Réalisé par Gore Verbinski - 2007 - USA - Couleur - 2heures 48minutes
Avec Keira Knightley, Johnny Depp, Chow Yun-Fat, Orlando Bloom...
Citation du film: "Ca n'aurait jamais pu marcher entre nous." "Vous aimeriez vous en convaincre, hein?"
Résumé: un équipage de pirates part rechercher Jack Sparrow, en plein voyage dans le Monde des Morts. Il doit participer au congrès de la piraterie, ainsi que sept autres capitaines renommés dans tous les océans. Ce congrès a pour but de décider si oui ou non, les flottes doivent s'unir pour vaincre le Hollandais Volant, frégate appartenant au terrible homme-pieuvre Davy Jones...
Attention: que ce soit clair pour tout le monde, je trouve honteuse la phrase de Verbinski "Vous en aurez pour vos huit euros". En aucun cas je ne soutiens cette théorie ignoble, qui sonnerait le glas des seuls films corrects produits par l'industrie cinématographique.
Critique: une petite phrase de Gore Verbinski, cinéaste spécialisé dans les documentaires militants et les réflexions spirituelles. "La question est: est-ce que PDC 3 est dans la veine des deux précédents, bourré d'humour et d'action? A cela je réponds: pas d'inquiétude, vous en aurez pour vos huit euros."
"Vous en aurez pour vos huit euros." Cette phrase me fait froid dans le dos. Le cinéma, on le sait, est un objet de consommation - mais à ce point-là! Le réalisateur en vient presque à nier les qualités artistiques de son oeuvre pour assurer au spectateur, ayant besoin d'être rassuré sur le sujet, que le film comportera tous les éléments qu'il attend. C'est gravissime d'en arriver là. Au cinéma, ce qui est intéressant, c'est l'effet de surprise, la découverte, le plaisir de se laisser guider vers l'inconnu par les images. Verbinski et Bruckheimer sont là pour annihiler ce plaisir certes pas bien grand, mais fondamental: le cinéma n'est pas un bout de plastique imprimé que l'on fait défiler devant un projecteur, mais bien le fruit d'une entreprise créative. Un réalisateur qui considère son boulot comme un produit...c'est minable. A croire que nous en sommes revenus à l'époque de la Rome antique, où le public réclamait jadis "panem et circenses" (le pain et les jeux). Si le spectacle n'était pas assez sanglant, ils huaient, faisaient un tollé, c'est pourquoi les "affiches publicitaires" mentionnaient toujours la présence impérieuse de violence. Nous y sommes revenus: les spectateurs - parmi lesquels, humblement, je ne m'inclus pas - se fichent éperdument de la qualité du programme, mais espèrent voir leurs besoins assouvis. Le cinéma catharcis, Pirates des Caraïbes 3 en est le nouveau fer de lance.
J'en viens au film. Je ne vous cache pas que ca me fait très plaisir d'avoir derechef un mauvais film à démolir. Ceux qui lisaient déjà mes anciennes critiques ont pu déjà assister à de petites séances de destruction massive ("Bélphégor", "Les Braqueuses", "Vercingétorix"...). Depuis quelques semaines, un déclic s'est produit, et j'aborde mes critiques d'une manière différente. Moins centrée sur les aspects formels, plus sur le fond. Et surtout, sans émettre de réel avis avant la note finale: rester le plus neutre possible, puis mettre une note d'appréciation, voilà ce qui me semble juste. Mais face à une telle escroquerie, cela relèverait de l'acceptation que de ne rien dire. Or, on ne peut pas accepter un tel film. On ne peut pas accepter que les studios nous prennent encore longtemps pour des cons. Un réalisateur capable de sortir des phrases comme celle inscrite en introduction devrait être lié pieds et poings, maintenu fermement, et tous les cinéphiles seraient invités à lui administrer un bon coup de pied au derrière.
C'est bien beau de vouloir entremêler plusieurs intrigues, imposer de front une vingtaine de personnages, avec en plus leurs noms à consonnance anglo-saxone - super facile à retenir pour un spectateur français, hongrois, ou que sais-je d'autre -, de vouloir créer un décalage entre scènes d'action, scènes d'humour, et scènes "fantastiques". Mais voilà, personnellement, je ne suis pas inconditionnel de la saga. Je n'ai pas regardé chaque épisode quarante fois - une me suffit - et je ne me souviens plus bien qui fait quoi, qui aime qui et qui veut quoi. Je tombe face à un fouillis d'où surgissent sans cesse des rebondissements, des péripéties rocambolesques, des retournements de situation...et je n'y comprends plus rien. Sans aucune prétention, je me demande comment un enfant de six ans - car c'est le public ciblé, et ça aussi, ça me fait dresser les cheveux sur la tête - peut arriver à reconstituer tous les éléments narratifs si un cinéphile averti de dix-sept ans n'y parvient pas.
A quoi sert cette appartition fugace de Keith Richards, dans le rôle du père de Sparrow? A rien. Si, peut-être pour le clin d'oeil (Richards est le modèle humain utilisé pour composer le personnage). En gros, c'est ce que je disais, à rien. A quoi sert le "Est-ce que tu veux m'épouser?" lancé en pleine bataille? A faire rire les enfants de huit ans. A quoi sert Gore Verbinski? A rien non plus. Sa mise en image du scénario est parmi ce qu'on a vu de plus fade ces dernières années. Dans une mollesse déconcertante, il ose des séquences hallucinatoires (où Jack Sparrow voit des doubles de lui-même) à la David Lynch. Toujours par incompétence ou pression des studios, il se braque à rendre le film accessible aux plus jeunes, simplifiant au maximum les rapports entre personnages, montrant l'amour de manière ostentatoire (ce qui signifie, dans un blockbuster, de manière exacerbée)...Pour arriver à un film plat. J'ai l'impression de n'avoir rien vu. Du bling-bling, du "à l'attaque", de l'humour vaseux, et c'est bien tout. Le point positif? Orlando Bloom. Toujours aussi mauvais, il est à hurler de rire. Et Johnny Depp? Il se débat comme il peut avec son personnage auquel on a ôté toute la substance, et se demande durant deux heures quarante ce qu'il fout au milieu de ce merdier à 200 millions de dollars.
Le premier volet était une reprise réussie des standards littéraires et cinématographiques de la piraterie ("L'île au trésor" de Stevenson, "Pirates" de Polanski), destinée en priorité aux enfants mais dans laquelle les cinéphiles pouvaient trouver leur compte grâce à la richesse des références à la cohérence de la narration. Les deux derniers ont été conçus simultanément, et fonctionnent en symbiose; le deuxième a dû pomper tout le liquide amniotique. Il ne faut pas en vouloir à Gore Verbinski, qui ne réalise pas là une oeuvre personnelle. Il obéit au dictat des producteurs, qui ont souhaité ouvrir Pirates des Caraïbes à un public toujours plus vaste, au détriment de la qualité. Sans mentir, je vous jure qu'à un moment, j'ai cru à une parodie.
Critique de Cyril
La note: 6,5 / 20
Selon vous, quelle note mérite le film?
