a donc le profil type pour récolter des compressions dorées, et qui sait, vu le succès outre-Altantique, des statuettes portant le nom d'un film avec Louis de Funès (elle est dure, ma devinette).
J'étais ressorti de la salle très peu ému par cette beauté surfaite, mais convaincu de n'avoir pas dépensé mon argent (j'ai le cinéma gratuit, c'est une façon de parler) pour une mauvaise cause. Exactement ce que je qualifie de film "bon". Un divertissement tragique bien trouvé, réunissant une pléïade de seconds rôles en vogue actuellement et promouvant une jeune pousse au rang de star. Plus le temps passe, et plus les défauts - parfois cinglants - de "La Môme" me sautent aux yeux. Je réfléchissais à propos du film, et remarquai notamment qu'Olivier Dahan a voulu se battre sur tous les fronts; je sous-entends, qu'il a voulu tout montrer de Piaf, son ascension vers la gloire, ses débuts difficiles dans la misère, sa déchéance finale...Cela fait certes partie du personnage, mais vouloir réaliser la vie de Piaf n'impliquait pas nécessairement de nous dévoiler tout de sa vie. Dahan aurait pu faire le choix de la laisser en tant que mythe, en tant que figure quasi inhumaine, plutôt que de la représenter au public comme "une femme comme les autres, au destin exceptionnel".
Ce que nous connaissons de Piaf, ce sont ses chansons, inoubliables. Sa vie, moins, mais nous n'ignorons pas qu'elle fut tragique (la perte de son amant Marcel Cerdan). Le réalisateur choisit de dépeindre Piaf sous tous les angles, et notamment à un âge de sa vie où elle était malade, usée par l'alcool et la drogue. Pourquoi la représenter cheveux orangeâtres, visage maculé, yeux globuleux et mains décharnées, même si c'était peut-être le cas? Pourquoi clamer haut et fort en promotion que Piaf est une déesse, qu'elle est surhumaine, et filmer des scènes comportant des accès de réalisme prononcé, dans le but de forcer à l'émotion? J'ai plutôt ressenti du dégoût. Du dégoût en voyant ce corps séparé de son âme, prisonnière des paradis artificiels. Du dégoût aussi devant cette enfance filmée avec une mise en scène "naturelle" au possible, pour en renforcer la violence; et de facto la condescendance et la compassion que nous sommes censés éprouver.
L'interprétation de Marion Cotillard, déjà vantée par la critique professionnelle, fait oublier le pathétique poussif de certaines situations. Ces dernières deviennent prétexte à un numéro d'actrice, mais ne servent pas la narration outre mesure; je pense au plan-séquence où Edith apprend la mort de Marcel Cerdan, et qu'elle fond en larmes. Aucun intérêt sinon celui de permettre à l'actrice principale de se faire remarquer - en bien. Dahan n'est pas Resnais. Ni Loach, ni Frears. Sa réalisation se veut inventive et éclectique, puisant des trouvailles à droite et à gauche pour manifester une certaine cinéphilie...L'intérêt se trouve dans le scénario et sa complexité: mélanger les périodes de la vie à l'écran est une idée judicieuse. Cela permet entre autre de ne pas suivre un traitement chronologique et ainsi d'éviter le caractère scolaire, voire documentaire, et l'on a l'impression d'assister à un film à sketches où les particules s'emboîtent pour former un ensemble. Le morcellement de la narration permet d'éviter un écueil, celui de nous livrer la mort de Piaf en cadeau, comme une apothéose à une vie dissolue en gloire et déboires.
Si la reconstitution est honnête, le film s'essoufle dans la dernière demi-heure. Il aura cependant le mérite de s'être attaqué à gros, et selon moi, la faute par pêché d'ambition est la plus pardonnable. A trop vouloir faire, le film de Dahan s'est égaré entre puissance des images et du son et volonté d'empathie de la part du spectateur. Et perd en qualité. Je ne vois vraiment pas où tout le monde parvient à être ému aux larmes...
Critique de Cyril
La note: 13 / 20
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