Réalisé par 33 cinéastes, dont Lars von Trier, Takeshi Kitano, David Lynch, Theo Angelopoulos, Roman Polanski, Jean-Pierre et Luc Dardenne, David Cronenberg, Nanni Moretti...- 2007 - France - Couleur - 1heure 50minutes - Hors Compétiton Festival de Cannes 2007
Avec Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, David Cronenberg, Emilie Dequenne...
Citation du film: "C'est quoi Les Climats?" "Un film d'amour turc." "Y a du sexe?" "En partie."
Pas de photo, mais une vidéo: celle du court-métrage de Wong Kar-Waï, "I travelled 9000 km to give it to you", que je trouve assez mauvais. Dites-moi ce que vous en pensez.
Résumé: 33 cinéastes du monde entier racontent une histoire, se déroulant obligatoirement dans une salle de cinéma, en trois minutes. Un film-hommage aux 60 ans du Festival commandé par Gilles Jacob en personne.
Critique: "Chacun son cinéma, ou ce petit coup au coeur quand la lumière s'éteint et que le film commence" est le titre complet de ce film collectif, concept imaginé pour commémorer le 60ème anniversaire du plus grand Festival au monde.
Le procédé du film à segments à été remis au goût du jour par "Paris, je t'aime", présenté au Certain Regard l'année précédente. Vous imaginez naturellement que dans un film à sketches, la qualité varie en fonction du metteur en scène et de son inspiration du moment. Un bon moyen de tester la forme actuelle de certains grands noms. Ma critique va être compliquée à rédiger. Celle de "Paris, je t'aime" était à peu près enviseageable, dans la mesure où les 20 courts-métrages formaient une unité narrative; souvenez-vous, tous les récits concordaient à la fin. Dans "Chacun son cinéma", chaque court est un micro-récit, un tableau indépendant fonctionnant tout seul. Comment vous livrer une appréciation de l'ensemble, si celui-ci n'est pas cohérent? Je reprends la manière du film sur Paris: le paragraphe qui suit sera consacré au bon, le suivant et dernier, au mauvais.
Certains cinéastes se révèlent au public comme des experts du format court. Kitano, par exemple, auteur de nombreux moyens-métrages, offre "Une belle journée", trois minutes saisissantes où un paysan arrive au cinéma et demande "le tarif fermier". Entre drôlerie à la frontière du burlesque (le projectionniste fait flamber sa machine) et réalisme brut, Kitano porte sur le personnage un regard attendrissant - d'ailleurs, comme beaucoup d'autres dans le film. Moretti, en revanche, avec son éloquent "Journal d'un spectateur", se met en scène de manière légèrement nombriliste. Le personnage Moretti prend le dessus, et les chevilles enflent, doucement mais sûrement...D'un point de vue global, nombreux sont les courts témoignant d'une véritable cinéphilie de leur auteur. Nombreuses sont les mises en abyme, les extraits de classiques...De belles choses aussi du côté de Wenders et Zhang Yimou, qui proposent des histoires de cinémas de l'autre bout du monde, et confèrent ainsi à leurs trois minutes un exotisme parfois empreint de condescendance mais toujours bienvenu.
Problème: à vouloir manifester leur cinéphilie, certains en sont arrivés au point de virer à une représentation de cinéphilie classique, celle d'une femme qui va pleurer devant "La Dolce Vita" au ciné-club du coin, ou celle d'un aveugle émerveillé devant "Le Mépris". Je juge plus intéressants les courts où est mis en avant une cinéphilie hétéroclite, comme par exemple, celui de Polanski où un couple assiste à une projection d'"Emmanuelle". Dans trois films différents, nous avons droit à des extraits de Godard ("Vivre sa vie", "Le Mépris", "Alphaville"). Nous avons droit à du Fellini, à du Chaplin, même aux frères Lumière; c'est dire (je dénonce le coupable: Aki Kaurismaki). Pardonnez-moi, mais c'est un peu de la cinéphilie de bobos tout ça. Aucun n'ose mettre en scène un spectateur se rendant voir un bon blockbuster à deux francs, ou un teen-movie merdeux. Non. Tous vont voir du Rossellini. Et c'est malheureux car avec ce manque de diversité, on en arrive à une redondance des plus regrettables. J'ai l'impression que tous les courts, à quelques exception près, se ressemblent. Ils en arrivent presque tous à la même conclusion: le cinéma, c'est le rêve, qui vous permet de survivre à la réalité. Le cinéma, mystifié, divinisé, le cinéma, objet de tous les fantasmes..."Chacun son cinéma" est bien original dans le concept, mais n'avance rien de bien nouveau.
Ajoutons à cela les cinéastes qui en profitent pour glisser des hommages, et les deux courts désolants de Youssef Chahine et surtout Amos Gitai. Mais ajoutons-y également le plan-séquence superbe du court-métrage d'anticipation de Cronenberg, "Le Suicide du dernier juif du monde dans le dernier cinéma du monde", une brouette de bonnes intentions et la joie de voir un aussi beau monde réuni pour célébrer le 60ème. C'est bien ce que je disais: le défaut de "Chacun son cinéma", comme beaucoup de films à sketches, c'est son inégalité.
Critique de Cyril
La note: 12 / 20
Selon vous, quelle note mérite le film?